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Poésie

Lauzes, Angèle Paoli (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 27 Mai 2021. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Al Manar

Lauzes, mars 2021, 124 pages (préface Marie-Hélène Prouteau, Ill. Guy Paul Chauder), 20 € . Ecrivain(s): Angèle Paoli Edition: Al Manar

 

Voilà un ouvrage qui déroge à l’ordinaire des publications et le titre sans doute étrange en dresse une porte d’entrée insolite. Les lauzes, entre vert et gris, qui peuplent certaines toitures, servent de petites pierres pour accueillir ici chacune des découvertes romaines ou autres qu’un regard d’observatrice experte propose. Un rien entomologiste, visant à scruter à la manière d’un insecte le monde ambiant, la nouvelliste prend son temps pour trouver les beaux et bons mots aptes à restituer lumière, éclat, souvenirs.

Particulièrement beaux, les deux récits (Ponte Mammolo, Centrale Montemartini) qui nous mènent aux confins pasoliniens de Rome : Via Ostiense ou vers Tivoli, dans un endroit pas possible où il faut patience pour se trouver un bus, un train, mais où la solidarité sert parfois et heureusement de monnaie d’échange. On retrouve là l’esprit pasolinien des terrains vagues, des rencontres fortuites, d’une Rome populaire et quasi oubliée, loin du centre, aux confins de la ville. Angèle s’y trouve à son aise, dans la description précise de ces lieux désordonnés, bouillants de vie, incommodes et vrais.

Feux, Perrine Le Querrec (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 25 Mai 2021. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Feux, éditions Bruno Doucey, mars 2021, 75 pages, 14 € . Ecrivain(s): Perrine Le Querrec

 

Et le poète de sa voix de feu

D’une aile d’oiseau attise les mots

 

On peut dire que dans ce recueil dont le titre dit clairement de quoi elle parle, Perrine Le Querrec fait ici feu de tout feu. Traversant quelques milliers d’années d’Histoire et explorant toutes les facettes de cet élément, les bénéfiques comme les dramatiques, elle déploie une sorte de fresque mouvante, un théâtre d’ombres de personnages que le feu met ou a mis, et parfois très cruellement, en lumière et peut-être plus particulièrement des femmes. Depuis celle qui dans la caverne a inventé le feu « Seins hanches ventre rond / Disparue à jamais » aux ouvrières sacrifiées, aux femmes indociles et veuves indésirables, aux militantes immolées en passant par les sorcières aux bûchers : femmes trop vives, feu aux femmes !

Seule, aux confins, Choix de poèmes, Pascale Goëta (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 21 Mai 2021. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Seule, aux confins, Choix de poèmes, Pascale Goëta, Editions du Levant, janvier 2021, 96 pages, 16 €

 

Chanter en temps d’emmurement, est-ce bien raisonnable ?

« Si tu parles aux murs, fais attention, je te préviens fais attention. Les murs sont comme ces plantes bizarres qui semblent fermées et quiètes. Mais ce n’est pas vrai. Un moment, ou l’autre, elles s’ouvrent subrepticement – c’est toujours au contact d’une proie ingénue – et elles se referment vous ayant happé irrémédiablement, et assimilé. Et vous êtes encore là à les regarder comme si rien ne s’était passé… » (jour 50, Guy Levis Mano).

Ce « Journal de Confinement » (du 17 mars au 11 mai 2020), qui est plutôt comme le dit son sous-titre « Journal poétique en temps de confinement », a une triple originalité : d’abord son auteur (Pascale Goëta) l’a fait écrire, exclusivement, par d’autres – des poètes qu’elle connaît et qu’elle aime, dont elle choisit chaque jour quelque chose ; ensuite elle poste chaque soir sur YouTube sa lecture directe du poème ; enfin elle ajoute une image, un discret accompagnement musical, et ne montre d’elle que sa voix.

Clarté naissante, Francis Gonnet (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Mercredi, 12 Mai 2021. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Editions du Cygne

Clarté naissante, Francis Gonnet, mars 2020, 54 pages, 10 € Edition: Editions du Cygne

 

« Clarté naissante »… Voilà un titre qui interpelle immédiatement le lecteur et l’on comprend que ce recueil va s’inscrire dans une réflexion existentielle. En effet, ces deux mots font écho à notre arrivée au monde, et naître à la clarté, c’est surgir des ténèbres. Chaque jour de notre vie peut être une renaissance. La question qui en découle est la suivante : après la mort, rejoint-on les ténèbres ou renaît-on à la clarté ? La poésie de Francis Gonnet répondra en partie à ces questionnements. D’ailleurs, la fin ne rejoint-elle pas le commencement, comme le suggère cet extrait de l’Apocalypse, cité par l’auteur en introduction, qui symbolise l’éternité ?

« Je suis l’alpha et l’oméga / le commencement et la fin » (Apocalypse 21.6)

Le recueil est scindé en trois parties : « Celui qui était », « Celui qui est », « Celui qui vient ».

Et puis prendre l’air, Etienne Faure (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 07 Mai 2021. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Et puis prendre l’air, Etienne Faure, décembre 2020, poèmes en prose, 136 pages, 14,50 €

 

Ambiance mais aussi expressions anciennes font office de guide touristique littéraire d’un monde dilué dans les mémoires où le temps joue les compte-gouttes ou au sablier entre les monuments et autres lieux-dits aux appellations immuables. De « la perte de vue à la perte tout court » il n’y a qu’un pas si l’oubli l’emporte sur le reste. Il y a tout de l’attente dans ce rêve écrit où « le banc à mi-chemin devient point de rencontre entre la solution cherchée et celle qui doit venir, à pied par l’allée centrale – ou jamais ».

Le Piéton de Paris de Léon-Paul Fargue trouve là une contemporaine continuité toute en rappelant des nostalgies évanescentes qui doucement entrent en dissidence pour faire apparaître un Paris neuf distribué en images accélérées dans le temps : « vivre et survivre, vitesse incertaine des vies » pour poursuivre la route.

La vie de tous les jours passe par des rencontres sur les bancs publics qui deviennent des sortes de partition à se rencontrer, à observer : « Se poser, comme on parle de s’assagir, en siégeant là, sans rien faire, du moins d’apparent. C’est à ça qu’on rêve subitement ».