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Ecriture

Sa plus belle rencontre avait été un arbre (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard , le Mercredi, 10 Mars 2021. , dans Ecriture, La Une CED

 

Françoise était née le 4 mai. Elle était morte le 24 décembre. Entre ces deux dates, elle avait vécu. Au Liban, en Syrie, au Maroc, au Sénégal, en Angleterre, en Espagne, en Italie. En France. En noir et blanc. Des milliers de photographies en désordre, dont les bords étaient dentelés, parfois tranchants, assez petites pour entrer toutes dans un coffret en marqueterie daté des années 50, tellement minuscules que je devais les regarder à la loupe. Des centaines de portraits sous la doublure du couvercle, autant de mosaïques décoratives, de pièces de bois d’ébène et de myrte, d’écaille et de nacre sur lesquelles je passais mes mains pour leur fermer les yeux. Nos ancêtres et nos descendants. Et quelques amis que la légende familiale célébrait. Des répliques.

Cinquante ans avant de mourir, les gènes de Françoise avaient sauté de son corps au mien, enjambant deux générations. Ses deux filles. Françoise était ma grand-mère. Son gène récessif de l’iris bleu dans les miens. Françoise m’avait transmis la vie par sa fille aînée. Et la promesse de sa longévité.

Der Februar Erich Kästner, 1955 (par Line Audin)

Ecrit par Line Audin , le Mercredi, 03 Mars 2021. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Nordwind bläst. Und Südwind weht.

Und es schneit. Und taut. Und schneit.

Und indes die Zeit vergeht

bleibt ja doch nur eins: die Zeit.

 

Pünktlich holt sie aus der Truhe

falschen Bart und goldnen Kram.

Pünktlich sperrt sie in die Truhe

Sorgenkleid und falsche Scham.

Compost (par Isabelle Morino)

Ecrit par Isabelle Morino , le Lundi, 11 Janvier 2021. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Compotée crasse

Héraut du pur

 

Gatoire de masse morte

En tresses enchâssées

 

Litière premium spécial as

Ticots tickets de troc

 

Tout ventre dehors

Dans la touille. À la porte,

Douze improvisations sur Georges Eekhoud, Histoire campine (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 16 Décembre 2020. , dans Ecriture, La Une CED

 

« M. Georges Eekhoud est un dramaturge, un passionné, un buveur de vie et de sang ».

Remy de Gourmont, Mercure de France, 1896.

 

Il faut entendre le mot improvisation dans son acception jazzistique, sans doute, mais davantage dans celui que lui donna Michel Butor dans deux beaux livres – quoique d’une façon assez différente. Ni plagiats ni pastiches, donc, mais rêveries, exercices d’admiration.

Georges Eekhoud est un écrivain flamand d’expression française né en 1854 et mort en 1927. Les travaux de Mirande Lucien, de Patrick Cardon, de Michael Rosenfeld, etc., ont suscité un nouvel intérêt envers son œuvre.

 

Tiramisu (par Jeanne Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard , le Mardi, 15 Décembre 2020. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Cher ami,

Je réponds d’emblée à ton souhait, je m’en réjouis. Je t’apporterai le dessert. Un dessert. En réponse aussi à ta précédente invitation, ce dîner que nous avions volé aux circonstances. Tu avais si bien cuisiné ! Et ton tiramisu était exquis. Son onctuosité. La génoise et les grains de café dans la crème, un pied de nez assurément. Ce n’était plus un tiramisu, avais-je rétorqué, et qu’importe ! Nous avions trinqué à tout ce qui se transforme, ne se crée point, se transmute. Nous nous étions régalés. Nous avions bu, presque rien. Un Crozes-Hermitage 2011. De 2011 à 2020. Trois verres chacun qui me demandèrent une attention accrue à vélo. Par chance, nous vivons à un kilomètre l’un de l’autre, là notre distance. Notre respectable insouciance. Nos dîners tantôt chez l’un tantôt chez l’autre, toujours inédits, toujours différents, celui-ci et le nôtre. Nos deux intimités diluées ou dissoutes par une pandémie. L’univers entre nous.