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Poésie

Retour au nous végétal, Dominique Sampiero (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 12 Janvier 2026. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Retour au nous végétal, Dominique Sampiero, gravures, Dominique Kermène, éd. de Corlevour, 110p., 2025, 18€

Monde agreste

 

Tout d’abord le recueil, dès son premier acte, nous parle de Dasein ; d’un « être-là » au monde, une habitation de poète dans le monde. Ici, le monde est agreste, campagnard, végétal et villageois. C’est le livre de la coexistence de la poésie et du paysage, lequel n’est pas conçu comme un tableau, mais comme une entité vivante, meuble, qui naît au sein du langage, dans l’intériorité du poète. Cette campagne n’a rien d’extérieur, elle s’arc-boute dans une langue légèrement lyrique, ce qui veut dire qu’elle agrandit le domaine de l’être, lui donne une ouverture plus grande vers l’abîme intérieur.

Les jours de grand froid, le corps rode en pensée dans le labyrinthe pur-argent des longues marches, le dos cassé sous le poids du silence dans l’ici, chair fendue par les courbatures d’une solitude casanière, vertèbres soudées à la pierre de touche de notre amour.

J’ai un rendez-vous avec la Mort… Alan Seeger (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 16 Décembre 2025. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Correspondance, Les Belles Lettres

J’ai un rendez-vous avec la Mort… Alan Seeger, Lettres et poèmes écrits durant la guerre, réunis par son père et traduits par Odette Raimondi-Matheron, Paris, Les Belles-Lettres, 2025, 302 pages, 23, 50 € Edition: Les Belles Lettres

Existe-t-il un équivalent français d’Alan Seeger, né en 1888 à New York, mort en 1916 sur un de ces fronts absurdes de la Première Guerre mondiale ? Ce n’est pas qu’il n’y ait pas eu de poètes français morts dans ce massacre inutile – la liste en est au contraire fort longue, dont bien des jeunes poètes qui n’eurent que le temps de donner, qui une plaquette, qui un recueil – poètes prometteurs sans le moindre doute, mais fauchés en pleine floraison (on pense par exemple à Jean de La Ville de Mirmont). Le cas d’Alan Seeger est différent : il eut, comme Rupert Brooke, la chance ambiguë de composer au moins un poème devenu très tôt célèbre, qui figure dans la plupart des anthologies de poésie anglo-américaine, une sorte de « Dormeur du val » anglais : « I have a Rendezvous with Death ». Ce poème était, paraît-il, le préféré du défunt président Kennedy (ce qui ne prouve rien en faveur ou en défaveur de sa qualité) et une légende, qui vaut ce que valent les légendes, affirme qu’il en aurait eu une copie dans la poche de sa veste, le jour de son assassinat. Quoi que l’on pense du président Kennedy et de ses préférences littéraires, il faut admettre que le poème de Seeger est un grand texte et son auteur un écrivain de premier plan.

Les herbes vertes s’étendent jusqu’à l’horizon, anthologie bilingue de la poésie chinoise (1912-1949) (par Luc-André Sagne)

Ecrit par Luc-André Sagne , le Lundi, 08 Décembre 2025. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Anthologie, En Vitrine, Cette semaine

Les herbes vertes s’étendent jusqu’à l’horizon, anthologie bilingue de la poésie chinoise (1912-1949) présentée et traduite par Guomei Chen, éditions Les Deux-Siciles, 2023, 196 p. 20 euros

Après une première anthologie consacrée à l’âge d’or de la poésie classique chinoise, celle de l’époque Tang*, intitulée « Si profonde est la forêt », et publiée chez le même éditeur en 2020, Guomei Chen nous propose aujourd’hui, avec les mêmes qualités de présentation et de traduction faite directement à partir du chinois, une nouvelle anthologie bilingue consacrée cette fois à un temps plus méconnu, ou en tous les cas moins fréquemment évoqué, celui qui va de la proclamation de la République de Chine en 1911 à l’accession au pouvoir du parti communiste chinois et à la fondation de la République populaire de Chine en 1949. Un temps de profondes mutations, d’un changement complet du cadre politique et culturel doublé d’une guerre civile et d’un conflit militaire avec le Japon.

Pour cette période particulière, à la fois confuse et fertile, Guomei Chen a réuni dix poètes dont trois poétesses, certains traduits pour la première fois, présentés et classés par ordre chronologique, représentant la plupart des écoles poétiques du moment, qui sont nombreuses, voire foisonnantes. Un ensemble de soixante poèmes en version bilingue chinois / français, illustrant une période charnière de l’histoire contemporaine de la Chine.

Tibet de l’âme, Marc-Henri Arfeux (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Lundi, 08 Décembre 2025. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Unicité

Tibet de l’âme, Marc-Henri Arfeux, mai 2025, 84 pages, 14 euros Edition: Unicité

 

L’auteur, Marc-Henri Arfeux, nous offre, avec « Tibet de l’âme », une élévation, un voyage de l'altitude spirituelle.

Il dédie ce recueil, illustré par ses propres toiles dont la flamboyance éclaire les mots d’un étonnant « feu intérieur », à Ani Rigsang, nonne bouddhiste ayant quitté la civilisation pour devenir moniale errante au Tibet oriental, renouant avec la liberté des Hauts-Plateaux, nécessaire à son épanouissement.

Au fil des pages, hommage est rendu à cette « petite âme » « aussi ténue que les fils d'épilobe en fin d'été", "fragile et tenace", que le poète considère comme une sœur.

À elle seule, elle semble incarner une partie des principes fondateurs du bouddhisme, dont la dissolution de l’individualité dans le Tout, se fondant aux montagnes qu’elle arpente, devenant forêt, cheminant dans « l’outre-loin », s’effaçant dans ce « lent pays de  neige et de cuir fauve », « chèvre malicieuse grimpant à l’arbre de l’azur ».

Le Témoin, Kamala Das (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 04 Décembre 2025. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Syros

Kamala Das, Le Témoin, traduction française du malayalam par Dominique Vitalyos, éditions Syros Jeunesse, 2002, 89 pages (dossier pédagogique inclus), 7,50 euros Edition: Syros

 

Kamala Das (1934-2009), fille de Balamani Amma (1909-2004), poétesse célèbre elle-même, est une voix majeure de la littérature indienne contemporaine, connue également sous les noms de Madhavikutty puis de Kamala Surayya après sa conversion à l’islam en 1999. Elle a utilisé aussi bien l’anglais que le malayalam, la langue de l’État du Kerala, dans le sud-ouest de l’Inde, dont elle était originaire.

Le Témoin (Driksaakshi) est une nouvelle écrite en malayalam et publiée en 1973, traduite par Dominique Vitalyos et parue chez Syros Jeunesse en 2002 grâce à Éric Auzoux, mais qui n’est pas réservée à un jeune public. Une première édition française hors-commerce avait été proposée par l’association « Petits Moyens » dans sa collection Intimes étrangères en octobre 1999, imprimée à Auroville Press près de Pondichéry et illustrée avec une photographie de Françoise Nunez.