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La Une CED

Emily Dickinson, la poésie car c’est l’immensité (par Jean-Charles Vegliante)

, le Jeudi, 17 Décembre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Vide à emplir de félicité,

Vide à emplir de dédain.

(E. Dickinson, Poems 113)

 

Dans sa lettre-préface à l’anthologie de Cent dix-sept poèmes d’Emily Dickinson par lui choisis et traduits, Philippe Denis évoque l’évasive Emily, certes distante mais « bien , c’est-à-dire au-devant d’elle-même, où nul ne la rejoindrait »… Dans cette course-poursuite, où le poète-traducteur a été d’abord « comme un coureur tentant de battre je ne sais quel record sur une piste détrempée », il s’agit assurément d’adaptation – ardue, respectueuse, passionnée – et non d’un effort appliqué de « calque » (Chateaubriand, sur sa version de Paradise Lost), à laquelle un angliciste trop sérieux trouverait sans doute des limites.

De 1984 à 2020 (par Florent Ghertman)

, le Jeudi, 17 Décembre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

La crise de la Covid a eu pour conséquences une série de mesures limitant les déplacements, et obligeant la fermeture de certains commerces. Cette limitation d’aller et venir, particulièrement exceptionnelle dans des pays démocratiques, a entraîné des critiques contre les gouvernements à l’origine des différentes mesures.

C’est ainsi que certains ont effectué un rapprochement entre la dystopie décrite dans le roman de Georges Orwell, 1984, et les restrictions annoncées comme motivées par la situation sanitaire.

L’objectif de ce billet est de réfléchir à la pertinence d’un tel parallèle.

 

Précisons en premier lieu que dystopie n’est pas prophétie. Georges Orwell donne matière à penser pour sa génération et les suivantes. Il ne prétend pas écrire le futur. D’ailleurs, il paraît quasiment certain que ceux qui effectuent un parallèle direct entre notre société et celle dans laquelle évolue Winston Smith n’ont pas lu le roman.

Douze improvisations sur Georges Eekhoud, Histoire campine (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 16 Décembre 2020. , dans La Une CED, Ecriture

 

« M. Georges Eekhoud est un dramaturge, un passionné, un buveur de vie et de sang ».

Remy de Gourmont, Mercure de France, 1896.

 

Il faut entendre le mot improvisation dans son acception jazzistique, sans doute, mais davantage dans celui que lui donna Michel Butor dans deux beaux livres – quoique d’une façon assez différente. Ni plagiats ni pastiches, donc, mais rêveries, exercices d’admiration.

Georges Eekhoud est un écrivain flamand d’expression française né en 1854 et mort en 1927. Les travaux de Mirande Lucien, de Patrick Cardon, de Michael Rosenfeld, etc., ont suscité un nouvel intérêt envers son œuvre.

 

In the house that Jack built, Dickens, Griffith et la Révolution (par Augustin Talbourdel)

Ecrit par Augustin Talbourdel , le Mardi, 15 Décembre 2020. , dans La Une CED, Les Chroniques

Osons une affirmation qui pourrait surprendre : Orphans of the Storm (1921) est une adaptation cinématographique de A tale of two cities (1859). Allons plus loin : c’est probablement la meilleure adaptation du roman de Dickens. Certes, Griffith s’inspire d’abord d’une pièce de théâtre française d’Adolphe d’Ennery et Eugène Cormon, Les Deux Orphelines (1877), aussi connue à l’époque que le roman de Dickens et adaptée quinze fois à l’écran. Il semble que le cinéaste ait fait ce choix par défaut. À l’origine, Griffith désirait tourner une adaptation du roman de Dickens, chose faite quelques années plus tôt, en 1917, par Frank Lloyd. En tournant Orphans of the Storm, sans doute Griffith avait-il encore à l’esprit A tale of two cities, si bien que le film peut passer pour dickensien, alors même qu’un seul incident du film n’est véritablement tiré du roman de Dickens (II, 7) : l’enfant tué par le carrosse de « Monseigneur », dans le faubourg Saint-Antoine, que Griffith présente comme « an historical incident » dans un carton. Au-delà des nombreuses proximités que l’on peut établir entre le roman et le film, la véritable dette de Griffith envers Dickens réside dans la représentation de la Révolution française.

Tiramisu (par Jeanne Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Mardi, 15 Décembre 2020. , dans La Une CED, Ecriture, Nouvelles

 

Cher ami,

Je réponds d’emblée à ton souhait, je m’en réjouis. Je t’apporterai le dessert. Un dessert. En réponse aussi à ta précédente invitation, ce dîner que nous avions volé aux circonstances. Tu avais si bien cuisiné ! Et ton tiramisu était exquis. Son onctuosité. La génoise et les grains de café dans la crème, un pied de nez assurément. Ce n’était plus un tiramisu, avais-je rétorqué, et qu’importe ! Nous avions trinqué à tout ce qui se transforme, ne se crée point, se transmute. Nous nous étions régalés. Nous avions bu, presque rien. Un Crozes-Hermitage 2011. De 2011 à 2020. Trois verres chacun qui me demandèrent une attention accrue à vélo. Par chance, nous vivons à un kilomètre l’un de l’autre, là notre distance. Notre respectable insouciance. Nos dîners tantôt chez l’un tantôt chez l’autre, toujours inédits, toujours différents, celui-ci et le nôtre. Nos deux intimités diluées ou dissoutes par une pandémie. L’univers entre nous.