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Récits

Maman Vs Plouc-la-Ville

Ecrit par Sana Guessous , le Samedi, 04 Août 2012. , dans Récits, Ecriture

Sans doute l’événement le plus cocasse de la semaine. Je longe tranquillement la côte, m’attardant tantôt sur l’écume des vagues, tantôt sur des enfants d’une dizaine d’années, dormant à même le sol, emmitouflés dans de petites couvertures trouées et grelottant de froid. La folle crinière de ma mère flotte sur son front soucieux. Je lui raconte l’essentiel de mes échanges avec un journaliste de la Gazette du Maroc, qui m’a certifié que le huitième congrès international de l’église évangélique américaine s’articulerait en septembre prochain autour de notre pays. Que les évangélistes ambitionnaient de convertir 10% de la population du Royaume à l’horizon 2020. La voiture repose à quelques mètres du Lido et nous avons déjà parcouru toute la distance séparant l’hôtel Riad Salam du KFC. Trois énormes silhouettes se profilent sur les petites bosses du trottoir. Le temps de m’exclamer en un « Salut ! » agacé à la vue de ce même reporter que j’ai laissé « flasher » à la rédaction il y a une heure, que le trio de faces de fouine nous dépasse de quelques centimètres. Les sifflotements fusent, le darija est tordu dans tous les sens, le suc des compliments les plus libidineux m’est déroulé sous les pieds, tel un tapis de clous. Ma mère s’arrête et m’immobilise dans une empoignade sans équivoque. Bon. J’en profite pour scruter les Unes de la Yellow Press arabophone. Les ploucs s’engagent dans le kiosque et tripotent des sacs de chips en me regardant de la manière la plus « parlante » qui soit. Maman, ou le Dragon, pour changer un peu, m’arrache presque un lambeau de chair en reprenant sa course effrénée vers la voiture.

A Tlemcen (3) : Les maisons, les demeures

Ecrit par Simon Paul Benaych , le Vendredi, 08 Juin 2012. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Sélim et Aïssa m’ont rejoint. Je leur raconte comment devant cette maison, avec mes copains Caparos et Chiali, je jouais au cyclorameur, un bel engin que mes parents m’avaient offert pour mes six ans et qui me valait l’amitié fervente de tous les gars du quartier.

En nous dirigeant vers les quartiers neufs, un peu à la périphérie, nous passons devant un superbe bâtiment d’architecture arabe, élégant et lumineux. C’est le Centre culturel de Tlemcen. Il a été construit l’an dernier, à l’occasion des rencontres sur la culture islamique.

Le repas de midi : nous mangeons chez Selim, qui nous a invités, Aïssa et moi. L’appartement est richement meublé, spacieux et avenant. Les quatre enfants de Selim et de son épouse viennent nous accueillir. Nous étions manifestement attendus. Sur la table, trois couverts. Une salade de poivrons, des pâtés à la viande dans des feuilles de brik et des rouleaux au fromage. Après le passage aux toilettes, nous nous installons à table. Je suis étonné de ne pas voir la maîtresse de maison, pour la remercier de ce beau repas. Mais Aïssa m’explique discrètement que c’est l’usage, la femme ne peut voir aucun homme étranger chez elle, et ne peut être vue. Que dire ici, dans cette maison, à la fois si hospitalière et si décalée au regard de nos valeurs européennes ?

A Tlemcen (2) : entrée dans la ville

Ecrit par Simon Paul Benaych , le Vendredi, 01 Juin 2012. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

En ce 27 janvier 2012, la route est humide quand on arrive à Tlemcen, c’est le soir. En arrivant sur le plateau qui surplombe la ville, presque sans transition avec la lumière de la journée, nous trouvons cinq centimètres de neige sur la route, le brouillard et le froid. Lentement, au rythme des chicanes liées aux travaux en cours, nous descendons vers le cœur de Tlemcen, le paysage devient plus clément (tiens ! clément, c’est l’anagramme de Tlemcen…).

Tout se bouscule, l’émerveillement du regard qui découvre des lieux nouveaux vient envelopper les souvenirs et les attentes pour empêcher la moindre nostalgie. Moment plein, fait d’élan, de curiosité. Ici et maintenant, sentiment de grâce, d’une offrande qui m’arrive au moment précis où je suis disponible pour cela. La ville offre des possibles, mais elle gardera, je le sais, ses mystères. Comment pourrait-il en être autrement ? Tlemcen, ville où je n’ai eu que le temps de forger des images d’enfant. Rien aujourd’hui pour me pincer le cœur ; l’adolescent et l’homme ont grandi en métropole.

L’entrée de Tlemcen offre une perspective harmonieuse, les avenues sont larges et bordées d’arbres soigneusement entretenus. En 2011, la ville a accueilli le congrès de la culture islamique. Pour l’occasion, on a embelli les grands axes.

La rencontre avec le Tlemcen de 2012 crée en moi un monde neuf, sans doute assez éloigné de la réalité objective de la ville, c’est un monde où le Tlemcen imaginé entre en synergie avec la tranquillité apparente du paysage.

A Tlemcen (1)

Ecrit par Simon Paul Benaych , le Vendredi, 25 Mai 2012. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

Nous publions en trois parties ce récit de Voyage (pélerinage ?) à Tlemcen (Algérie).

 

En arrivant à Tlemcen ce vendredi 27 janvier 2012, brume et obscurité, neige et travaux sur la route. Comme si les chicanes imposées par les travaux en cours voulaient ralentir cette entrée, on pourrait presque dire cette intrusion.

Impression d’ouvrir la porte du temple du souvenir. Les souvenirs réels et ceux entretenus ou créés par les récits de mes parents forment une sorte de voile qui est en train de se soulever. Il y faut de la lenteur. Le réel qui importe ne se livre pas au passant. L’homme pressé n’entre pas dans le temple. Parce qu’il n’entre pas dans le temps.

Tlemcen absent, c’est Tlemcen mythifié. Mais être présent à Tlemcen, c’est comme un rêve dévoilé, voire déchiré. Pour une révélation.

C’est une émotion, presque une entrée dans du sacré. Limites du voyage, rencontre avec une partie de son histoire, une histoire un peu enfouie et soudain lisible.

La pluie n'a pas cessé

Ecrit par Pierre-Jean Baranger , le Mercredi, 14 Mars 2012. , dans Récits, Ecriture, La Une CED


Texte sélectionné par la Cause Littéraire sur Ipagination


La pluie n’a pas cessé, durant toute la journée. Je suis resté calfeutré chez moi, regardant les arbres ruisseler comme au sortir d’un bassin, le vent poussant de sombres nuages gris et noirs, venus du nord. Rien d’extraordinaire dans cela, rien d’autre que la contrariété de n’avoir pu aller faire ma promenade dominicale, me menant de la ligne de crête des hautes forêts, jusqu’à tout en bas, jusqu’au bord de la rivière brune, qui charrie encore une eau forte, poussant au-dedans d’elle les minuscules lambeaux du pays de Millevaches, ce haut plateau qui lui sert de genèse, de source. Alors, il me reste le soir pour m’évader, blotti sur mon fauteuil, oubliant le vent qui fait claquer les volets et geindre les courants d’air. Il me reste le soir et mon livre, le livre commencé la veille et qui, déjà, a tressé des liens avec moi, m’enlaçant pour la ronde des mots, celle dont je ne me défends jamais, me contentant d’être heureux lorsque je deviens le cavalier de ces aventures auxquelles un livre me conduit.