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Ecriture

Hommage à Krzysztof Kieślowski et à son Décalogue, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 09 Février 2018. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Les personnages des films de Kieślowski nous sont

Proches pour ce que dit Nathalie Sarraute dans Pour

Un oui ou pour un non : « Oui, comme maintenant, quand

Tu t’es arrêté là, devant la fenêtre… pour regarder…

Avec ce regard que tu peux avoir… il y a chez toi, par

Fois, comme un abandon, on dirait que tu te fonds avec

Ce que tu vois, que tu te perds dedans… rien que pour ça…

Oui, rien que pour ça… tout à coup tu m’es proche… »

Sensuelle, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Jeudi, 08 Février 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

J’avance à pas rapides, dans le hall de ce centre commercial immense, pareil à celui d’un aéroport ultra-moderne, de structure toute métallique.

J’emprunte l’un des escaliers roulants descendant. Une personne, une femme, est à sept ou huit marches devant moi. Je me positionne sur la gauche pour la doubler, me rapprochant petit à petit. Elle se tient à la rampe, lascive. Elle a tout son temps, en fait elle est disponible. Je ressens cette détente qui émane d’elle avant même de l’avoir observée. Je suis près d’elle, à deux marches derrière et la contemple de demi-profil. Je vois ses cheveux châtains noués en un chignon léger sur un port de reine. Je devine ces formes de profil sous son pull de coton marron tricoté, assorti au ton sombre de sa chevelure, ses seins remplis, sa taille fine, la ligne de ses cuisses longues et musclées. Je ressens toute sa féminité, aussi bien par ce que j’observe que par ce qu’elle dégage.

Je dois l’aborder, faire sa connaissance. Mais, je sais que ma gorge déjà gonflée de désir, ne pourra laisser échapper de son qu’inharmonieux, que mon esprit déréglé par mes sens ne saura me venir en aide.

L’escalier roulant toujours descend, accompagnant l’incarnation parfaite de la volupté jusqu’au niveau inférieur.

Les enfants de Rodrigues, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Mercredi, 07 Février 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Cette sensation a commencé un 13 novembre, le lendemain de mon arrivée à Rodrigues. L’île Rodrigues. Par un petit-déjeuner d’abord sur une nappe bleue cousue de rubans rouges. Du riz, des lentilles, du potiron cuisiné avec soin, les soins de mon hôte dont le prénom aurait dû déjà m’éclairer. Héloïse. Son sourire d’abord, au téléphone, depuis l’aéroport de Port-Louis, à l’île Maurice. Un premier retard, un problème technique, un problème d’appareil, un problème de pilote malade, des passagers absents, des bagages à débarquer, cinq heures de retard. Par chance pas de vents violents, ce jour-là, je me souviens avoir regardé le ciel, je crois que le ciel était clair. Ses bras ouverts à mon arrivée, elle sur le seuil de son gîte, la terrasse entre nous, moi sur mes gardes. Où déjà ?

Rodrigues.

L’homme abstrait, par Jean-Paul Gavard-Perret

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 06 Février 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Quoique manifestement indifférent à tout ce qui pouvait s’apparenter à une relation amoureuse et vraisemblablement aussi à toute relation humaine, une sorte de grand-mère – que je connaissais à peine sinon par ses prénoms (Le Fouèse et La Blonde des Maisons) – m’a légué tout ce qu’elle possédait. Elle y joignit une lettre où elle me traitait de tous les noms. Au lieu de vous les énoncer je vous listerai – en mon propre héritage – ce que fut son legs. Ayant reçu ses clés, je suis allé dans sa remise. Il y avait un bric-à-brac de boîtes. Je les ai ouvertes une à une… Il y avait la boîte à rire, la boîte à sourire, la boîte à pleurer et celle à pleurer de rire. La boîte à ouvre-boîte (j’aurais dû commencer par elle, encore aurait-il fallu qu’elle soit bien rangée). La boîte aux lettres d’amour et celle aux lettres de rupture. La boîte à chaussettes et celle aux godemichés sur laquelle était écrit « boîte à promesse ». Bref la boîte à trancher les problèmes ou à parer au plus pressé. Il y avait aussi la boîte aux taciturnes burnes, la boîte à blancs de poulet. La boîte à plumes et celle à défauts que je trouvais au poil. La boîte à lune nommée sur le côté « boîte de nuit ».

Une Vie poétique – Histoire zénithale, par Patrick Abraham

Ecrit par Patrick Abraham , le Lundi, 05 Février 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

(Un matin, tu trouverais sa chambre vide. Aucun mot n’aurait été scotché sur le frigo. Il ne répondrait pas à tes appels. Abîmé, tu froisserais l’inexistant papier sombre et soyeux dont son image aurait été faite.)

*

Tu aimais la façon dont il laissait traîner ses vêtements sales partout dans la maison, les fourrait en boule dans son sac après les avoir sortis de la machine à laver mais, dans un magasin, remettait impeccablement dans leurs plis ceux qu’il avait essayés. Tu aimais l’élégance de ses gestes quand il fumait ou tapotait sur son téléphone portable : quelle rage, quelle humiliation pour lui si tu lui avais dit qu’ils étaient pour toi, dans leur perfection désinvolte, leur légèreté, leur inachèvement – la Grâce ! Tu aimais sa démarche très droite et un peu voûtée avec les bras le long du corps, les mains jamais dans les poches mais les paumes ouvertes vers l’arrière – si bien qu’au bout de quelques mois sans l’avoir cherché tu l’imitas. Tu aimais ses positions dans le sommeil : comme il se levait tard, bien après toi, tu le regardais dormir et le parcours de son corps sur le lit d’heure en heure, sa gymnastique immobile, avaient à tes yeux un mystère quasi théologique.