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Ecriture

La supercherie (7), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Lundi, 22 Octobre 2018. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

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« Foulard bleu, bleu comme les yeux de ma mère, cela ne me faisait pourtant pas penser à Œdipe, j’étais en mode ouvrier, pas en culturé. Et je n’ai jamais sniffé ce Freud. Elle refusait de l’enlever son suaire. Par pudeur, ou par je ne sais quel principe. Elle dégageait une chaleur gluante, une odeur de sucre cramé, mélangé à une odeur de savon. Je goutais à un soleil d’acier fendu. Elle portait deux yeux transparents, deux yeux gris, je les voyais transparents, elle portait aussi un string sous sa couche de religion. Elle portait sa peau blanche. Elle laissa tomber pudiquement son Allah vestimentaire. Je me suis penché pour le ramasser, pour le sauver de la poussière, ou juste pour le simple plaisir de ramasser quelque chose. J’étais sale, elle était propre, je devais penser que ses symboles existentiels devaient rester aussi propres qu’elle.

Au final, un rot, et un al hamdou li allah. Je me suis demandé pourquoi elle avait remercié Dieu ! Je ne devais pas être aussi doué que je le croyais !

« Comme une étendue de poésie mouvante », Alain Defossé en Inde (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 17 Octobre 2018. , dans Ecriture, La Une CED

 

« Où sont nos amis morts ? »

(Baudelaire, cité par Gustave Roud, Air de la solitude)

 

1.Il était assis sur le trottoir en face de son hôtel ; il fumait. La moto, avec difficulté, se gara un peu plus loin. Je le connaissais mal mais je l’avais lu. J’avais lu aussi plusieurs des livres qu’il avait traduits. Je le connaissais mal mais nous nous étions écrit. Enfin, il m’avait écrit. Peut-être avions-nous eu des amants communs. C’était la première fois qu’il venait en Inde. Je lui en avais sans doute suggéré l’idée par rhétorique de politesse. Cette proposition, qui n’en était pas une, dut faire son chemin en lui. Puis arriva le moment où ce voyage en Inde acquit pour lui la consistance du réel. Il me posait beaucoup de questions dans ses courriels ; j’y répondais de mon mieux. Quand son passeport fut renouvelé et son visa obtenu, je me rendis compte que ce n’était plus, de lui à moi, un jeu ou une rhétorique de politesse. Cela m’effraya. Je lui avais réservé un taxi et une chambre.

La supercherie (6), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

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L’époque était aux ouvrages architecturaux. La petite majesté du pays s’est mise à la construction, à coopérer avec les briqueteries. Des édifices majestueux, des monuments, des symboles, des statues des héros d’hier, des bustes en bronze, des dalles, des mosquées à héberger toutes les divinités que ce monde a connues. Une urbanisation éventrée, la ville prenait l’apparence d’un accident. Des tailleurs de marbres affluaient, des Michel Ange à la chaîne. Des équipes de peintres, plâtriers, venaient de partout et de juste à côté pour réaliser les grandes fresques… Ils seraient payés au mètre carré. La concurrence était rude entre tous ces artistes. Il se pratiquait comme des campagnes de sabotage entre les entrepreneurs. Ces derniers s’organisaient en familles, des Médicis en abondance. Tout compte fait, cela donnait du travail aux Botticelli, aux Da Vinci, aux Michel Ange, aux Raphael de notre grande nation nationale malgré tout. La gouvernance avait dans l’idée de nous pondre un ou deux Galilée.

La vieille dame et le danseur, par Marie Larrey

Ecrit par Larrey Marie , le Lundi, 15 Octobre 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

De beaux yeux, malgré l’âge. Des yeux bleus, profonds qui regardent au bord de s’étonner, qui découvrent, qui pensent. Ses yeux seront au cœur de la scène, les scènes. Il y en aura plusieurs. Pièce de théâtre en un acte, elle passe à la télévision. Mais ce n’est pas les caméras qui l’intéressent, pas plus elle que les autres d’ailleurs ; s’il y a eu surprise elle est passée très vite. La télévision pour eux ce n’est rien, ils ne la regardent plus, une fenêtre sur du vide.

Ils sont pour la plupart en fauteuil roulant. Elle, elle marche en s’appuyant sur une canne. Certains sont recroquevillés, enroulés, tordus, la tête sur la poitrine ou sur l’épaule ; les jambes crispées repliées, remontées, soudées ou dispersées, de droite, de gauche ; les vieilles mains ne s’ouvrent plus. Elle, elle se tient droite autant qu’elle peut, fine, frêle dans sa robe trop large. Elle serait un peu tordue aussi parfois, mais elle se déplie vite, les jambes minces et fragiles bougent, elle a encore de la souplesse. Une souplesse intérieure.

Né (par Khalid El Morabethi)

Ecrit par Khalid El Morabethi , le Mardi, 09 Octobre 2018. , dans Ecriture, La Une CED

 

Né. Ça prend une forme. Tendre Attend Satan. Tu es. Pas pareil. Dans mon sens. D’un autre soleil. Et. Le triangle. Libre. Traversant. La mémoire. Construite ailleurs comme. Une personne derrière ma langue. Disait le bébé Sanglier.

Tu n’as pas eu peur de l’obscurité. Depuis le commencement. Depuis. Il faisait jour. Et tu as des cornes. Les vitres n’existent pas.

Une question. Bientôt. Tu m’étrangleras. Au nom de l’amitié. Mais. Ne fallait-il pas y penser il y a une éternité ? Vers 1994.

Et tu as des milliers de cadavres de poissons. Ensuite. Mortes. Qui sortent de ta bouche. Ensuite. Il faisait un temps. Ensuite. Il faisait nuit.

Mon attitude. Attend Satan tendre. Tu souris quand je mâche une bête. La manière. Sans aucune raison. Et le temps. Et tu me prends par la gorge. Né. Les nerfs pèsent. Et tu me prends par l’insecte. Et je fais des mouvements. Pour qu’on se calme. Pour que ça prend une forme.