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La Une CED

Le chardonneret, Donna Tartt (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 10 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, USA, Roman, Cette semaine

Le chardonneret/donna tartt/traduction edith soonckindt/pocket/2015/1104 pages


Aurais-je agi autrement si j’avais eu une personnalité différente ou quelle personnalité aurais-je eu, si ma mère n était pas morte ce jour-là.

J’ai lu Le Chardonneret en version originale (je ne parlerai donc pas de la forme et du style) en trois semaines et ces deux questions sans point d’interrogation sont en français quelque part dans ma tête. Comme un rêve qui s’accroche aux membranes de l’hippocampe parce qu’il a eu le temps de s’en souvenir. L’ambiance spectrale des rues de New-York. À l’intérieur, les personnages et un tableau, Le Chardonneret. Theo dans l’atelier de Hobie, en sous-sol, entre la boutique d’un artisan et le laboratoire d’un alchimiste. Le sanctuaire d’odeurs, la chaleur du poêle au centre et la lumière en pigments. La cuisine glaciale, chez le père, à Las Vegas. La géométrie du vide et de l’absence. Les dates d’entrée associées aux dates de sorties. Le tableau existe.

La complainte du matelas ou L’amour blessé, toujours blessé, Claire Fourier (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 08 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

La complainte du matelas ou L’amour blessé, toujours blessé, Claire Fourier, Éditions Tinbad (2026) [230 p.] - 22€

 

La mémoire horizontale des vivants : Claire Fourier ou l’intelligence féminine du réel

Il arrive que la littérature élise domicile dans les objets les plus humbles. Là où Francis Ponge, dans Le Parti pris des choses, donnait voix au savon, à l'huître, au cageot ou au galet, en révélant la densité poétique de leur matérialité, Claire Fourier choisit un compagnon plus discret encore : un matelas abandonné sur un trottoir.

Objet dérisoire en apparence, mais contenant tout un monde, ce matelas n'est jamais un simple meuble. Il devient archive des corps, conservatoire des passions, mémoire silencieuse des vivants. Il recueille les traces du sommeil et du désir, des naissances et des séparations, des maladies et des deuils. Il est mémoire. Il est témoin. Il est presque une conscience.

Au bar de l’oubli et autres textes, Jacques Josse (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 07 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

Au bar de l’oubli et autres textes, Jacques Josse, éd le Réalgar, 60 pp, 7€

 

Josse tonique

Nous parlons de Jacques Josse.

Sa bibliographie est longue de vingt centimètres au moins, l’écart de nos doigts qui couvrent d’est en ouest une carte 1/250000ème de la Bretagne.

Jacques Josse est de cette péninsule.

Il est de ces vents de mer et de terre, à leur point de rencontre. Là que le natif de Lanvollon écrit.
On ne compte pas les biblios en centimètres, évidemment. Plutôt en titres. Lire ces titres dit beaucoup, ce n’est pas qu’une liste. C’est un monde, le monde jossien :

Tachée de rue la blessure, Fabrique, Carnets de brume, Des voyageurs égarés, Un habitué des courants d’air, Café Rousseau, De passage à Brest, Les buveurs de bière, Cloués au port, Gwin Zegal, Terminus Rennes, Retour à Nantes, Liscorno, J’ai pas mal d’écume dans le cigare, Au célibataire retour des champs, Comptoir des ombres, Chapelle ardente, Vestiaire de la mémoire.

Bonne nuit, Chipie la galette, Jean Pierre Nedelec (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 03 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

Bonne nuit, Chipie la galette, Jean Pierre Nedelec - Editions La Part Commune, 74 pages, avril 2026, 12€


"Pourquoi voulez-vous que je deuille ? Je ne veux pas deuiller.

Pas d'œillet ! pas d'œillet ! juste couler dans un vase

bien profond des larmes sucrées-salées juste assez chaque jour

pour ces œillets de poète que tu m'offrais retour du marché

des Lices." (p.51)

"Bonne nuit, Chipie la Galette", titre inattendu pour un chant de disparition (de la bien-aimée) ! L'ode funèbre hilarante (même si elle est franche et particulièrement émue) n'est pas un genre couru (ni facile !) : Jean-Pierre Nédelec y salue sa compagne peintre Maryvonne d'un sobriquet qu'on devine ancien et affectueux : Chipie la galette, qui donne le ton de cet hommage si peu solennel, mais d'une étrangement familière gravité (des tags clownesques nous attendant dans une chambre mortuaire font baisser les yeux en nous taquinant le cœur).

L’empereur de la joie, Ocean Vuong (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

L’empereur de la joie, Ocean Vuong, éd Gallimard coll Du monde entier, 499pp, 25€

 

Joie du roman

La joie est ou n’est pas.

Ocean Vuong nous enfonce bas dans la joie dostoïevskienne, dans les bas-fonds de Gogol, sous terre où rampent à fond sur leurs vélos à grosse roue les livreurs de pizza, les découpeurs de poulets, les rôtisseurs et les hambourgeuteurs, ce grouillement d’humains tout en bas du bas. Ici, dans une ville pourrave donc joyeuse de Nouvelle-Angleterre. Plutôt en haut sur la carte, on peut même dans une virée de van visant à chercher des stocks d’épinards toucher au Vermont, ça dit peu à peu, sans doute, sauf aux américanophiles qui restent ou aux phobes de plus en plus nombreux.

Un remède pour les deux : lire Ocean Vuong !