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Ecriture

Lectures, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 09 Mai 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Hier matin, j’ai essayé de me lever. Impossible. J’avais l’impression d’avoir des lances dans la poitrine, qui me plaquaient au lit. Trois semaines d’arrêt : épuisement physique et nerveux. Le médecin vietnamien qui me soignait avait conclu le diagnostic en me disant : « il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ! ». J’ai pratiquement toutes les œuvres de Stefan Zweig, introuvables à cette époque, que j’ai pu me procurer dans les fonds d’édition par un ami libraire. Les prix n’ont même pas été révisés. Je paie certains livres au prix qu’ils valaient dans les années 30. Sur beaucoup d’entre eux, 24 heures de la vie d’une femme ou Amok, je vois sur la couverture le nom de l’éditeur français « Victor Altinger » disparu depuis, dont le fonds a été repris par Stock. Je connais mal l’auteur. Mais, quelques années plus tôt j’avait lu dans Le Monde, sous forme de feuilleton, Le joueur d’échecs, qui m’avait passionné.

La nuit de Zabach (II), par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mardi, 08 Mai 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, Ecrits suivis, La Une CED

 

Durant la veille de la nuit de Zabach, à minuit pile, alors que les femmes entonnaient des airs glorifiant le pouvoir souverain du mâle ; pendant que les hommes revendiquaient leur droit à la vengeance, un homme, géant, aux cheveux longs et blancs, aux yeux rouge vermillon, au visage gros comme un melon, aux bras noirs comme goudron, surgit du ciel. Ses yeux étaient maquillés au khôl. Son corps était drapé dans un tissu noir qui sentait la pisse bouillie. Son allure avait quelque chose d’animal et de cruel. Il portait dans sa main gauche un vêtement blanc.

L’arrivée de Abi al-Qiyâ’ma, l’annonciateur du jour de la résurrection, n’augurait rien de bon pour Mary’am ; il flottait dans l’air une odeur de défaite, affreusement pestilente ; le village exultait, pourtant !

Ya latif, ya latif !

Le malheur était à portée de la main et ceux qui s’en emparèrent en firent mauvais usage ; ils l’instrumentalisèrent et le jetèrent sur la place du village.

L’homme de la rue, par Nasser

Ecrit par Nasser , le Lundi, 30 Avril 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

– Le premier passant : Bonjour Monsieur, c’est pour une enquête sur l’homme de la rue.

– Le deuxième passant : Ah bon ?

– Le journaliste (ex-premier passant) : Comme elle doit paraître vraisemblable, on a choisi le micro-trottoir pour cerner les aspects les plus caractéristiques de sa personnalité, sa vraie nature, quoi.

– Un homme dans la rue (ex-deuxième passant) : Ah, la nature humaine et ses secrets… Philosophes, écrivains, scientifiques, libres penseurs, ils ont tous cru en découvrir les contours et rêvé d’en percer les mystères… recherches, de nuits blanches, que de boulot…

– C’est le mien aussi. Je suis reporter à Radio Trottoir, vous devez connaître, non ?

– Pas du tout, j’avoue mon ignorance.

– On le sait, c’est un secret pour personne. Vous n’y êtes pour rien, Monsieur. L’homme de la rue se sent peu et mal informé.

– Ça, je ne vous le fais pas dire (Le journaliste avait compris lire).

Rio amarillo - Histoire crépusculaire, par Patrick Abraham

Ecrit par Patrick Abraham , le Vendredi, 20 Avril 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

J’ai cette vision ou ce rêve dont je voudrais ici conjurer la puissance et l’effet : un garçon dort au bord d’une rivière. Peut-être s’agit-il d’un souvenir littéraire, pictural ou cinématographique, approprié ensuite par la mémoire et amalgamé à un souvenir réel jusqu’à les rendre indiscernables. Une dizaine de mètres le séparent de la berge, il est couché dans l’herbe, sur le dos, les mains derrière la nuque, un vélo près de lui. La lumière et le jeu des ombres permettent de situer la scène en milieu d’après-midi. Je suppose qu’il s’est baigné, seul ou non. Il porte un pantalon d’ouvrier et a le torse et les pieds nus pour profiter d’un soleil éphémère. Sa veste, de la même couleur que son pantalon, lui sert d’oreiller. L’herbe est assez haute. On remarque derrière lui un chemin de terre qui s’enfonce dans un bosquet. Un panier métallique, sur le devant du vélo (usagé et d’un modèle industriel), contient un sac en toile où a dû être placé le repas qu’il a pris tout à l’heure. Deux autres sacs plus volumineux sont attachés au porte-bagage. Les berges sur les deux rives sont désertes bien qu’on devine, derrière la végétation, des toits de maisons, le clocher, le campanile ou le bulbe d’une église. Je serais bien incapable de dire pourquoi cette vision me fascine.

La nuit de Zabach (I), par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Jeudi, 19 Avril 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

« Oyez Oyez !

Ya ahl dînMary’am al adrââ a enfreint l’une de nos règles sacrées. Malheur !Ô gens pieux, Mary’am la vierge nous a déshonorés.Ô hommes de bien, allons mettre en route l’ordre moral ! Gardiens de la moralité, nettoyons nos vies, débarrassons notre existence de cette créature satanique ! Ô croyants, purifions notre descendance, adoucissons la colère d’Allah ! Sa fureur gronde ! Yalla, Yalla ! El-Elohim grogne, Son mécontentement retentit au-delà des mers et des océans ! Le Seigneur crie ; Il sermonne ! Ô gens de bien, ce soir, venez, venez nombreux et nombreuses, devant la maison de Si L’Hou-Sine, le vieux pieux, l’adorateur d’El-Elohim ! Gens de peu et Gens de bien, venez assister à la punition divine ! Venez et vous serez récompensés dans l’au-delà, au pays des eaux guérisseuses, des forêts de jade, de la grâce illuminée, du jardin des délices jonché d’orchidées pourpres, d’asphodèles et de narcisses odorantes. Sur les hauteurs de ce lieu paradisiaque, des créatures de rêve donnent naissance à des anges écarlates brillant de beauté. Venez ce soir à dix-huit heures pimpantes ! Venez et soyez nombreuses et nombreux !