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Espagne

L’Amertume du triomphe, Ignacio Sánchez Mejías

Ecrit par Jean Durry , le Mardi, 30 Mai 2017. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Roman, Verdier

L’Amertume du triomphe, avril 2017, trad. espagnol Dominique Blanc, 96 pages, 13 € . Ecrivain(s): Ignacio Sánchez Mejías Edition: Verdier

 

Etonnant.

Voici que le torero mythifié par Federico Garcia Lorca – qui serait lui-même assassiné le 19 août 1936 par les milices franquistes – en son inoubliable et lancinant « Llanto – chant funèbre – por Ignacio Sánchez Mejías », s’incarne littéralement, plus vivant que jamais dans ces – ou plutôt ses – quelques pages.

Il s’agit ici en effet d’un début de roman, manuscrit déniché dans une malle de famille par Andrès Amoros lors des investigations préalables à sa propre biographie du matador publiée en 1998. Ce texte retrouvé, aux qualités réelles – nous y reviendrons –, révèle une facette des talents de celui dont la courte et belle préface de Jean-Michel Mariou retrace la trop brève existence et toute la personnalité. Encorné à Manzanares le 11 août 1934, « à cinq heures du soir » quand « la mort déposa ses œufs dans la blessure », il décèdera deux jours plus tard à Madrid des suites directes de cette gangrène gazeuse mal soignée.

Requiem pour un paysan espagnol suivi de Le Gué, Ramón Sender

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 03 Mai 2017. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Récits, Editions Attila

Requiem pour un paysan espagnol suivi de Le Gué, trad. espagnol Jean-Paul Cortada (Requiem por un campesino español), et Jean-Pierre Ressot (El vado) . Ecrivain(s): Ramón Sender Edition: Editions Attila

 

 

Les guerres ont toujours du mal à finir et leurs cicatrices sont souvent sur le point de se rouvrir. Peut-être pas tant celles des héros, pour autant qu’il y en ait, mais pour ceux qui les ont subies et supportées dans l’anonymat, dans l’ombre, qui peut être l’ombre des petites lâchetés et des trahisons malgré soi. C’est de cela que parlent les deux courts récits de Ramon Sender (1901-1982) rassemblés ici, Requiem pour un paysan espagnol et Le gué. Auteur prolifique qui quitta l’Espagne au lendemain de la guerre civile pour le Mexique, puis la Californie où il décèdera en laissant derrière lui une œuvre qui compte une soixantaine de romans, des essais et du théâtre. A ce jour, à peine une dizaine de titres sont traduits en France et on ne peut que le regretter à la lecture de ces deux courts mais puissants récits.

Les Pigeons de Paris, Víctor del Árbol

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 15 Avril 2017. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La Contre Allée

Les Pigeons de Paris, trad. espagnol Claude Bleton, 96 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Victor del Arbol Edition: La Contre Allée

 

L’auteur de romans noirs fleuves, à l’échelle des grands romans du XIXe, s’essaye à nouveau à la forme courte, après ses aventures ludiques avec le projet des Aventures du concierge masqué (voir ici). Mais le projet que la Contre Allée et Benoît Verhille ont proposé à Víctor del Árbol est sans doute un brin plus ambitieux. Il s’agit en effet d’un projet éditorial qui vise simplement à donner un aperçu de ce qui s’écrit à travers l’Europe et sur l’Europe. La collection Fictions d’Europe propose en effet à des auteurs de poser leur regard sur l’Europe au travers de brefs récits de fiction (moins de 100 courtes pages). A ce jour cinq volumes ont été édités dans lesquels on peut entendre des voix de France, du Portugal, de Grèce, d’Espagne et de Pologne (avec respectivement Arno Bertina, Gonçalo M. Tavares, Christos Chryssopoulos, Víctor del Árbol et Olga Tokarczuk). Il s’agit de textes originaux écrits spécialement pour la collection, traduits, et dont l’édition française est en fait la première édition.

Ces Pigeons de Paris sont aussi une parenthèse dans l’écriture de La veille de presque tout. On y retrouve donc certaines des thématiques chères à l’auteur de La tristesse du samouraï, et de Toutes les vagues de l’océan, cet ambitieux et grand roman russe espagnol, à commencer par celle de la mémoire et des souvenirs qui peuvent à la fois nous faire vivre ou nous pousser vers l’oubli et le silence.

La position du pion, Rafael Reig

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 16 Mars 2017. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié

La position du pion, traduit de l'espagnol par Myriam Chirousse février 2017, 286 pages, 20 € . Ecrivain(s): Rafael Reig Edition: Métailié

 

Dans les environs de Madrid, à El Tomillar, un groupe d’amis, composé de couples, attend leur ancien leader Luis Lamana, surnommé Le Gros. Il est de retour des Etats-Unis. Tous, à des degrés divers, appréhendent sa venue car ils sont ex-militants communistes et craignent des révélations sur eux-mêmes ou sur d’autres proches. Leurs parcours, leurs origines, sont des échantillons de l’histoire de l’Espagne contemporaine : Pablo Poveda, romancier, auteur de La Plénitude du mauve, et d’Intermittences, qui lui valu un succès remarquable ; Alicia, son épouse, assimilée à une cariatide, en raison de sa grande taille qui surplombe ses interlocuteurs ; Ricardo Ariza est architecte et cultive un raffinement de bon aloi ; Carlota Casarès est photographe ; Alejandro Urrutia, navigateur ; et Lola Salazar, épouse de ce dernier. Enfin, Johnny, de son vrai prénom Julian, est le fils d’Isabel Azcoaga, mais doute fortement de l’identité de son père, et recherche ses véritables origines.

Romancero Gitano, Romances gitanes, suivi de Complainte funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias, Federico Garcia Lorca (traduit par Michel Host)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 03 Mars 2017. , dans Espagne, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Romancero Gitano, Romances gitanes, suivi de Complainte funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias, éd. Alcyone coll. Mitra, 2017, trad. Michel Host, 16 € . Ecrivain(s): Federico Garcia Lorca

La nouvelle traduction de Michel Host restitue parfaitement la mélodie, les rythmes, les battements du cœur, la froideur géométrique, les clartés et les ténèbres de F.G. Lorca. Chez le poète espagnol, le désir comme l’angoisse défont l’apparence. Il montre celui (ou celle) qu’on refuse de reconnaître. La poésie rapproche donc de l’inconnu, atteint son énigme :

« Des brises de roseaux mouillés

et la rumeur de voix anciennes

résonnaient au travers de l’arc

brisé du mitan de la nuit.

Les bœufs et les roses dormaient.