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La Une CED

Compagnie de l'animal poème, James Sacré (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 26 Août 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

Compagnie de l'animal poème, James Sacré - avec un frontispice de Claude Viallat Editions fario - 156 pages, printemps 2026, 21€


Quand un poète se déshabille, on lui voit tout de suite l'âme. Et quand un athée farouche (parce qu'il a cru constater l'absence de tout Dieu sensé) montre son âme, il montre tout ce qu'il est, puisque son âme - se sentant sans Principe et sans Horizon - est condamnée à s'emporter avec elle dans le néant dont elle s'estime tirée. C'est elle qui est nue, et (avantage du poète) se sait simplement autre chose qu'un mot puisqu'elle les dit (ou les fait dire) tous.

Un poème est, comme tout discours, une "compagnie" de mots. Mais un poème a sa propre manière de présenter les mots les uns aux autres - manière neuve, inaccoutumée - pour faire sentir ce qu'ils auraient à se dire à propos du monde. Leur rapprochement, dans le pouvoir poétique, nous éveille à une présence, comme si des mots, en bonne compagnie les uns des autres, devenaient capables de mieux qu'eux, trouvant ensemble une force d'animer l'événement de leur expérience. Et cette force, dit le titre du livre, est franchement "animale" : la compagnie d'un végétal poème (!) ne serait ni stimulante ni crédible !

À l’écoute des bêtes, Catherine Andrieu (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 25 Août 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

À l’écoute des bêtes, Catherine Andrieu, éditions Sémaphore [116 p.] – 16€

 

À l’écoute des bêtes ou Quand la terre respire : la mémoire sauvage du vivant selon Catherine Andrieu

Publié aux éditions Sémaphore dans la collection Cahier Nomade, dirigée par le poète, écrivain et essayiste breton Bruno Geneste, À l'écoute des bêtes de Catherine Andrieu est de ces livres rares qui semblent avoir été moins écrits que traversés. La poète et peintre plasticienne nous en avertit d'ailleurs dès l' "Avant-dire" : « Il est des livres que l'on n'écrit pas. Ils vous traversent, vous arrachent à vous-même, et vous déposent, les paumes vides, sur la grande page nue du monde. »

D'emblée, un mystère se présente au lecteur. Si le titre À l'écoute des bêtes est gravé sur la première de couverture, illustrée par la photographie saisissante d'un loup – ou peut-être d'une louve –, le texte s'ouvre pourtant sur un autre intitulé : Quand la terre respire. Comme si deux livres coexistaient dans un même volume. Comme si le premier titre désignait l'écoute, tandis que le second révélait la source profonde de cette écoute : le souffle même du monde. Entre les deux se déploie une œuvre de passage, une traversée des mémoires enfouies, des présences invisibles et des voix oubliées.

La Pianiste, Isabelle Amonou (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 24 Août 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

La Pianiste, Isabelle Amonou, éd Dalva, 431 pp


Iode et ode

Rentrons d’entre rochers gris et vagues puissantes. Du Finistère.

La pianiste d’Isabelle Amonou nous y a conduits. Bord d’estran, rangées d’écume, Fort du Taureau ou raz de Batz, allons-y à la nage bien que ce ne soit pas recommandé par la sécurité civile ni la SNSM (Sauveteurs en mer).

La pianiste n’a plus qu’une main, débrouillez-vous de cette partition et entrez au cours de natation.

Faire un livre ou écrire un livre ne renvoie pas au même. Pour le faire ou l’écrire, deux solutions. Se laisser emporter, aller aux vents de soi, courir sur ses chevaux de mer et sans brides. Ou, au contraire, comme Isabelle Amonou, tenir tout très serré.

Faire œuvre de didactisme, continuer de donner la leçon, ici de musique, là d’amour, ou, pour encore plus d’intrigues, y mêler la grande Histoire, Berlin anéantie, un viol, une fille née de ce viol, Jeanne, donc pianiste.

Selon toi, Marielle Hubert (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 20 Août 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

Selon toi, Marielle Hubert, POL, 183 pp, 20€

 

Poste restante


Un livre de plus sur notre rayon Duras dans notre bibliothèque qui est tellement long et fourni, cette planche blanche et ses branches qui montent, Manceaux, Laure Adler, Robert Antelme en premier, Juan Goytisolo, cette confrérie des mots, du sens, sans laisser en bout de ligne Yann Andréa tout seul.

Le jeune frère qui hante Selon toi de Marielle Hubert.

Peu voire pas nommé. Deviné. Comme l’ombre de Duras dans le bel entretien filmé où Swann Arlaud joue Yann, Manceaux est Emmanuelle Devos, cf l’excellent Vous ne désirez que moi de Claire Simon.

Nous nous égarons. Duras égare.

Si loin de l’écrivaine et metteure en scène Pascale Lemée.

Griffes 33 (Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 17 Août 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine

 

Je suis drôle. David Foenkinos. Gallimard, Coll. Blanche. 2026. 192p. 20€

David Foenkinos. Auteur connu. Reconnu. Un petit livre de plus. Court, vite lu. Vite oublié sans doute. Doit ressembler aux autres Foenkinos que j’ai dû lire. Oubliés déjà. C’est agréable. Agréable cette sensation de flottement.  Aucun effort pour le lire. Écrit sans efforts. Un survol sans moteur d’un paysage sans relief. Une balade digestive en forme de sieste. Bienvenue au pays des somnambules. Le Pitch ? Un jeune homme beau et triste se veut drôle. Et vouloir c’est pouvoir. Le volume se termine par le titre. C’est fort, c’est beau. La patte de David est sans doute de voir tout cela de très loin, très vite. Comme si le livre allait commencer ensuite. Mais non, c’est fini. Le style est limpide : des phrases courtes, des propositions courtes. Le lexique est simple, de tous les jours sans être familier.  Du second degré, ou peut-être pas. Peut-être que tous les clins d’œil de David, les piques à sa propre écriture n’en sont pas ; peut-être l’ironie n’est-elle que du cliché…tout est tellement superficiel. Soigneusement, lourdement léger. Presque une grosse nouvelle, sans la précision, ou la chute. Foenkinos délaye au lieu de sabrer, on va très vite mais ça prend du temps. Foenkinos est un maître des paradoxes. Pondre un opuscule par an. Ne rien écrire.