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Ecriture

L’Arpenteur d’infini, par Mustapha Saha

Ecrit par Mustapha Saha , le Vendredi, 23 Mars 2018. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Mille trois cent cinquante au creux du siècle sombre

Je n’eus que l’abaque pour tromper mon angoisse

Et les chiffres romains pour supputer les nombres

Quand la grande peste dépeuplait les paroisses

 

J’acquis l’art des échecs pour braver la Camarde

Elle misait du temps je jouais mon destin

Vainqueur je repartis sous mon manteau de barde

Vers d’autres royaumes sans macabres festins

A little bit more, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 21 Mars 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

Le train entre en gare de Clermont-Ferrand, son terminus. Il ouvre les yeux, ne sait pas d’abord où il est. Il voit le compartiment désert, son livre tombé à ses pieds. Il réalise qu’il s’était assoupi. Il sent son visage, son cou, ses épaules, détendus, comme après une séance de yoga ou de relaxation. Il empoigne son cartable de cuir marron qui l’accompagne depuis les premières heures de l’Université, un cadeau de son oncle, lorsqu’il avait réussi en candidat libre son baccalauréat que la famille n’attendait plus. Il traverse le couloir, dans le sens le plus proche de la sortie de la Gare. Au moment où il arrive vers la porte, il devine une personne devant lui, qui a quelque peine à descendre sa valise sur le quai, bloquée à l’entrée par le volume de celle-ci. Il lui propose son aide, sans même la regarder. Ou plutôt si, il la regarde au moment où il termine sa phrase. Il voit une jeune femme brune aux cheveux courts, petit nez, yeux clairs, encore joufflue, qui lui sourit avec timidité. Il a tout de suite envie d’elle. Il lui propose de porter sa valise jusqu’à la station de taxis, entame la conversation. Elle a vingt-deux ans, est stagiaire dans un club de vacances, rentre passer quelques jours chez ses parents. Il lui dit qu’il vient pour une expertise judiciaire. Il est descendu à l’hôtel de la Gare, sur la place de la Poste, qu’il aime beaucoup pour son calme et son excellente table.

Gérard de Nerval, par Hans Limon

Ecrit par Hans Limon , le Mardi, 20 Mars 2018. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

j’ai connu les barreaux de Sainte-Pélagie

l’alchimie des humeurs, la liesse et les orgies

j’ai fêté mes vingt ans sous les rêves de Faust

lourd de graves pensers, fin comme un timbre poste

 

je suis ailleurs, je suis ici, je suis l’Orient

sur les bords de Sylvie, prospecteur surconscient

des chimères de feu, sous l’aube inconsolable

où la brune hirondelle étend son long retable

Mes « veux » pour 2018, par Tawfiq Belfadel

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 14 Mars 2018. , dans Ecriture, La Une CED

 

Loin des vœux, mes veux.

Le verbe « vouloir » est un verbe impersonnel dans mon pays. L’Algérie. Il se conjugue uniquement avec le gouvernement. Exemple : c’est le gouvernement qui veut. Le conjuguer avec d’autres pronoms est une atteinte à la stabilité du pays et un appel à un coup d’Etat.

Je vais briser ce tabou. Voici donc mes « veux » :

Je suis un enfant algérien. Je veux dans ma ville un cinéma, un théâtre, un clown, un centre culturel, pour vivre mon enfance que vous exploitez dans deux lieux : l’école coranique et l’école publique. Je veux une enfance puissante qui ne serait jamais menacée par une baleine virtuelle. Je veux vivre !

Je suis un jeune Algérien. Je veux vivre ma jeunesse qui m’échappe. Je ne veux pas que vous réduisiez mon humanité à deux cartes : carte du service militaire, et carte électorale. Vivre est un verbe qui m’est spolié et je m’aventure sur une barque pour le chercher ailleurs. A la recherche du verbe perdu. Je veux vivre !

La vie est un vaste jardin de roses, par Nadia Agsous

Ecrit par Nadia Agsous , le Mardi, 13 Mars 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

– Hé Ô, faut pas avoir peur ! souffla-t-elle dans le creux de mes oreilles pendant que je dormais à poings fermés, après une journée de dur labeur.

L’aube des jours heureux fait son entrée dans la légende primitive. Pendant ce temps, je m’agrippe au sommeil qui m’entraîne jusqu’aux confins de mes origines lointaines. Je dors profondément !

Le tumulte des mots susurrés par la quiétude aurorale qui tremble de tendresse, à l’aube de la brume fuyante, a cessé, tandis que la vie continue à moissonner la terre belle et généreuse.

Là-bas, loin de nos aveuglements, des êtres de chair, des hommes, des femmes et des enfants, esseulés, les corps enveloppés dans le coffin de l’au-delà, offrent leur âme en libation. Au seuil de l’éternité or-rougeoyante, une salve de rires déchire la terre d’un mouvement hystérique. Etonnement rédempteur !