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Ecriture

Tout autre chose que la nuit (1), par Joëlle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Mardi, 27 Juin 2017. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Il rêvait éveillé pour profiter de la vie comme on la distille. Parfois la femme pâle ouvrait la porte, jetait un coup d’œil : il fermait les yeux, contrôlant sa respiration. Il savourait plusieurs chances : avoir eu une vie acceptable, s’acheminer vers la sortie sous son toit et sans souffrance majeure, faire semblant de dormir comme à huit ans, quand une mère angoissée – pléonasme –, au point de le garder à la maison avec 37°7 de température, venait dans sa chambre toutes les heures afin de déposer sur le front de son Prince un baiser transparent comme sa propre conscience.

Le présent étréci relevait de la même imposture : je ne dors pas vraiment, laisse-moi rêver.

La femme pâle n’était pas maternelle, on la payait pour s’occuper de lui. Mais il aimait son visage. Elle sortait de la chambre comme on s’envole, s’évaporant dans un parfum de sauge, une odeur miellée de tisane proche de celle de l’oubli. Après quoi il reprenait les berges paresseuses du fleuve-mémoire, sans s’épargner les grands trous de vase douce, les herbes masquant le fond, les rides de l’eau, les reflets. Il s’installait dedans malgré des peurs fugaces, en homme sûr de ses pas qui ne s’en laisse pas conter. Il perdait parfois des choses, mais lui ne se perdait jamais.

Hommage à Baudelaire XIII.10 - Edgar et Charles (10 et FIN), par Alain Cuzon

Ecrit par Alain Cuzon , le Lundi, 26 Juin 2017. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

L’hôtel rouge

Deux jours plus tard, Edgar a décidé de mettre son plan à exécution, il demande à Andy de le déposer au port, et se dirige vers l’hôtel qu’il baptise « l’hôtel rouge », non seulement pour les fleurs qui le décorent, mais surtout pour le sang qui y coule virtuellement. Aucune preuve de tout cela bien sûr, juste des suspicions.

Il a réintégré la chambre n°29, et attend patiemment les évènements qui pourraient susciter son intérêt. Après une nuit et une journée plutôt calmes, voire sans grand intérêt, quelqu’un frappe à sa porte, cela l’intrigue car a priori personne ne connaît sa présence ici. Il finit par ouvrir la porte devant l’insistance du visiteur, et surprise, il s’agit de la visiteuse dont il attendait justement la venue. La femme en rouge se tient là, devant lui, avec une élégance comparable à celle de Joséphine, elle le dévisage à travers sa voilette, franchit le pas de porte et laisse tomber son manteau au sol dévoilant son anatomie d’une rare beauté. Elle engage le dialogue avec son futur amant en camouflant sa voix à travers un mouchoir de soie :

Hommage à Baudelaire XIII.9 - Edgar et Charles (9), par Alain Cuzon

Ecrit par Alain Cuzon , le Jeudi, 22 Juin 2017. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

La dame rouge

La navette de police attend patiemment Edgar quand il rentre à Baltimore, et le retour à Jefferson Island va être délicat au vu de la météo capricieuse qui s’annonce. Des vents de plus de 90 km/h sont en action, et les deux policiers décident d’interrompre le retour. Ils donnent rendez-vous à Edgar le lendemain à la première heure. Ce dernier retourne au journal pour y passer la nuit, à défaut d’une belle chambre d’hôtel. Mais il se ravise rapidement, car la dame rouge devient son objectif : cette femme par sa prestance et son allure ne peut emmener ses clients que dans un hôtel digne de ce nom, suffisamment discret également, et cet hôtel il le connaît, du moins l’imagine. Il s’y rend en quelques minutes et le découvre au bout du port, dans une allée sans issue à laquelle on accède par un grand portail opaque. Il le franchit et suit le chemin qui conduit à la porte d’entrée, pavé et fleuri de chaque côté par des roses rouges ; une femme d’un certain âge l’interpelle sur le seuil, et lui propose une chambre. Dans cet hôtel, aussi classieux soit-il, les chambres sont louées à la journée, la nuit, ou à l’heure. Lorsqu’Edgar demande une chambre pour la nuit, l’hôtelière lui donne une clé, un numéro et un étage, accompagnés d’une demande de paiement immédiat. Edgar s’exécute et ajoute :

Passage des innocents, par Joëlle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Samedi, 17 Juin 2017. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Rouler la pente en caillou jeté, se préserver de l’éclat pour arriver entière.

L’obscurité griffe la peau comme un lierre noir.

Mais une figure de rayons sourit, sa voilette de nuages chassée par un vent insoucieux, si haut qu’il ne ferait voler aucune feuille, aucune chevelure.

Il dévoile en toute impunité la belle inconnue du ciel, rêveuse dans son insoumission.

 

Les nuits ne se valent pas.

Chacune d’elle appelle un matin qui ne portera que son nom.

 

Les nocturnes cisaillent l’obscurité de leur note filée, ce cri si lourd de douleur que la peur humaine les crucifiait aux portes des églises.

Hommage à Baudelaire XIII.8 - Edgar et Charles (8), par Alain Cuzon

Ecrit par Alain Cuzon , le Vendredi, 16 Juin 2017. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

En quête de vérité

L’habitation se transforme avec la présence d’une deuxième femme qui s’installe petit à petit dans des commodités qui déplaisent fortement à Cigale. Cette dernière lui lance des regards transperçants qu’il vaut mieux éviter.

Edgar surprend alors cette inspectrice dans une toute autre allure que celle qu’il connaît depuis quelques jours, et s’en félicite. C’est une vraie femme qui se cache sous la tenue d’inspecteur de police, transformée dans ce costume marin léger, de couleur bleu et blanc avec marinière. Les cheveux longs et roux sont maintenus sur la nuque par un catogan de couleur blanche. Edgar en est très ému, et se demande si l’inspectrice n’entame pas une partie de séduction à son encontre. Il félicite la dame pour son élégance, mais remet les rôles à leur place, et n’oublie pas qu’il y a un ou plusieurs assassins qui gravitent dans son entourage.