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Poésie

Couple, Miguel Coelho (par Luc-André Sagne)

Ecrit par Luc-André Sagne , le Mercredi, 16 Septembre 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Cette semaine

Miguel Coelho, Couple, éditions Le Feu humain, 2025, 44 p. 10 euros


On pense habituellement qu’un couple se forme par amour et qu’il suffit d’évoquer le premier pour que le second soit présumé. Mais, à y regarder de plus près, ce n’est pas aussi simple. Leur relation, qui semble si évidente, n’a en fait rien de clair. C’est que l’amour est parfois fulgurant, sans lendemain, quand le couple, lui, s’inscrirait plutôt dans la durée. Et que d’autres considérations que le seul sentiment amoureux entrent en jeu. Apparaissant davantage ancré dans les réalités du quotidien, plus concret, le couple est vu comme une extériorisation de l’amour, lui conférant visibilité et reconnaissance sans que soient évités pour autant les conflits qui le traversent, voire les ruptures.

C’est à lui que Miguel Coelho consacre son dernier recueil, intitulé précisément « Couple », au singulier pour en marquer le sens général. Publié aux éditions associatives du Feu humain consacrées à la poésie contemporaine, « Couple » tranche par le style, le ton, la manière d’aller tout de suite à l’essentiel. Dès le premier poème tout est dit ou presque, dans une grande économie de moyens, par quelques mots posés sur la page blanche, d’un vêtement laissé à l’abandon, d’un regard et de ce qu’il crée, et se termine comme un couperet : « sur la chaise une robe / et dans l’œil la silhouette / un fond / le froid ».

Trois cahiers avec une chanson Suivi de Source de la Loue, Jean-Charles Vegliante (par Valérie T. Bravaccio)

Ecrit par Valérie T. Bravaccio , le Mercredi, 09 Septembre 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Cette semaine

Trois cahiers avec une chanson Suivi de Source de la Loue, Jean-Charles Vegliante, édition de l’Atelier du Grand Tétras, 2020, 64 p., 12 €


Le thème dominant du nouveau recueil de Jean-Charles Vegliante est le temps du travail d’écriture, celui d’une mise au propre de « […] quelques bouts / de quelque chose qui deviendra peut-être / si l’on peut dire ça – un poème […] », et qui, une fois le projet réalisé, s’inscrit « dans une autre attente : de votre lecture » (selon le texte liminaire, repris sous forme de prose sur la 4 de couverture). La deuxième partie du recueil, Source de la Loue, est effectivement une composition actualisée[i].

Les trois cahiers, dont chacun a une chanson, sont, par contre, de nouvelles compositions. Ils sont probablement à mettre en relation avec le « petit carnet » qui figure à l’ouverture de cette première partie du recueil [ii]. Le temps de l’écriture, de la composition de l’œuvre, et le temps de la lecture (c’est-à-dire sa réception), s’inscriraient probablement dans la même durée, avec autant d’intensité.

Ris amers, Jacques Cauda (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 20 Août 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Cette semaine

Ris amers, Jacques Cauda, (éd. Rafaël de Surtis) . Ecrivain(s): Jacques Cauda

 

Jacques Cauda est un artiste multiple -poète, romancier et peintre- dont l’écriture procède souvent par associations libres, images surprenantes, glissements de sens et rapprochements inattendus. Son œuvre cherche moins à délivrer un message qu’à créer un état de perception, une traversée mentale ou sensorielle.

Ris amers, publié aux éditions Rafaël de Surtis en 2026, dans la collection Un ciel désert, nous intrigue d’emblée par son titre : sont-ce les « rires amers » (jeu de sonorité) ? Est-ce de l’ironie, du sarcasme ou de la dérision ? Dans tous les cas, une tension entre jubilation et désenchantement nous tire par la manche. Nous apprenons rapidement que Ris amers fait écho à Larmes et Ris de son arrière-grand-père, Paul Stuart. Nous passons des « larmes » aux « amers », le déplacement est subtil mais significatif. Si les larmes appartiennent au registre sentimental, l’amer évoque le goût, la désillusion, mais aussi, au pluriel comme dans notre titre et dans le vocabulaire maritime, un point de repère pour le navigateur. Le titre devient ainsi plus ambigu, moins directement lyrique. Quant au texte, son style surfe sur les vagues d’amplitude d’ un post-surréalisme personnel.

Combat toujours perdant, Michel Houellebecq (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Mardi, 18 Août 2026. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Flammarion, Cette semaine

Combat toujours perdant, Michel Houellebecq, Flammarion

 

Nous oublions trop souvent qu'avant d'être un célèbre romancier, Michel Houellebecq s'est fait connaître en tant que poète. Ainsi, ses précédents recueils (dont le très beau Configuration du dernier rivage ainsi que La poursuite du bonheur, Renaissance) nous font découvrir une poésie romantique et désabusée souvent érotique. Dans ce dernier recueil, d'un rythme et d'une facture souvent très classique où les vers en alexandrins et les rimes s'entrecroisent pour donner à l'ensemble un style limpide, épris d’harmonie, Michel Houellebecq ne déroge pas à cette règle. L’écrivain reprend ses thèmes favoris : l'amour, l’humour, le sexe, la déchéance de l'homme et bien sûr la mort.

Heureusement, au creux de la plus grande noirceur, l’humour grinçant de l’écrivain n’est jamais loin. Tel en témoigne ce poème sous forme d’annonce immobilière où le cocasse rivalise avec le ridicule de la situation.

Description sans domicile, Wallace Stevens (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 06 Juillet 2026. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, USA

Description sans domicile, Wallace Stevens, trad. Bernard Noël, éd. bilingue, Editions Unes, 80 p., 2026, 18€

Inclusion, exclusion

J’ai été happé d’un seul coup par une évidence poétique : la poésie est une machine de la vie. Elle traverse les existences en en retirant la substantifique moëlle. Il n’y a pas de poésie sans réalité(s). Il n’y a pas de texte sans vie, sans temps, sans mouvement. Voilà par quelles sensations je fus happé, appelé. J’ai été touché profondément et durablement par ce lien entre le langage et la réalité (les réalités) que met en évidence Wallace Stevens.


Nous nous disons que Dieu et l’imagination ne font qu’un…

Et qu’elle est haute cette lumière très haute qui éclaire le noir.

Hors de cette lumière-là, hors de l’esprit central,

Nous élevons dans l’air du soir une demeure,

Où il nous suffit d’être ensemble.