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Ecriture

Terre, d’après des tableaux de JF Millet, par Gabrielle Burel

Ecrit par Gabrielle Burel , le Mardi, 15 Mai 2018. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Le semeur

 

Le temps des semailles

un semeur au geste large

jette à la volée

à grandes foulées

l’âpreté du mouvement

 

*

Cuba Libre, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Lundi, 14 Mai 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Depuis le tonitruant passage de Bukowski, sur leurs plateaux ils ne servent que de l’orangeade lors des émissions culturelles, dommage pour les Chablis et autres Pouilly-Fuissé. Malgré ce manquement à la déontologie et la légendaire bégueulerie de ce genre de programme, un amateur éclairé s’y était inscrit afin de participer à un forum intitulé « L’Art n’a nul besoin de prédicats, il doit toucher au cœur ! ». Devaient y prendre langue des universitaires ainsi que des critiques d’art, experts plus ou moins représentatifs de diverses chapelles, avec comme présentateur officiel, ce benoît personnage devenu l’un des bustes les plus en vue de notre lucarne. Nonobstant quelques préventions et autres a priori régionalistes, l’homme de télévision ne cachant pas ses préférences pour le beaujolais et le foot, alors que les goûts de ce spectateur penchaient pour le Madiran et le rugby, un affrontement pouvant s’ensuivre, il se fit le plus discret possible. Aussi apprit-il des choses fort passionnantes : que les Cubains n’ont pas inventé le cubisme, que les modèles de ces messieurs les artistes sont passés soit par les passerelles ou par le X !…

Villa Triste, par Marie-Pierre Fiorentino

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Vendredi, 11 Mai 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

Les yeux lourds, elle choisit sur le rayonnage Villa Triste. Son regard hésitant avait parcouru d’autres titres avant de se soumettre à cette nécessité joyeuse, relire encore celui-ci. Ne serait-ce que quelques paragraphes, au hasard. Alors elle dormirait du sommeil béat de qui a retrouvé son lit de retour de voyage.

Ce n’était qu’après plusieurs lectures qu’elle s’était résignée à prononcer « triste » comme il convenait et non pas « tristé », qui lui était spontanément venu à l’esprit. Peut-être que prononcer le mot « triste », quand elle l’était déjà tant à l’approche d’une longue séparation d’avec l’aimé, lui avait été impossible.

Ou alors cette prononciation méditerranéenne s’était-elle imposée parce qu’elle s’était imaginé, quand il lui avait prêté le roman au mois de juin, que ce serait la passade d’un été. Pourtant, de même que rien ne destinait leur histoire à durer, Villa Triste s’était installé dans sa vie. Après tout, ses crises de tristesse n’étaient que le prix dérisoire de son bonheur à aimer et à être aimée.

Elle rechercha un passage, goûtant la douceur fraîche des draps de percale sur son corps.

Hommage à Aimé Césaire (1913-2008), par Mustapha Saha

Ecrit par Mustapha Saha , le Jeudi, 10 Mai 2018. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Les mots nus

 

Que peuvent les mots nus quand sonnent les clairons

Quand s’éclipse la lune au rythme des alarmes

Quand s’endeuillent les clowns et les joyeux lurons

Quand s’abreuve l’amour aux collecteurs de larmes

 

Que peuvent les mots nus quand s’embrasent les tours

Quand voltigent les corps comme fétus de paille

Quand s’invite la bourse au festin des vautours

Quand s’unit la canaille aux funestes ripailles

Lectures, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 09 Mai 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Hier matin, j’ai essayé de me lever. Impossible. J’avais l’impression d’avoir des lances dans la poitrine, qui me plaquaient au lit. Trois semaines d’arrêt : épuisement physique et nerveux. Le médecin vietnamien qui me soignait avait conclu le diagnostic en me disant : « il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ! ». J’ai pratiquement toutes les œuvres de Stefan Zweig, introuvables à cette époque, que j’ai pu me procurer dans les fonds d’édition par un ami libraire. Les prix n’ont même pas été révisés. Je paie certains livres au prix qu’ils valaient dans les années 30. Sur beaucoup d’entre eux, 24 heures de la vie d’une femme ou Amok, je vois sur la couverture le nom de l’éditeur français « Victor Altinger » disparu depuis, dont le fonds a été repris par Stock. Je connais mal l’auteur. Mais, quelques années plus tôt j’avait lu dans Le Monde, sous forme de feuilleton, Le joueur d’échecs, qui m’avait passionné.