Identification

Ecriture

Le miroir du bonjour, par Ghislaine Bouhamoun

Ecrit par Ghislaine Bouhamoun , le Mardi, 19 Juin 2018. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

Il y a dans l’univers,

Dans l’obscurité de l’espace,

Un côté terre à terre.

Tout comme les arbres, les animaux

Et les humains,

Les planètes et les étoiles se côtoient.

Et avec leurs cinq branches,

On dirait les doigts de la main

Qui embrassent le soleil.

Elles annoncent les chemins,

L’harmonie et l’audace,

La magie magnétique des échanges,

Par ma foi.

poèmes de Charles Orlac

Ecrit par Charles Orlac , le Mardi, 19 Juin 2018. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

mémoires

1

falaise crépitements de blanches mouettes

Sur le tableau noir la craie se rappelle

Le vent, les courses, les surplombs d’azur

Elle qui n’est plus sous les doigts

Que poussière d’enfance à présent

In utero, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Lundi, 18 Juin 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Le rêve d’un pilote de chasse est de s’éjecter. A Mach 1,8 (Rafale), il veut sortir de « la synesthésie du sur place » dont parle Roland Barthes dans L’homme-jet. Vêtu d’un moi-peau uniforme (la combinaison), il respire l’air filtré par la machine et l’Air Liquide des bo(m)bonnes d’O2. Il évolue dans l’enveloppe de vol grâce à des tubes : phallus, tétons, manche(s), manettes, joysticks ; il « secoue » le ventre de la mère aviaire aux limites de l’expulsion.

Quand, l’urgence apparaissant, il communique avec elle sur 121,5 ou 243,00, il l’appelle « Maman », « Marina ».

Ses pères castrateurs font figure d’instructeurs et de gradés : ils l’habituent à vivre à l’étroit dans une cabine étroite. Fait-il alors corps avec le cockpit, l’habitacle ? Oui ou Non ? C’est le syndrome fœtal de non-éjection que ses pairs l’habituent, dans le même entraînement, à contrecarrer : « poignée haute ! Poignée basse ! » pour déclencher les fusées du siège éjectable, briser la verrière et être suspendu dans les airs à « 200 kt, 2000 ft ». Là, on lui attachera une cravate Martin-Baker autour du cou et il sera pendu. Comme banni…

Non mai dis donc… 68, par Joëlle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Mercredi, 13 Juin 2018. , dans Ecriture, La Une CED

J’eusse aimé raconter les réunions passionnées, le bazar jubilant, une belle histoire d’amour libre nouée sur les pavés lancés par ma révolte. Dzim et boum.

Joker.

Née en 1956, je m’employais à clore en ce chaud printemps une sixième paisible dite « classique » parce que le latin y figurait en place d’honneur, enseigné par une dame minuscule que ses colères tsunamiques rendaient immense. Elle nous formait, nous façonnait, traduisant la beauté, remontant le français à la source, faisant de l’étymologie une épopée, discutant parfois une heure entière avec nous qui devions lui dire quels livres on aimait, et pourquoi. Quand le mot « dialogue » s’imposa lors de cette période où tout valsait en l’air, il fut accueilli par elle d’un haussement d’épaule suivi d’un cassant : « Je le pratique déjà ».

À mon aimable honte, l’agitation ambiante m’offrit des cadeaux sans prix, bien éloignés d’une prise de conscience politique ; plus encore d’un sentiment d’urgence contre le vieil ordre des choses. Mes douze ans-qui-en-paraissaient-quinze (détail crucial en ce mai-là…) y trouvèrent le goût exquis de l’imprévu, la cassure dans le temps, un été précoce à la petite cuiller.

Polaroïd, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Mardi, 12 Juin 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

Sans doute vous rappelez-vous de ce noël où parmi les cadeaux vous découvrîtes ce polaroïd dont immédiatement, passant outre les conseils d’un oncle photographe vous en abreuvant : « Vois-tu petit, les objectifs écrasent les distances, ne figent qu’un instantané de la réalité, à quelques centièmes de seconde près, la photo peut fixer une toute autre impression que celle envisagée avant l’abaissement du doigt sur le déclencheur !… Tu vas en faire l’expérience, malgré ton application lors de tes cadrages, tu te rendras compte que souvent le résultat n’a rien à voir avec celui espéré… Lorsqu’on photographie on ne voit rien… ne ris pas bêtement… au préalable il faut s’assurer de conditions idoines… Toutefois si tes tentatives s’avèrent désastreuses, nous en tirerons un double enseignement : constater la façon dont tu nous perçois, pas toujours une question d’angles mais d’appréciation personnelle, puis nous assurer que ces expériences vite te convaincront d’un réel apprentissage du modus operandi ! », vous vous mîtes en situation d’immédiatement mitrailler les convives qui bien entendu sortirent malmenés… Votre désolation, plus feinte que réelle, ne vous empêcha pas, alors que vous suiviez le progressif développement des tirages, d’avance vous réjouir de leurs mutilations ; d’ailleurs bien avant leur circulation, rien qu’à voir vos mimiques, par avance vos modèles se désopilaient… Néanmoins, vous passerez outre leurs critiques, à votre tour deviendrez photographe amateur, conscient de l’inauthenticité des images, bientôt accepterez que vos meilleurs clichés relèvent de ratages…