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Récits

Triste Papou, Marie-Pierre Fiorentino

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 18 Janvier 2018. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Est-ce mon imagination ou bien son regard parcourant la salle est-il réellement triste ? La projection du documentaire L’exploration inversée (2007) est terminée. Elle a été interrompue par un simulacre d’entracte, quelques minutes pendant lesquelles il a réitéré sa plaisanterie introductive. Il sait que nous, les Blancs, sommes toujours pressés ; alors il ne veut pas nous faire perdre trop de notre précieux temps. Ce sera une rencontre brève.

La rencontre est le thème de cette conférence à laquelle notre hiérarchie nous convie sur nos heures de travail. Nous voilà donc 150 environ, pour le rencontrer lui, le Papou.

Comment l’appeler autrement, en mon for intérieur, quand son nom a été prononcé trop vite pour mes oreilles inaccoutumées à sa langue ? Le soir, je le chercherai pour l’écrire sans l’estropier : Mundiya Kepanga.

La mort ou l’exil – Souffles Tchétchènes, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Vendredi, 09 Juin 2017. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

ILIA. Je te parle tout bas mon Nortcho, en tout cas bien assez pour que tu puisses m’entendre et que je puisse m’entendre moi-même sans que ces gars derrière les murs avec leurs fusils clinquants leurs crosses têtues leurs matraques et leurs uniformes de mort aux trousses ne se doutent de quoi que ce soit, car le doute n’est pas un bénéfice, non, le doute met des rides au front et des échardes vrillées dans les neurones, pas possible de s’en débarrasser sans tout arracher autour, et tu comprends qu’après m’avoir dépouillé de toi ils me feraient crever une seconde fois sans sourciller – « pas le premier c’est sûr mais l’un des derniers » m’a-t-on dit d’une voix presque joyeuse, une voix de cancre à la veille des vacances – ils m’arracheraient d’ici pour m’attacher ailleurs, les pieds les mains le cou, mais je refuse qu’on m’attache ou me lie sinon à toi qu’ils ont pris sur ma poitrine en me laissant cette pâle cicatrice qui va du nombril jusqu’à la bouche, mais je sais bien que je cesserai d’exister si je cesse de parler, si mon souffle tiède refuse de rebondir sur les briques d’ombre grise pour me revenir en soupirs de Nortcho,

L’envol d’un poussin adolescent (Partie 1), par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Mardi, 07 Juin 2016. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Formation du pilote

Depuis les premières impressions de vol jusqu’à la réflexion sur l’inaptitude aéronautique

A dix-sept ans.

Vers l’adolescence, après des amours précoces et une remise à l’ordre paternelle, je voulais m’envoler – voler, libre ! Je pris rendez-vous avec les instructeurs de l’aéroclub d’Annecy et commençai, avec peu d’économies, à apprendre l’hélice, les plans, la procédure de roulage et de mise en route de l’avion.

Après une quinzaine d’heures de pilotage en double-commande, Lucien me lâchait en vol solo : le premier. A mon retour des trois tours de piste, les membres de l’aéroclub avaient sorti le Champagne rosé pour fêter ce solo.

Les Folles Histoires de Ahlem B. (2) Le Hammam

Ecrit par Ahlem B. , le Lundi, 02 Mars 2015. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Aujourd’hui on m’a traînée au hammam. C’est que j’avais pas du tout envie d’y aller, seulement tu comprends, je me suis trouvée contrainte de vite acquiescer lorsque ma grand-mère a proposé de l’accompagner.

La vérité et ce qui m’a définitivement décidée à dire oui, c’est sans conteste les regards louches que ma tendre mère braquait sur moi, et que moi, moi seule, sa fille, pouvait percevoir, soigneusement planqués derrière son sourire excessivement enthousiaste.

Bref, aussitôt dit oui, aussitôt les voilà qui préparent nos sacs, guillerettes, en débitant d’une voix cérémonieuse et chantonnante une longue tirade sur ma vie de femme en devenir, ce que je devais apprendre maintenant, comme une jeune fille, et tout ce que je devais faire, aimer, comme une jeune fille. Ah oui ! et que j’ouvre grand les oreilles car ce sont des leçons de jeunes filles comme il faut, et que je dois bien retenir à présent que mon corps grandit et tout et tout.

De Mitterrand à Chirac (en passant par la rue des Martyrs)

Ecrit par Virginie Simona , le Mardi, 17 Février 2015. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

 

De Mitterrand à Chirac (en passant par la rue des Martyrs)

 

Nous avions discuté pour la première fois dans l’amphithéâtre d’un conservatoire parisien. J’étais venue assister à un concert classique et m’étais assise à côté d’une jeune-femme dont l’écharpe rouge vif rappelait que Noël approchait (à l’exact inverse du communisme qui, depuis 1989, s’éloignait à grands pas). Nous étions une dizaine de personnes, les plus timides peut-être, perchées sur les rangs du fond. Pour ma part, je me disais qu’avec Mitterrand qui s’acharnait à envoyer « nos » soldats en Irak, mieux valait éviter les premières lignes…