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Récits

Les Folles Histoires de Ahlem B. (1) Le Vieux Petit Taxi

Ecrit par Ahlem B. , le Lundi, 16 Février 2015. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

J’hésite quelques secondes avant de monter. Je dois vous avouer, j’aurais même préféré pas monter du tout dans la carcasse de taxi. C’est que son conducteur il est très très vieux, sans blague, ses lèvres ses mains ses jambes flageolent tellement qu’il en est décharné. Mais à la réflexion, je me dis que ça vaut toujours mieux que le fan de cha3bi. Et puis surtout j’ai pas osé lui faire de la peine. Sans blague. Je veux dire si j’étais pas montée ça l’aurait peut-être vexé, qu’il croie que je veuille pas monter simplement parce qu’il est vieux. Même si c’est vrai qu’il est vieux et que j’y peux rien. Mais ça me fendrait le cœur de peut-être le lui rappeler et donc lui faire de la peine. Vous comprenez ?

Bref je monte vite pour qu’il ne voie pas non plus que je suis en train d’hésiter. Merde ce qu’on est compliqué.

Il faut dire qu’il n’y a pas que sa mine d’esquintée, son carrosse aussi, c’est une sacrée carcasse. Sans blague. Entièrement reprisée. Du véhicule il ne demeure qu’un assemblement improvisé de boulons et de barres rafistolées à la hâte avec ce qui s’est indifféremment présenté sous la main ce jour-là.

L’arrosé du matin

, le Samedi, 11 Octobre 2014. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Mon état doit ressembler à beaucoup d’autres grâce généralement à tous ces éléments extérieurs que sont le boulot, la famille, les paaaaatries de plus en plus à droite et les soi-disant ami(e)s. Heureusement ma belle est là et en sus : elle est enceinte. Tout le monde donne son avis sur tout. Je n’aime pas les interminables discussions. Je ne travaille que pour payer la pension alimentaire et remplir le frigo, comme la plupart. Je ne travaille que pour mes congés payés et les week-ends consentis. Je maîtrise mon alcool le plus souvent possible. A la visite médicale, au boulot, ils ont dit que j’avais une surcharge pondérale, j’ai rétorqué que j’avais arrêté de fumer (pour la 36ème fois et demi, entre nous). Ma gueule s’ouvre de plus en plus grand alors même que je souhaiterais le contraire. Je crois que j’aime beaucoup les personnes alors que je n’aime pas les gens.

Il y a peu, j’ai appris sur moi des choses peu emballantes mais qui répondent à des questions que je me pose depuis une quarantaine d’années. Ça fait du bien autant que ça fait mal. Ça m’aide à mieux comprendre mes attitudes vis-à-vis des autres, en tout cas. Aucune misère n’est comparable à une autre, ce n’est qu’une question de géographie au sens très large du terme (cf. par exemple : Né quelque part de Leforestier).

A Châteauroux…

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 06 Mai 2014. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

A Châteauroux, je suis arrivée par une belle matinée de printemps. Je me suis installée sur l’un de ses nombreux bancs, au milieu d’un parc, carnet moleskine en main. J’avais besoin de calme, je l’ai trouvé. Tout est tranquille à Châteauroux. Seul le babillement des oiseaux se mêle au chant du vent. Remake de la « Tête en friche », j’ai longuement observé les pigeons puis, après un certain temps, j’ai sorti de mon sac mon compagnon de route, un dictionnaire de poche. Je l’ai ouvert et suis tombée sur le mot « solitude ». Paradoxe de situation puisque je me sentais tout sauf seule au milieu de cette merveilleuse nature. Absence de toute distraction extérieure aidant, je me suis mise à écrire les premiers ressentis qui se dégageaient de ma rencontre avec cette ville. Puis, j’ai déambulé au milieu des ruelles, m’arrêtant çà et là, pour y admirer une vitrine, un monument. L’Eglise St-André, aussi fière qu’une cathédrale, m’a ouvert ses portes. Pas un seul fidèle. Là aussi, le silence régnait. Seul témoignage du reliquat d’une certaine pratique religieuse, quelques cierges à la flamme vacillante brûlaient devant des autels. Au sortir de l’église, un magnifique soleil m’attendait ; je me suis alors dirigée vers le « Musée Hôtel Bertrand », et toute mon attention a été retenue par un objet : la volière chinoise de l’Empereur à Sainte-Hélène. L’envol. Les oiseaux. La Chine. Napoléon. Les artisans. Tout s’est dessiné sous mes yeux.

Le chant des oiseaux de Christine Angot

Ecrit par Line Audin , le Vendredi, 02 Mai 2014. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

 

Ce billet m’a été inspiré par les propos de Christine Angot dans l’émission de Laurent Ruquier, On n’est pas couché du 22 mars 2014.


Vers une heure du matin, les yeux déjà passablement ensablés d’images, j’ai zappé machinalement sur la 2. Et là, médusée, j’ai assisté à une présentation des trois mondes, notre ARB revisité par un écrivain. Telle une extraterrestre débarquée sur une planète inconnue dont elle ne comprend ni les codes ni la langue, Christine Angot, que je ne connaissais pas, seule contre deux poseurs imbus de suffisance et de mauvaise foi, se livre à une démonstration en actes de ce que c’est qu’écrire, ce va-et-vient incessant entre la réalité, — celle que je vois mentalement, ma réalité — et la langue, qui me permet de reconstruire cette réalité pour tenter de la faire partager à mon interlocuteur.

Les bleuets de la vie…

Ecrit par Jacques Girard , le Lundi, 23 Septembre 2013. , dans Récits, Ecriture, La Une CED

À ma mère

 

Élevée sur une ferme, ma mère avait transplanté en ville ses habitudes terriennes. Cette conciliation difficile était faite de multiples compromis, tantôt actifs, tantôt verbaux, puisque nous vivions dans un loyer assez exigu.

Qu’importe, son jardin poussait sous les lits, puis dans des boîtes sur les galeries ; on mangeait des œufs frais que nous ramassions, mon père et moi. Des pondeuses s’échappaient du couvoir de F.-X. Bouchard – monsieur le maire – et déposaient de beaux œufs sur le terrain de la scierie où travaillait papa.

La petite cuisine se transformait en four lors de la période des conserves. Le nez de maman, arqué, arrachait les mauvaises herbes qui poussaient dans l’immense jardin de nos voisins.

Le printemps, c’était le temps des semailles. Juillet, nous allions faire les foins chez grand-papa Côté. L’automne, le temps de la boucherie. Que de souvenirs pour maman !