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La Une CED

Raoul Vaneigem (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 22 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, En Vitrine, Cette semaine

 

Moins 1 – Belge !

Dans mon lycée jadis, d’aucuns se passaient le petit livre rouge de Mao, plastifié pour affronter les bains-douches ou les sévères conditions météo d’Armorique, ceux-là psalmodiaient. D’autres se filaient, fatiguées et humides, les repros de repros de séminaires du Grand Jacques ! Chacun sa clandestinité. Certains s’enchantaient de Léon Tr. Pour ma part, nous lisions avec passion Raoul et obtenions notre bac, quand même, option Vaneigem !

Une vie d’adulte s’éclaire des découvertes adolescentes. C’est un lieu commun, sauf que Vaneigem resta mon clandestin, mon secret, discret talisman sur un rayon de bibliothèque entre Grenier et Guilloux, mes éclaireurs en ma ville de baie, et Rimbaud le doigt sur le détonateur.

Ah, mon Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations a son frontispice ivoire nrf bien flapi, vous vous en doutez. Couvertures déchirées et livres défraîchis témoignent d’un âge certain.

Vaneigem vient de mourir.

Contempler, Nazim Siblot (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Lundi, 21 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

Contempler, Nazim Siblot (Invitation à l'expérience esthésique) - Illustrations de l'auteur, L'Harmattan, juillet 2026, 292 pages, 29€

 

Pour le dire d'une phrase, l'auteur joue la contemplation autodidacte, réaliste et autonome contre notre coûteuse (ruineuse, malgré sa "gratuité") et dirigée (soumise aux seuls besoins formés pour elle) hallucination idolo-numérique, dans et par laquelle, écrit Nazim Siblot :

"Infantilisés et prostrés, échine ployée, nous coupons avec le monde réel dans l'attente d'une excitation factice, toujours plus rapidement décevante, nous vouant à un renouvellement indéfini donc structurellement insatisfaisant, qui nous laisse à terme hébétés, dans un piteux mélange de désir non comblé et de saturation écœurée. (...) Appauvrissement nihiliste, obstinément poursuivi, signant l'exil volontaire de l'expérience directe au profit de la compagnie de spectres numériques" (p.274). Et contempler sera le suffisant remède : "Redresser la tête, libérés, afin, littéralement, de nous réincarner" (id.).

Ligne de feu, Arturo Perez-Reverte (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 14 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Espagne, Cette semaine

Ligne de feu, Arturo Perez-Reverte, nrf, 649 pp


Ligne de feu, livre de feu

L’œuvre d’Arturo Perez-Reverte est considérable.

De sagas en séries historiques, Perez-Reverte éblouit. Par son sens du détail, ce qu’on pourrait nommer sa technique de précision, une science à part. à mi-chemin entre journalisme, son premier métier, reporter de guerre, il en fut, et le roman total dont la focale est autant large et universelle que microscopique et infinitésimale. Balzacien au plus contemporain du terme !

Ligne de feu paraît dans la célèbre Collection Du monde entier de Gallimard.

Nous sommes fin juillet 1938 et l’Èbre est à franchir.

La bataille de l’Èbre serait en Espagne ce que notre Verdun raconte à nos consciences, rien qu’à prononcer ses six lettres de sang et de feu, de mort et de cendres.

Griffes 34 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 14 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

 

La légende. Boualem Sansal, Grasset.2026, 252 p. 22€

J’avais plutôt détesté « Vivre… », que j’avais trouvé tout à la fois ringard, réac, médiocre et déjà lu cent fois. Une sorte de sous-Barjavel avec plus d’un demi-siècle de retard. Mais je l’avais lu au mauvais moment. Avant qu’un gouvernement pourrissant sur pied décide qu’un auteur ça se jette en prison, ça s’utilise pour régler des comptes avec la France, ça se piétine pour avoir l’air fort. Difficile donc de lire La Légende comme s’il s’agissait là d’un livre ”comme un autre”. Première certitude : c’est à des années-lumière du Journal d’un Prisonnier du petit Nicolas S. C’est un vrai livre. Mais un livre plutôt mauvais. Des lourdeurs, voire des erreurs dues à un manque de relecture certain (auteur, éditeur ?), sans doute aussi à une écriture trop rapide. 40 jours nous dit l'éditeur. Bancal, sans objectif réel, sans noyau. La construction est problématique : ni vraiment chronologique ni vraiment thématique. Procès, emprisonnement, appel, visites, comité de soutien, départ vers l’Allemagne, Paris …tout s’entasse, tout se vaut. Non pas comme le portrait d‘un homme face à des forces qui le dépassent, ou un auteur utilisé comme bouc émissaire. Non, juste des pages, blocs, chapitres jetés là sans grand soin, par un homme désabusé, fatigué.

Le chardonneret, Donna Tartt (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 10 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, USA, Roman, Cette semaine

Le chardonneret/donna tartt/traduction edith soonckindt/pocket/2015/1104 pages


Aurais-je agi autrement si j’avais eu une personnalité différente ou quelle personnalité aurais-je eu, si ma mère n était pas morte ce jour-là.

J’ai lu Le Chardonneret en version originale (je ne parlerai donc pas de la forme et du style) en trois semaines et ces deux questions sans point d’interrogation sont en français quelque part dans ma tête. Comme un rêve qui s’accroche aux membranes de l’hippocampe parce qu’il a eu le temps de s’en souvenir. L’ambiance spectrale des rues de New-York. À l’intérieur, les personnages et un tableau, Le Chardonneret. Theo dans l’atelier de Hobie, en sous-sol, entre la boutique d’un artisan et le laboratoire d’un alchimiste. Le sanctuaire d’odeurs, la chaleur du poêle au centre et la lumière en pigments. La cuisine glaciale, chez le père, à Las Vegas. La géométrie du vide et de l’absence. Les dates d’entrée associées aux dates de sorties. Le tableau existe.