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Ecriture

Harraga : un homme à la mer pour chaque vie amère, par Khalil Hebib

Ecrit par Khalil Hebib , le Vendredi, 13 Avril 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

« J’ai décidé de devenir harraga le jour où mon père me traita de vaurien. Il m’avait demandé de partir, de quitter “sa” maison ! Ça m’avait surpris comme un éboulement. Mon sang n’avait fait qu’un tour. Je suis sorti errer dehors, histoire d’expirer ce jugement monstrueux, qui m’avait enseveli sous des tonnes de préjugés et étranglé comme un torrent de larmes.

Les invectives de mon vieux m’avaient coupé le souffle, traversé les poumons à la manière d’un Alien belliqueux. Je voulais courir loin de “sa” maison, m’époumoner, m’essouffler, recracher son venin, crier et distancer ce terrible verdict : je n’avais plus de chez moi ! Je n’étais qu’un parasite parmi les parasites, un champignon, un lichen, un Alien suçant la sève de mon vieux père. Ce que je croyais être ma maison n’était désormais qu’une case… départ.

Départ : le mot m’est venu rampant tel un serpent, un jour de souk, entre une pomme pourrie et une pensée d’en finir.

Trois poèmes (in Ainsi et autres poèmes, ouvrage en cours), par Clément G. Second

Ecrit par Clément G. Second , le Mardi, 10 Avril 2018. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

N’avoir peut-être plus à dire si ce n’est

d’un accent qu’un rien renouvelle

 

N’est-ce pas là reconnaître l’usure ?

 

Vaudrait-il mieux,

patient du vide – où l’à-quoi-bon pourrait s’insinuer –,

ayant rongé le frein d’une impuissance

à son contraire consacrée,

Charles Baudelaire, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Lundi, 09 Avril 2018. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Oh ! tu l’as bien cherché ! Hashischindécrottable !

soulard amidonné ! poète pitoyable !

te voilà pour de bon la gueule dans la fosse !

et ton Salut Public flotte au gré des carrosses

 

oh ! tu l’as bien voulu ! suceur de vents fanés !

rimeur à corps perdu ! maudit dandy damné !

tes fleurs ont la couleur d’une satanée messe

et ta Jeanne alitée n’est qu’une pute à tresses !

Le complexe de l’écrivain (7), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Jeudi, 05 Avril 2018. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

 

J’ai écrit une lettre à Christine Angot. Dans ma lettre, je lui ai demandé comment elle vivait depuis quelques années sa célébrité surtout depuis qu’elle passe à la Télé dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas couchétous les samedi soir ou presque et qu’elle fait souvent le buzz quand elle clash avec certains invités. Puis, je lui ai demandé si elle pouvait m’aider, me donner des conseils en matière d’écriture et de roman et enfin je lui ai demandé ce qu’elle pensait de la poésie et des poètes. Je ne sais pas si elle va me répondre.

L’air du dehors, par Marianne Braux

Ecrit par Marianne Braux , le Mercredi, 28 Mars 2018. , dans Ecriture, La Une CED

 

Ça veut sortir. Là, tout au milieu de soi, quelque part entre la gorge et le sexe, quelque chose de trop grand pour soi demande à voir le jour (lapsus, j’avais écrit « le dire »). On ne sait pas ce que c’est (à y réfléchir, il y a peut-être un terme pour ça, je le dirai le moment venu), on ne sait pas non plus de quoi ça aura l’air. On peut seulement se mettre à sa place, à la place de cette chose en soi, coincée sous la peau pour encore un peu de temps – on ne sait pas combien. En fermant les yeux, on peut imaginer ce qu’elle voit, la chose, et alors on voit du rouge. Un rouge sourd et battant, translucide, teinté ici et là d’ombres sans contours, qui parfois disparaissent. Un rouge… incubation (IN-CU-BA-TION, cela faisait des jours que je cherchais le mot !). C’est comme une série de beaux tableaux qui ramènent l’œil morne et expérimenté à un état d’avant la vie qu’on aurait oublié. La vision brûle un peu la cornée – on se demande si la chose au-dedans de soi a mal comme nous et si, elle aussi, elle prend plaisir à cette douleur. Car ce n’est pas une brûlure comme les autres ; c’est une brûlure saine, semblable à celle que fait une musique que l’on aime trop (une folie d’Espagne, une tarentelle), ou un poème, une phrase, sur la peau ténue de l’âme.