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Ecriture

L’insomnie Jean-Luc Lagarce (par Pauline Moussours)

Ecrit par Pauline Moussours , le Mardi, 12 Février 2019. , dans Ecriture, La Une CED, Récits

 

Vers quatre heures, vers la fin du mois, je lis Jean-Luc Lagarce et je pleure. Enfin non, je ne pleure pas, mais j’en ai envie. Parce que c’est vrai. Je crois que c’est cela surtout, l’écriture vraie. J’aimerais savoir écrire ainsi. Écrire comme on pense, comme on vit, écrire comme lui. J’ouvre ses livres au hasard, souvent, jamais plus d’un mois sans le faire. Je relis des passages, plusieurs phrases, plusieurs pages. Je relis Jean-Luc Lagarce et je pleure. Mais ce n’est pas cela, finalement. Ce n’est pas de pleurer parce que c’est beau. Simplement l’envie de le faire. La possibilité de le faire. Longuement ou non. Pendant le texte, après le texte, qu’importe. C’est un secret de ses mots, de son rythme et de ses virgules. Un secret de la répétition, qui pourtant ne vient jamais raconter les mêmes choses. Un secret d’être bouleversée quand il écrit prendre son bain, plusieurs heures avec un autre, rajoutant parfois de l’eau chaude ; quand il écrit, pour se le demander, si ce n’est pas soi après tout, que l’on regrette le plus.

Après, juste après de le lire, il m’est impossible d’écrire. Je n’y arrive pas. Je ne pense qu’à ses mots à lui, son style à lui. Je ne parviens qu’à le copier, le copier mal comme ici, à cette heure avancée de la nuit.

L’ombre étant l’ombre, par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Lundi, 11 Février 2019. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED



L’ombre étant l’ombre – séquence indirecte de l’absolution – l’ombre étant carrée – l’ombre pavée – séquence des mots – syllabiques absences – on oublie le tronc commun – dieu – dieu/cosmos – l’ombre étant l’ombre – mouvements des mots – cheville ouvrière – silence !

Le christ messager vous dit assez – aux marchands du temple – mot dieu –

L’ombre étant l’ombre – dans les angles vifs –

Lettre vénitienne sur un poète évanoui (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 06 Février 2019. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

1- Mon cher Eric, cette lettre, comme les mélodies de Fauré, sera donc vénitienne. Débarrassons-nous d’abord de l’accessoire : j’ai été fort bien accueilli. Mon éditeur est généreux et il a d’excellents amis. De mon bureau, j’aperçois un petit canal à l’aspect campagnard donnant sur le rio della Sensa. Il est d’un calme parfait et aucun bruit agressif ne me dérange. Avec les brouillards matinaux, je pourrais presque me croire au dix-huitième siècle. Mes hôtes font preuve d’une discrétion exemplaire. Nous ne nous croisons qu’aux heures des repas et la componction teintée d’ironie de ces moments-là, après m’avoir décontenancé, maintenant me ravit : dîner en grande tenue dans une pièce éclairée aux chandelles avec sur les murs des tableaux noircis qui nous toisent m’a un peu étonné au début, mais j’en ai pris l’habitude. Je me rassure en me disant qu’une fois parti de Venise mes souvenirs s’effilocheront comme les images d’un demi-rêve. Le vieux marquis Fontanesi et sa femme ouvrent à peine la bouche. Je suspecte que ma présence leur a été imposée. Leur petite-fille m’interroge poliment sur ma journée, mes projets, mais c’est par courtoisie ou par devoir qu’elle le fait et tout cela l’indiffère. Son jeune frère est plus intéressant mais il intervient rarement dans nos échanges et avec des attitudes de dédain qui m’exaspèrent. Il doit bientôt retourner à Bologne puisque les vacances universitaires s’achèvent.

Paris est d’eau, par Raphaël Rouxeville

Ecrit par Raphaël Rouxeville , le Jeudi, 31 Janvier 2019. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Eponge sous la pluie fine, je suis marcheur, l’abbé Hénocque.

Je traverse Italie en soupe, prends les Gobelins ruisselants jusqu’à la Contrescarpe. La place est aux terrasses vides. Plic-ploc. Et aux rires chinois. Sous des parapluies.

La ville est là. Elle mouille le jour. Le jour. Qu’un à deux fantômes absentent.

La ville pourtant se montre, se voit, dégorge.

Mais toujours hier. Liquide. Toujours à venir.

Le métro s’en va lagune. Mes pieds font tragiquement pfouit-pfouit.

Alors, allons, houba-houba, chercher l’ailleurs.

A Port-Royal, je décide que la pluie fera une vitre infime pour quatre paumes glissantes, d’un côté et de l’autre (à moins que ce ne soit pour six, car je suis le poème).

La Répétition, Histoire de Kiran (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 30 Janvier 2019. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

 

1- Il y revient tous les ans ou plusieurs fois par an. Moins par amour que dans une sorte d’entêtement autiste qui participe de sa présence au monde. Si on lui demandait si ses séjours le rendaient heureux, il dirait que non, probablement. Bien sûr, ce serait un mensonge. Ou une pudeur. S’il était écrivain, il prendrait des notes puis les relirait comme un peintre examine les infimes nuances dans le traitement réitéré d’un même sujet. Mais il n’est pas écrivain. Ni peintre. Quand il attend l’avion qui l’emmènera dans une autre région de l’Inde, il reconnaît qu’il s’est plutôt ennuyé, au fond. Mais l’ennui joue son rôle dans sa relation aux êtres et aux choses. Quand l’avion accélère sur la piste humide, l’image qu’il conserve de ces deux ou trois semaines (les résumant, les justifiant, suscitant des regrets déjà) est celle d’un garçon à l’arrière d’une moto, sous la pluie battante (il importe qu’il y ait de fréquentes averses), n’ayant pas répondu à son sourire.