Identification

Récits

Les Marquises, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Lundi, 02 Juillet 2018. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Achevée sa période « Blédine », Francis Combes découvrit que les réclames, les campagnes publicitaires ou politiques, mieux que toutes sortes de Nouvelles (fausses) ou mauvais romans, reflétaient le sens profond de la vie communautaire. Abusée qu’elle fut par d’insignifiants petits riens, insidieusement son attention se vit rattrapée par ces racoleuses sollicitations, proposées par l’intermédiaire d’encarts luxueux, de dépliants, de documents d’appel ou sophistiqués catalogues nous intimant de voyager… Qu’importent les façons dont les voyagistes nous vendent : la Thaïlande, la Sicile, le Maroc, les Seychelles ou les Marquises, dorénavant à crédit toutes ces destinations sont à notre portée… C’est ce qui ressortait de cette fallacieuse réclame dont le susnommé se méfia, songea que plutôt parcourir le globe en tous sens et à trop vive allure, l’urgence serait de circonstanciellement rendre compte d’un lieu, d’un paysage, d’une ville, d’un amour ? Si ce potentiel mental existait, pensait-il, nous commencerions par être attentifs aux réminiscences, leurs translations n’affectant que des géographies apprises, puis, hélas, oubliées…

Presque par hasard, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 20 Juin 2018. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Pendant mes années avec Danielle, je suis parti en vacances avec des romans de Sollers, le seul auteur à ce jour qui m’a permis de sauter autant de pages que je le voulais, sans provoquer en moi honte ou culpabilité. J’ai compris avec lui, que le lecteur n’était pas obligé de tout lire. Grâce à lui, j’ai compris que tout le monde pouvait écrire. Puis, je suis passé aux essais de Sollers, où j’ai découvert tout autre chose et son talent. Tout cela pour dire qu’on peut être grand écrivain sans savoir raconter une histoire. Aux confins de l’Ile-De-France, dans le lycée où j’ai fait mon internat, j’ai côtoyé celui qui m’a fait connaître Les Chants de Maldoror. Le livre était sur sa table, dans la salle d’études. Mais, il ne m’a jamais parlé du livre qui, sur le bureau, était son secret.

Triste Papou, Marie-Pierre Fiorentino

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 18 Janvier 2018. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Est-ce mon imagination ou bien son regard parcourant la salle est-il réellement triste ? La projection du documentaire L’exploration inversée (2007) est terminée. Elle a été interrompue par un simulacre d’entracte, quelques minutes pendant lesquelles il a réitéré sa plaisanterie introductive. Il sait que nous, les Blancs, sommes toujours pressés ; alors il ne veut pas nous faire perdre trop de notre précieux temps. Ce sera une rencontre brève.

La rencontre est le thème de cette conférence à laquelle notre hiérarchie nous convie sur nos heures de travail. Nous voilà donc 150 environ, pour le rencontrer lui, le Papou.

Comment l’appeler autrement, en mon for intérieur, quand son nom a été prononcé trop vite pour mes oreilles inaccoutumées à sa langue ? Le soir, je le chercherai pour l’écrire sans l’estropier : Mundiya Kepanga.

La mort ou l’exil – Souffles Tchétchènes, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Vendredi, 09 Juin 2017. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

ILIA. Je te parle tout bas mon Nortcho, en tout cas bien assez pour que tu puisses m’entendre et que je puisse m’entendre moi-même sans que ces gars derrière les murs avec leurs fusils clinquants leurs crosses têtues leurs matraques et leurs uniformes de mort aux trousses ne se doutent de quoi que ce soit, car le doute n’est pas un bénéfice, non, le doute met des rides au front et des échardes vrillées dans les neurones, pas possible de s’en débarrasser sans tout arracher autour, et tu comprends qu’après m’avoir dépouillé de toi ils me feraient crever une seconde fois sans sourciller – « pas le premier c’est sûr mais l’un des derniers » m’a-t-on dit d’une voix presque joyeuse, une voix de cancre à la veille des vacances – ils m’arracheraient d’ici pour m’attacher ailleurs, les pieds les mains le cou, mais je refuse qu’on m’attache ou me lie sinon à toi qu’ils ont pris sur ma poitrine en me laissant cette pâle cicatrice qui va du nombril jusqu’à la bouche, mais je sais bien que je cesserai d’exister si je cesse de parler, si mon souffle tiède refuse de rebondir sur les briques d’ombre grise pour me revenir en soupirs de Nortcho,

L’envol d’un poussin adolescent (Partie 1), par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mardi, 07 Juin 2016. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Formation du pilote

Depuis les premières impressions de vol jusqu’à la réflexion sur l’inaptitude aéronautique

A dix-sept ans.

Vers l’adolescence, après des amours précoces et une remise à l’ordre paternelle, je voulais m’envoler – voler, libre ! Je pris rendez-vous avec les instructeurs de l’aéroclub d’Annecy et commençai, avec peu d’économies, à apprendre l’hélice, les plans, la procédure de roulage et de mise en route de l’avion.

Après une quinzaine d’heures de pilotage en double-commande, Lucien me lâchait en vol solo : le premier. A mon retour des trois tours de piste, les membres de l’aéroclub avaient sorti le Champagne rosé pour fêter ce solo.