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Ecriture

La supercherie (5), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Lundi, 08 Octobre 2018. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

02

« Commence mon récit par la banale vérité sans rides ni fissures, sans aucune tranchée creusée par une lucidité malsaine sur la lisse surface du quotidien macabre, de la horde dont j’allais faire partie. Se déclenche donc ma farce par une naissance langée dans un silence inusité. On me rapporta alors que j’avais jailli sans faire une avance à l’existence, sans clamer après les gesticulations et gémissements de ma mère. Je mimais quelques signes de vie et c’est tout. La pièce était, m’expliqua-t-elle plus tard, baignée dans une lumière oppressante. Les atomes de poussière voletaient dans les cônes rutilants qui s’échappaient des fentes des cloisons, et s’achevaient en s’agrippant en flaque de lumière au plancher, aux rares meubles en débris, ou modestement traversaient d’un mur ocré à l’autre pour s’éclabousser vilement sur une brique noirâtre et humide… Non, je n’étais pas né dans un empire de Mickey Mouse ». Ainsi se présenta Saïd à Ammi-Hamid-La-Fontaine. Hamid ne prit pas la peine de répondre, ni la peine de ne pas répondre.

Lorgnons (des), par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Jeudi, 04 Octobre 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

Si l’une des façons de lire suppose la définition du roman comme quête d’authenticité de divers personnages, une autre présuppose le lecteur s’accaparant de ces récits, pour les faisant siens s’octroyer diverses possibilités d’embrayage, de rebondissements… Attablé dans l’arrière-salle d’un bistrot, y réfléchissant s’il lui serait bénéfique d’analyser la faune circulant dans ses travées – notre humanité y offre une multitude de sujets, leur recensement déjà établi par des écrivains de renom –, ce romancier se félicitait d’avoir répondu à l’invitation d’un ami cabaretier qui, l’ayant trouvé dépressif, donc en panne d’inspiration, l’avait incité à se ressourcer dans son établissement… « Tu verras, une véritable auberge espagnole, un microcosme, une caisse de résonance de nos complexions et caractères. Tu trouveras divers matériaux à ta disposition. Il s’agit d’observer sans être voyeur, d’être curieux sans être indiscret, étant donné qu’ici, les rapports humains jamais ne s’organisent selon les normes requises à l’extérieur ! ». Ayant sous ses yeux l’enfilade des salles et le zinc, il se sentit capable de pratiquer une électrolyse des sentiments de ses semblables sous l’aspect du simulacre y délivrant leurs philosophies de comptoir ; au demeurant non dénuées de sagesse, de pragmatisme… Faisant suite un examen attentif, au scalpel disséquerait les passions, les attachements, les inclinations des habitués, ceci jusqu’à l’arrivée d’extravagantes vieilles, qui le faisant passer du rôle d’observateur à celui d’observé, le déstabiliseraient, tant il est rare que nous voyions autrui dans le même miroir que nous-mêmes…

Supercherie (4), par Ahmed Yahia Messaoud

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud , le Mercredi, 03 Octobre 2018. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

 

II

01

Il est probable que chaque nouveau jour est un nouveau phénomène. Phénomène pour éviter d’employer le mot « Fléau ». J’étais dans la place publique de la ville de mon réveil, les gens se connaissaient tous, un peu trop peut-être, ils avaient tous des surnoms dans le genre Ali-la-crise, Moh-la-cervelle, Abas-le-confort, Saïd-internet… La liste est longue, il y avait aussi Ammi Hamid-la-fontaine, un personnage fort intéressant. La fontaine, non par rapport à ce La Fontaine qui croyait faire parler les animaux d’ibn el mukafaa, mais par rapport à la fontaine de la ville, il était tout le temps là, à se laver, mais restait toujours sale. Il avait une vie riche en déceptions, et pensait en ces termes : « Moi aussi comme tout le monde, j’ai une maladie chronique, c’est ma vie, et je vis avec. On ne peut pas être intelligent et abordable en même temps. Ils me trouvent narcissique, distant, méprisant, mais je suis tout simplement inaccessible ». Il était, enfin il pensait l’être, un Jésus sans Dieu, ou plutôt sans père pour ceux qui croient en ce genre de conneries.

Deux poèmes, par Marie Larrey

Ecrit par Larrey Marie , le Lundi, 01 Octobre 2018. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

 

Départs

Le talon soulevé

Ce mouvement

Un pas

La première marche d’un escalier

Un train

Un bateau

Juste cet instant

Après la porte

Elle va se fermer

A la frontière encore

Pauline Dubuisson, par Thomas Besch-Kramer

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Vendredi, 28 Septembre 2018. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED

 

« Seuls les livres me permettaient de respirer à nouveau normalement, et je me suis jetée dans la lecture pour m’échapper de cette obscurité qui me compressait le cœur jusqu’à l’âme »,

Pauline Dubuisson

 

Dire qu’il y a des livres à lire… dire qu’il reste des livres à écrire : c’est une promesse d’avenir. Quand je suis entré dans l’Armée, j’avais juré de ne plus lire et de faire corps avec le monde viril des hommes, des armes. Effectivement, pendant trois ans et demi, je ne lis plus – hormis les titres du Figaro et les reportages de Col Bleu.

Dire aussi qu’il y a des livres qui ne sont pas à lire et d’autres, à jamais non-écrits… Dire aussi qu’il y a une industrie du livre comme il y a une industrie de l’armement et une industrie du film grivois.