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La Une CED

Griffes 32 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 08 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques


Le visage de la nuit, Cécile Coulon. 8/01/2026. Eds de l’Iconoclaste, 275 p. 21,90€.

Me voilà bien embêté. Je viens de finir le dernier Cécile Coulon, une lecture d’une petite heure. Et là où l’auteure m’avait habitué à rire, rire de ses images contradictoires ou de ses allégories bancales, je suis resté de marbre. Là où sa poésie d’ado tardive me faisait impatiemment tourner les pages dans l’attente d’une nouvelle provoc cheap, je me suis ennuyé. Le Visage de la Nuit est un conte. Loin des incohérences narratives et stylistiques du Langue des choses cachées, une sorte de Céline 2.0. Très court, comme le veut un conte. Stylistiquement épuré : disparus les foisonnements d’images, les parallèles et les métaphores. Du simple. Du (presque) concret. Mais les images omniprésentes sont remplacées par de longues listes de noms ou d’adjectifs. Quelques paragraphes en sont même agréables à parcourir. Le Visage est donc un conte. Mais nous voilà bien loin des Contes Cruels, loin des frères Grimm, loin d’Andersen, loin de tout : dans un village dont le nom semble sortir de Tolkien.

Peau d’ourse, Grégory Le Floch (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 02 Juin 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Peau d’ourse, Grégory Le Floch, Aux éditions du Seuil, 230pp, 20€

 

Point sublime

Qu’est-ce qu’une montagne ?

Visible depuis à peu près partout au village : elle est grosse et lourde. Pas du genre pic ou dent qui monte dans le ciel comme les autres. Nan. Du genre gros tas.

-       Un mont en forme de bouse.

Nom : Mont-perdu. Parfait pour rebaptiser l’héroïne de Peau d’ourse, le sixième roman de Grégory Le Floch.

Avec un transgenrisme littéraire très sûr, l’auteur passe de l’ethnologie à l’imaginaire, du gore au fantastique, de l’animal à l’humain et retour, non sans passer par la case souffrance. Dans ce roman, ça douille !

Dans ce minuscule village, ça dérouille.

Quelques questions à Santiago Espinosa (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 28 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Dossiers, Entretiens


Philippe Chauché – La Cause Littéraire – Santiago Espinosa vous êtes agrégé de philosophie et lauréat de la Bourse Cioran du Centre National du Livre, ce qui a dû à l’époque en 2015, ravir Clément Rosset avec qui vous avez collaboré de nombreuses années. Comment s’est faite votre rencontre avec Clément Rosset, et en plus de Cioran et Schopenhauer, vos intérêts communs se portaient sur quels auteurs et quels philosophes ?

Santiago Espinosa — J’ai d’abord rencontré l’auteur Clément Rosset dans ses livres, que j’ai commencé à traduire en espagnol il y a une vingtaine d’années, puis, en 2007, j’ai fait connaissance avec la personne, avec qui j’ai noué une forte amitié qui dura jusqu’à sa disparition, en 2018. Plus que Schopenhauer, c’est Nietzsche qui m’a conduit à lire et apprécier ses livres, et c’est grâce à lui que j’ai lu Lucrèce, Pascal, Montaigne, Hume, sans compter les écrivains (Balzac, Roussel, Novarina, Aristophane), mais les musiciens faisaient partie aussi de notre univers commun (Bach, Mozart, Ravel, Debussy, Stravinsky). Du reste, Rosset — contrairement à ce que certains ont voulu voir chez lui — n’était pas du tout un pessimiste comme Schopenhauer et Cioran, mais un philosophe tragique, comme Nietzsche, ce qui est tout le contraire.

Murmuration, Sylvie Germain (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mercredi, 27 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Murmuration, Sylvie Germain, éditions Albin Michel, janvier 2026, 208 pages, 19,90€

 

Une parabole sur l’écriture

Sylvie Germain a le regard tourné vers le Ciel. Le titre insolite de son dernier roman, Murmuration, désigne le spectacle étonnant et splendide des nuées d’étourneaux esquissant en vol un ballet aérien merveilleusement synchronisé. A l’instar de ce gracieux spectacle, l’écrivaine déploie une écriture toute en finesse, à la fois visuelle et sensorielle sous le signe du mystère et de la rêverie. En exergue aux trois parties, la poésie instinctive et mystique d’Emily Dickinson donne un élan métaphysique au roman.

La métaphore de la murmuration infuse tout le récit : constante reconfiguration des formes, la murmuration est à l’image de nos vies erratiques qui se font et se défont, instables et précaires comme toute entreprise humaine. La murmuration, c’est aussi ce grand rassemblement d’oiseaux, une défense collective contre les prédateurs qui nous rappelle la présence du mal auquel l’homme doit résister, thème cher à l’auteure. Figure à la forme parfaite, la murmuration fait écho à la quête de l’artiste qui doit ordonner tout un flux de sons, de voix, d’éclats de sensations, de jeux d’échos, d’images, d’idées, de symboles. Sylvie Germain structure son roman d’une profonde unité poétique, symbolique et thématique.

La tournée, Maxime Rossi (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 27 Mai 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

La tournée, Maxime Rossi, éd L’iconoclaste, 180pp, 19,50€

 

On aime ouvrir un premier roman, d’autant que ce dernier est édité aux éditions L’iconoclaste où tout néo-romancier rêve d’être accueilli.

Ne rêvons pas davantage ! Évoquons La Tournée de Maxime Rossi.

L’auteur nous livre rien de moins, lyriquement, cliniquement, esthétiquement que son CV ! Il nous dit le café qu’il a tenu, les tournées avaient un autre sens, hep la dernière patron, la librairie-café qu’il a fait vivre au cœur d’un petit bourg où du coup, il est connu par tous. Le loup blanc aurait pu être l’enseigne mais le titre, c’est La Tournée.

L’auteur nous donne à lire et à voir, comme si on en était, sa reconversion non en facteur mais en infirmier. Et pompier ! Toutes les qualités : Dans nos déserts médicaux, l’infirmier-pompier intervient la plupart du temps sans médecin. Il est habilité par des protocoles à injecter des drogues sur le terrain de l’accident…