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Poésie

Par là, Estelle Fenzy

Ecrit par France Burghelle Rey , le Vendredi, 06 Avril 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Par là, éd. Lanskine, février 2018, 72 pages, 12 € . Ecrivain(s): Estelle Fenzy

 

Le titre du nouveau recueil d’Estelle Fenzy, comme ceux des précédents, interpelle le lecteur par sa brièveté et l’amène à suivre le chemin qu’il indique. Dès l’incipit la poète plante les premiers germes d’un conte cruel puisque « les ailes oublient leurs anges » et qu’une enfant peut se transformer en « monstre avide ». La nature, elle aussi, prend part au drame dans un vers éponyme du titre de la première partie : « Le vent sème des grains noirs » quand les saules alors « supplient à genoux la rivière ».

Le texte monte ensuite, tel un cauchemar, en crescendo jusqu’à l’expression oxymorique « les traces féroces de la joie ». Mais, par bonheur, L’enfant-sorcière « libère » aussi de la beauté car elle est poète : elle « écrit dans une langue impossible à comprendre ». Allégorie de toutes les formes de création, elle est en fusion avec la nature. Des parties descriptives et un récit au présent donnent à vivre ce phénomène au lecteur qui lit, le souffle coupé, et découvre que les êtres animés et inanimés se transforment « Par là » sous l’effet de ce miracle :

Au fil des songes, Intissar Haddiya

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 04 Avril 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb

Au fil des songes, éd. St Honoré, décembre 2017 (méditation philosophique), 64 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Intissar Haddiya

 

Intissar se veut souffle. Tout, dans ces textes courts à consonance philosophique, commence par le texte d’un autre qu’on peut deviner Souffle, Inspiration, le quotidien étant sacralisé d’une certaine façon : « On m’a parlé de ce livre Que je ne connais pas Ecrit par un autre que moi ».

Rendre la vie prévisible et partage de soi à travers les autres, voilà bien la démarche de cet auteur également romancière.

C’est que la sagesse apprise, les livres et la mémoire des ruines sont importants dans la forge d’un destin bâti sur des références solides.

Presque un texte de remerciements puisque « l’aube se lève sur des plaines basanées ».

Magie des couleurs ; poème sonore avec des vibrations de ciel.

La nuit ne se tait pas, Danièle Corre

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 03 Avril 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

La nuit ne se tait pas, Éditions Tensing, 2013, 87 pages, 9 € . Ecrivain(s): Danièle Corre

 

Paru aux Éditions Tensing en 2013,La nuit ne se tait pasde Danièle Corre accueille en ses lignes vives l’obscurité lumineuse sous-tendant la toile nocturne. Toile tendue dans l’écoute d’une écriture elle-même lumineuse (ainsi que Charles Dobzynski qualifia l’écriture de la poète dans Aujourd’hui poèmeen octobre 2006).

Les mots de Georges-Emmanuel Clancier cités en exergue, extraits de Vive fut l’aventure, en appellent à la Terre et sa lumière (« Terreta lumière// qu’elles’étendede cercleen cerclesans fin// et chante »). Vêtus d’impatience nous tentons, écrit Danièle Corre, d’« égratigner de lumièrenos pans de nuits », besogneux d’un espoir incessant, tous nos sens à l’affût, nous tenant inlassablement à chaque jour recommencé « sur une nouvelle parcelled’espace une autre plate-forme du temps ». Le souffle de nos veilles est semblable à cette lueur que l’appel d’air n’étouffe pas, qu’un excès d’oxygène ou d’attente suffirait à consumer ou éteindre. Au cœur de La nuit(qui) ne se tait pas, l’étincelle d’un souffle soutient nos regards, parcourant les palpitations d’une douceur d’être

Soir de la mémoire, Christian Bachelin

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 26 Mars 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, La Table Ronde - La Petite Vermillon

Soir de la mémoire, mars 2018 préface de Valérie Rouzeau, 144 pages, 7,30 € . Ecrivain(s): Christian Bachelin Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

De 1967 à 2007, le poète et romancier Bachelin a publié quatorze livres. En 1998, un récit, Soir de la mémoire, avait été édité par Alfred Eibel aux éditions Méréal, à Paris. Le voici réédité, pour notre plus grand bonheur.

Les écrivains de la mémoire heureuse ou désolante sont nombreux, et pourtant, les lire ou relire comble le lecteur : qu’il s’agisse de Fargue, Carco, Calet, Bove, Hardellet, Lefèvre, ou cet admirable Bachelin, dont le récit au titre qui incline ses belles consonances est un vœu à la mémoire de ses parents.

Tout ici respire la ferveur et la poussière. Entendez-moi bien : comment écrire, au milieu des gravats, des éclats, des poussières, des photos jaunies, des relents de souvenances embaumées, embrumées, des blattes résiduelles cachées dans les bouloches sous les vieux tapis et autres meubles… On est à Compiègne dans la dernière demeure des parents. Ils ont souvent changé de domicile en fonction des mutations et affectations du père ; ils ont vécu en Picardie, à Bailly, à Roye-sur-Matz, aux lisières de la ville de Compiègne, là où existaient encore quelques fermes…

Plein emploi, Jean-Claude Pirotte

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 16 Mars 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Castor Astral

Plein emploi, 176 pages, 15 € . Ecrivain(s): Jean-Claude Pirotte Edition: Le Castor Astral

 

 

Ouvrage posthume du romancier, poète et peintre Pirotte (1939-2014), Plein emploi propose six sections de poèmes très variés par l’écriture, par les thèmes aussi.

Dans cet ultime opus poétique, les noms d’autres poètes viennent caresser les vers, les baigner (le poète résida les derniers temps à la Mer du nord, sur la côte belge) d’une sérénité qu’il ne trouvait plus : la mort, en voisine encombrante, la maladie, à l’étage, les tracas du grand âge au vestibule, venaient tonner dans l’âme du poète. Alors les noms de Baron, Dhôtel, Fargue, Venaille, Reverdy, Perros… l’ancrent un peu plus en terre de poésie. Et Follain, sans doute le maître incontournable, de simplicité, ranime chez Jean-Claude les reliefs bénis d’une enfance toujours à prospecter, toujours à honorer de quelques vers :