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La Une CED

Retour au nous végétal, Dominique Sampiero (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 12 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Poésie

Retour au nous végétal, Dominique Sampiero, gravures, Dominique Kermène, éd. de Corlevour, 110p., 2025, 18€

Monde agreste

 

Tout d’abord le recueil, dès son premier acte, nous parle de Dasein ; d’un « être-là » au monde, une habitation de poète dans le monde. Ici, le monde est agreste, campagnard, végétal et villageois. C’est le livre de la coexistence de la poésie et du paysage, lequel n’est pas conçu comme un tableau, mais comme une entité vivante, meuble, qui naît au sein du langage, dans l’intériorité du poète. Cette campagne n’a rien d’extérieur, elle s’arc-boute dans une langue légèrement lyrique, ce qui veut dire qu’elle agrandit le domaine de l’être, lui donne une ouverture plus grande vers l’abîme intérieur.

Les jours de grand froid, le corps rode en pensée dans le labyrinthe pur-argent des longues marches, le dos cassé sous le poids du silence dans l’ici, chair fendue par les courbatures d’une solitude casanière, vertèbres soudées à la pierre de touche de notre amour.

Le Maître caché, par Jean-Michel Mathonière (présentation de Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 07 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

 

 

Jean-Michel Mathonière est un spécialiste des « compagnons passants tailleurs de pierre ». Il fait partie de la société savante avignonnaise l’Académie de Vaucluse. Il est un modeste éditeur, où il publie de petits livres dans sa collection baptisée « Les Carnets de Bourbonnais l’Ami des Arts » (Aux Arts et Sciences réunis : les compagnons et le Trait / À propos du Tarot), et auteur notamment de « Règle des cinq ordres de l’architecture de Vignole », fac-similé de l’édition française de 1632 (Editions Dervy), « Le Tarot des tailleurs de pierre », en collaboration avec Hugues Gartner (Editions Guy Trédaniel). Nous reprenons un texte publié dans le numéro 227 du Magazine Littéraire (février 1986).

Il nous explique l’histoire de ce texte.

Mémoire des mots, François Teyssandier (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 05 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Mémoire des mots, François Teyssandier, illust. Jamil Boucheqif, éd. Polyglotte, coll. Voix Boréales, 102 p., 2019, 12€


 

Les poèmes de François Teyssandier nous conduisent, nous indiquent un chemin parmi des éléments primaires (l’eau, le feu, l’éther et la terre envisagés par Empédocle), où le poète cherche la profondeur, cherche une langue pour ne pas périr, une langue insondable, une langue où la pensée est claire et pénétrante, où elle est matin, lumière, gaz énivrant.

On se prépare dès le début du recueil à accomplir un périple, une déambulation, une pérégrination pour être plus juste depuis la présence physique de la vie (y a-t-il ici une leçon tirée de Hume ?), l’expression de la nature portée par une langue simple, épurée, sobre et cependant lyrique.

Griffes 26 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 05 Janvier 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Populicide, Phillipe de Villiers, 2025. Fayard. 418p. 20,80€

Un livre court, assemblage de paragraphes à mi-chemin entre le script radio, l’adresse au peuple, le journal et la rumination. Les oblations du vieil homme. Un livre dont on peut dire qu’il y a là « une plume », comme on pouvait le dire il y a longtemps pour les sous-préfets épris de littérature. Tout s’y mélange allègrement, allégories, paraboles, images, anecdotes, leçons et parallèles. Quelquefois c’est involontairement cocasse. L’auteur semble croire à la réalité d’une parabole, confond image et instantané, allégorie et prophétie, parallèles et identité. Les chiffres sont utilisés de façon très personnelle : « On sait maintenant que, lorsque la oumma s’installe, il faut en moyenne sept siècles pour la dégager. 700 ans en Espagne, entre 150 et 480 ans en Europe centrale et orientale, depuis la Hongrie jusqu’à la Serbie du Kosovo. » La notion de moyenne est malléable, mais De Villiers est bon prince : « Les migrants du Sud, aspirés vers le nord, déposant le sac de voyage là où s’opère la rencontre insolite avec les défilés de dégenrés des technoparades, hauts en couleurs décadentes, ne sont pas responsables de cette décomposition. » Le style varie peu : une sorte d’hommage à une théâtralité fin de siècle, de l’ampleur dans la phrase, un amour de l’énumération et de l’emphase. Une sorte de cabaret grotesque (au sens littéraire), Poe rencontre Péguy. Rien n’arrête notre missionnaire, guidé par Saint Paul, Houellebecq et Onfray.

La marchande d’oublies, Pierre Jourde (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Jeudi, 18 Décembre 2025. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

La marchande d’oublies, Pierre Jourde, Gallimard août 2025, 656 p. 25 €

 

Progresser dans nos quêtes, l’Art ne sert qu’à ça :

“That’s the way to do it ![1]

 

On ne peut dénier à Pierre Jourde la cohérence avec laquelle il fait œuvre. Dans une filiation gracquienne, il n’a jamais mâché ses mots à l’égard de la société du spectacle littéraire, et de la tartufferie critique qui l’accompagne. Il le sait, le trop de lumière tend à faire du masque médiatique un visage, et détruit le créateur. Aussi Jourde a-t-il toujours privilégié les rencontres, entretiens écrits, podcasts, vidéos sur des plateformes littéraires ou cultures alternatives et, avant de se lancer vraiment dans l’affaire-roman (après de nombreux essais et Carnage de Clowns en 99) prit-il soin de fourbir son arme ultime d’essayiste.[2]