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Poésie

Ciel de nuit blessé par balles suivi de Le temps est une mère, Ocean Vuong (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 18 Mai 2026. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, USA

Ciel de nuit blessé par balles suivi de Le temps est une mère, Ocean Vuong, trad. Marguerite Capelle et Marc Charron, éd. Poésie/Gallimard, n°599, 2026, 240 p., 8,40€


Barroco

Afin de trouver un mot susceptible de rassembler la grande diversité des propos de la poésie d’Ocean Vuong, je dirais Barroco, du portugais « la perle irrégulière ». Or, qu’y a-t-il derrière le poète ? Un jeune homme perdu dans un monde trop vaste pour lui, et qui image sa tragédie par des poèmes touchant aux rêves, à la langue, avec une expression pleine de scories mesurées et décidées, d’altérations recherchées, de quête dans un espace baroque (une sorte d’opéra néo-moderne), de scènes vivantes dans une Amérique défaite dans le sexe et la drogue.

De ces mouvements de perles irrégulières, s’ajoutent le tâtonnement et la reconnaissance d’une identité queer, d’un passé de fils d’émigrés, d’un présent d’amours nobles et douloureuses. Donc, une poésie du délaissement et qui transcende la condition absurde et difficile d’une jeune personne tiraillée entre ce qu’il est et ce qu’il voudrait être.

Harmonica etc., Guillaume Decourt (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Jeudi, 14 Mai 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Table Ronde

Harmonica etc., Guillaume Decourt, éditions la Table ronde, 159 pages parution mars 2026, 17 euros. Edition: La Table Ronde


Guillaume Decourt, poète, offre ici un recueil de textes poétiques d’une grande diversité. Si les textes sont courts, leur densité permet d’embrasser d’emblée les sujets, les lieux, les émotions que le poète suscite. Qu’il s’agisse de l’adultère, du film « L’armée des ombres » auquel il de réfère pour évoquer son père, ou d’une petite fille de Gitane, ou encore de Robert Mitchum, c’est pour chaque poème l’occasion de mêler une facture plutôt classique à des sujets très actuels, tout pouvant être traité avec une égale légèreté.

Parce que c’est ce qui s’exhale à la lecture des textes, une légèreté coupable d’une joie de vivre. Ainsi lit-on de Herbert von Karajan qu’il portait des baskets en raison de pieds douloureux :

« un glissando de flûte de hautbois de cor

S’entend comme il se doit avec des Adidas »

La chute de Luis Ocaña dans le col de Menté – Christian Laborde (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 09 Avril 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

La chute de Luis Ocaña dans le col de Menté – Christian Laborde – poésie – Préface d’Éric Fottorino – Gallimard – 56 p. – 10 euros – 12/03/26 . Ecrivain(s): Christian Laborde Edition: Gallimard

« Col de Menté, col de Dante, cercles de l’Enfer. La roue tourne. Christian Laborde a arrêté son stylo-sismographe au point de douleur. Là où se fige la grandeur. »

Éric Fottorino

« jeudi 8 juillet 1971 / le soleil est partout et l’ombre nulle part / Luis / tu réclamais la montagne la voici sous les roues / Luis / les cimes te voulaient elles t’ont / sur leur dos tu te meus et vous ne faites qu’un / ciel virages vélo tout est la même chose / tout se confond tout est apothéose »

Christian Laborde

« col de Menté / col de Menté menteur / maudit col de Menté / la montagne grelotte / maintenant c’est le grain / maintenant c’est la flotte / la drache la radée la rabasse la renâpée / celle que les bergers recourant au gascon / notamment chagat / et le T se prononce et lui-même fait peur »

Christian Laborde

Fou de Paris, Eugène Savitzkaya (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 08 Avril 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Fou de Paris, Eugène Savitzkaya Éditions de Minuit – Octobre 2023 144 pages – 17 € Edition: Les éditions de Minuit

Mais de quel fou nous parle-t-on exactement ? Telle se pose la question et demeure-t-elle à la lecture de cet ouvrage qui, sous couvert du sous-titre « roman », ne se présente pourtant pas de façon romanesque. Eugène Savitzkaya nous a déjà fait ce coup. Le poète s’y révèle bien davantage. Et quant à la question du fou, si son identité doit être recherchée, il se pourrait bien qu’elle se situe entre un fou universel, « un fou comme un autre », déambulant au sein de Paris assoupi dans sa période de confinement et de post-confinement : « Il ne faut pas oublier que la folie est contagieuse autant que la lèpre couronnée, le Covid-19, le choléra (…) et les révolutions de palais. » (p. 30/31)… entre un fou universel, donc, et Hégésippe Moreau, poète du XIXème siècle quelque peu oublié et peut-être rendu fou par son histoire personnelle.

Ne cherchons là ni intrigue ni progression narrative – cependant, nous conviendrons que toute personne folle ici connaîtra bien une progression, à tout le moins imaginative. Notre véritable guide est la poésie. Évidemment, le sens du titre nous convie autant à rencontrer un amoureux de Paris qu’à celui qui cherche à s’échapper de cette « cité d’impertinents » (p. 72), au point de flirter avec la démence. Parmi ces circonvolutions asphyxiantes autant que soutenues par un désir irrépressible d’ailleurs, quelques accents dénonciatifs parviennent à être placés : le sort des animaux est convoqué, par exemple…

À quelques nuages près précédé de Inauguration de l’ennui, Guillaume Siaudeau (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 01 Avril 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

À quelques nuages près, Guillaume Siaudeau Le Condottiere – Janvier 2026 254 pages – 15 €

Dans la préface de ce recueil, Guillaume Siaudeau nous dit : « … la poésie a veillé sur moi tout ce temps… » (p. 12) Ici, le mot « poésie » renvoie à cette posture singulière qu’un individu a en face de l’existence ; plus qu’une posture, il s’agit de la décision d’une posture, de la décision d’un regard, porté sur ce que tout un chacun peut connaître comme joies, parfois, et comme travers, souvent. Si ce regard peut sembler naturel de prime abord – c’est ce que nous dit aussi la préface de l’auteur –, il apparaît qu’il faille persévérer à l’alimenter, qu’il ne faille pas défaillir en face d’une trop grande morosité ou de conventions qui pourraient nous rattraper. Et Guillaume Siaudeau le fait : il publie régulièrement de nouvelles poésies sur son blog La Méduse et le Renard.

Ici, nous avons droit à la réédition de Inauguration de l’ennui, initialement publié en 2018 chez Alma Éditeur, augmenté du recueil À quelques nuages près. Les poèmes rassemblés sont courts, voire très courts. Loin de toute grandiloquence, l’enjeu du poète n’est pas de jouer savamment avec les sonorités. En revanche, la poésie va se trouver dans le détour qu’il fait prendre à une expression toute faite, l’un de ces recours langagiers faciles, armes du quotidien, dont le sens littéral ne nous importe plus.