Identification

Ecriture

Polaroïd, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Mardi, 12 Juin 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

Sans doute vous rappelez-vous de ce noël où parmi les cadeaux vous découvrîtes ce polaroïd dont immédiatement, passant outre les conseils d’un oncle photographe vous en abreuvant : « Vois-tu petit, les objectifs écrasent les distances, ne figent qu’un instantané de la réalité, à quelques centièmes de seconde près, la photo peut fixer une toute autre impression que celle envisagée avant l’abaissement du doigt sur le déclencheur !… Tu vas en faire l’expérience, malgré ton application lors de tes cadrages, tu te rendras compte que souvent le résultat n’a rien à voir avec celui espéré… Lorsqu’on photographie on ne voit rien… ne ris pas bêtement… au préalable il faut s’assurer de conditions idoines… Toutefois si tes tentatives s’avèrent désastreuses, nous en tirerons un double enseignement : constater la façon dont tu nous perçois, pas toujours une question d’angles mais d’appréciation personnelle, puis nous assurer que ces expériences vite te convaincront d’un réel apprentissage du modus operandi ! », vous vous mîtes en situation d’immédiatement mitrailler les convives qui bien entendu sortirent malmenés… Votre désolation, plus feinte que réelle, ne vous empêcha pas, alors que vous suiviez le progressif développement des tirages, d’avance vous réjouir de leurs mutilations ; d’ailleurs bien avant leur circulation, rien qu’à voir vos mimiques, par avance vos modèles se désopilaient… Néanmoins, vous passerez outre leurs critiques, à votre tour deviendrez photographe amateur, conscient de l’inauthenticité des images, bientôt accepterez que vos meilleurs clichés relèvent de ratages…

Le Révélateur, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Jeudi, 07 Juin 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Révélateur : solution employée pour le développement photographique, qui par réduction en argent métallique des sels d’argent exposés à la lumière rend visible l’image latente…

« La force de l’hébétude », autrefois il en aurait ri de ce trait d’esprit relevant d’une amère constatation, celle de parents valétudinaires réduits et maintenus grâce aux dernières avancées de la science en état de légumes, leurs corps branchés à de sophistiquées machines, mais leurs cerveaux définitivement déconnectés des réalités extérieures… Au gré de conversations avec des intimes, Victor s’insurgeait contre cet acharnement thérapeutique, poursuivi aux seules fins de laisser un soi-disant Dieu s’en arranger avec les siens, à son gré décider du jour de leur trépas, alors que dans leur majorité ces malades, au-delà de l’abrutissement pharmaceutique ne répondent plus aux sollicitations externes, encore moins à l’énonciation de leurs noms et prénoms ; la vox populi le réclame : « Pourquoi mourir à petit feu si l’on n’a pas cassé sa pipe auparavant ! »…

Sacrée bavure, Par Catherine Dutigny/Elsa

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 06 Juin 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

La rue de Pigalle est déserte. La pluie glacée laque les pavés disjoints. Un panneau publicitaire, veuf de plusieurs lettres affiche son slogan aussi clairement qu’un rébus directement sorti des pages de l’Almanach Vermot. Le « J » et le « F » y pendent lamentablement, comme les testicules d’Enoch Poznali, dit La Volga, après son exécution. Les flonflons du Front populaire ne feront pas, ce soir, chavirer le cœur du quartier interlope. Inutile de chercher sous une porte cochère, dans l’embrasure d’un hôtel de passe, les appâts d’une putain aux jambes gainées de soie.

Un œil attentif, scrutant les encoignures noires pourrait surprendre quelques silhouettes furtives, un pan d’imperméable, deux ombres discutant dans une tire, la flamme d’un briquet à essence.

Une oreille, tout aussi attentive, percevrait derrière les volets clos du cabaret, au numéro 66, les éclats de voix et résonances de la grand-messe des marlous de la Butte.

Du bon, du moins bon et du meilleur, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Lundi, 04 Juin 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

En France, le soldat est subordonné au général, le curé à l’évêque et le fonctionnaire au haut-fonctionnaire : la France est « enrégimentée », disait mon chef-instructeur Lajos Kalman, Sr. Les Musulmans parlent directement à Dieu, à Allah et respectent leurs imams. J’ai rencontré ce jour – jour de la première pierre posée à la construction de la mosquée d’Annecy – Achour avec qui je travaillais il y a dix ans au centre de tri. Nous avons bu le thé et fumé des Marlboro et des Chesterfield. Nous avons parlé des bons moments présents et de mes mauvais moments passés, lointains ou proches. Il m’a dit qu’un frère aide son frère dans la détresse quelle que soit sa maladie, sa condition, sa religion, sa « race ».

Je suis étonné ; je recherchais une compagnie ce matin pour échanger et j’ai revu Achouraprès toutes ses années… Il y a deux jours, mon ancien et premier professeur de latin et lettres classiques en Haute-Savoie m’a reçu et nous avons échangé. Nous avons deviné et dégusté un Muscadet sur lie, nous avons évoqué Lisboa et l’ambassadeur du Japon, aussi son élève latiniste, nous avons parlé fidélité, fraternité et un peu latin :

Dites-moi quelque chose de précieux, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mercredi, 30 Mai 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Ce que je connais de la « fonction » paternelle est presque rien ; personnellement, j’ai juste endormi ma fille toute neuve lorsque sa maman s’épuisait à ne pas la calmer, épuisées toutes deux.

Ce que je retiens des pères en France est la perversité : le père vers le Mal, le pervers-le mâle.

Aux Etats-Unis, j’ai vu des pères bons, la plupart étaient chrétiens, mais aussi musulmans à divers degrés. Comme si le bonheur, la bonne heure d’être un pair avec sa chère et tendre épouse, les rendaient… épanouis. Cela n’empêchait pas les désagréments, les disputes, les « adultères » : des adultes errent.

Les enfants ne s’en portaient que mieux : une maman et un papa heureux font des enfants heureux. Bien sûr, comme les enfants français, les petits étasuniens ont besoin de soin : bras cassé, baisse de moral à l’école, maman célibataire ayant une vie « sociale » dont le fils appelle le maître « papa » et à qui il confie : « j’ai deux papas »… torticolis, angines, bref les bobos sont soignés par des médecins, des kinés, des profs sympas et compétents.