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Ecriture

La supercherie (3), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Mardi, 25 Septembre 2018. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Pétale la pétasse, la masseuse de bites et colleuse d’annonces, avec des fesses à faire bander Jésus, était chaque matin attendue par le collectif des masturbateurs de la ville, c’est-à-dire tout le genre masculin entre treize ans puant le sperme et soixante-dix-neuf ans empestant le cimetière. Toute une légion de sodomites. Sodomites malgré eux. Il devrait y en avoir aussi quelques autres filles qui s’essaieraient à la beauté, qui l’essaieraient en vêtements, en fards, en gesticulations obligées pour forcer l’image féminine, pour agresser les sens de la masculinité. Qui viendraient agiter leurs attributs pour obtenir et souhaiter que les hommes leur racontent leurs âmes alors qu’ils n’en avaient pas une. Exiger qu’ils révèlent leur vie sans vie. De jeunes filles qui souffriraient de leur beauté pour des mâles empoisonnés au sperme, mais on ne les voyait pas… Dans cette nation, on ne prend pas les femmes, on ne se frotte pas à elles, on ne les aime pas. Par ici, les femmes on les envisage, voilà tout.

Ma grand-mère est une île, par Tawfiq Belfadel

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 19 Septembre 2018. , dans Ecriture, La Une CED

 

Ma grand-mère est morte la veille d’un vendredi glacial. C’est un jour sacré dans les pays où l’islam est religion d’Etat, c’est-à-dire un instrument politique et un masque occultant les hypocrisies. C’est un jour maudit pour moi. Je le déteste. D’abord, il me rappelle ce personnage, Vendredi, dans une île, face à un Robinson qui veut l’effacer pour s’apercevoir de son existence. Il me rappelle aussi ces prêches obscurantistes par lesquels l’imam essaie d’anesthésier les pratiquants. Maudit soit vendredi ! Ce jour qui m’a volé ma grand-mère.

Ma grand-mère est morte deux fois. Une première mort quand mon grand-père a pris une deuxième épouse. Depuis ce jour-là, elle s’est retirée dans une piètre chambre pour ne pas entendre les halètements de son mari et sa nouvelle épouse. Sa rivale. Une deuxième mort quand l’AVC, qui l’a transformée en marionnette depuis plus de vingt ans, a fini de consumer toutes ses artères. Un grand soupir a suffi pour qu’elle rejoigne son mari, ses ancêtres, et tous les mots que la maudite maladie a tus en elle. La notion de l’air est très mystérieuse ; en créant, Dieu Souffle, et en mourant l’homme soupire. L’homme est donc une quantité d’air. Pourquoi à la naissance l’âme vient après la création du corps, et pendant la mort elle le précède vers l’au-delà ? Pourquoi l’eau est plus sacralisée que l’air, lui qui donne à la fois la vie et la mort ?

La supercherie (2), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Lundi, 17 Septembre 2018. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

Trouver autre chose à appeler « vie » n’importe quoi, une petite conviction pour passer la journée. Le mieux serait de se payer un agenda pour inscrire les 365 personnalités nécessaires pour passer l’année. Ainsi peut-être serait-on compatible quelques jours par an avec l’indéterminé national et pouvoir repousser sa folie personnelle, la remettre à plus tard. Avoir comme tout le monde le choix entre le rien et le deux fois rien, et comme tout le monde choisir le deux fois rien et s’étonner de n’observer aucun changement. Etre un penseur de quantité, préférer la certitude d’un événement pour le lendemain plutôt que l’espérance d’y être avec tous ses sens. Attendre que les autres viennent se révolter dans nos propres têtes et les laisser exiger qu’on regarde le ciel dans leurs yeux, sans jamais lever la tête vers ce plafond, être de ceux qui s’usent pour ceux qui sucent. Une sorte de bourgeoisie kabyle sortie de nulle part, une aristocratie-prostituée où tout est dans le mot. Toute cette doctrine conçue sur la base de l’art de faire jouir les mots sans jamais arriver à les féconder. Qu’avions-nous à reprocher à l’Algérie si ce n’était l’Algérien !?

Trois poèmes d’Encres de songerie*, par Clément G. Second

Ecrit par Clément G. Second , le Mercredi, 12 Septembre 2018. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Promenade d’un jour, pensée-regard en va-et-vient

en compagnie de pans et morceaux du réel

 

Déplacer la pause,

glisser le mouvement,

confirmer le vagabondage,

 

des murs maillés de lierre

aux rues arborescentes,

champs vagues aux sentes brouillées

et ce qui en reste sous les semelles

La supercherie (1), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Mardi, 11 Septembre 2018. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

I

Un matin hivernal au réveil vigilant coutumier, aux environs de six heures d’un décembre comme tous ceux passés et ceux à venir. Un écran grille gris foncé occultait le ciel, et l’obscurité se mêlant à la brume fermait la ville à tout regard. Rien ne montait au ciel et rien ne dévalait. J’ouvrai les yeux sur le visage insoupçonné d’une compagne qu’encore je n’avais jamais vue, mais le jour s’annonçait pour continuer ! Rien qu’à l’odeur je pouvais deviner que j’étais à mille lieux de mon chez moi. Sans étonnement je quittai son lit et allais prendre une douche. Il me sembla à cet instant, évident, de faire l’effort d’être ce que j’étais pour cette madame. Les murs mentaient, les meubles aussi, mais cela semblait me correspondre. Tout s’avérait à ma convenance. Je me laissais donc servir par cette féminité qui était du genre à trafiquer dans le domaine de l’audio-visuel. Une animatrice, actrice, ou top model… ce genre de conneries quoi ! Elle était, j’en étais persuadé, une femme de race, une miss quelque chose… Au pire une algéroise qui articule français. Le genre pour qui on flingue le monde, quand on n’a rien d’autre à faire.