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La Une CED

Embrasures, Michel Diaz (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 09 Juillet 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Embrasures, Michel Diaz - postface de Michel Lamart, Le Taillis Pré, 96 pages, mai 2026, 17€

 

Le mot "embrasure" dérive, comme "embrasement", - mais lui, plus étrangement ! -  de "braise" : car voilà un terme de maçonnerie (militaire ou civile) étonnamment lié, constatent les lexicologues, à l'idée du charbon ardent, au scintillement d'un bois brûlé. L'ouverture pratiquée laisse passer la lumière et éclaire le passage (comme le percement d'une baie), mais la finalité agressive (en tout cas le passage en force) est présente : c'est d'abord ouvrir, dans l'ouvrage fortifié, une fenêtre de tir. On n'aménage pas pour rien une meurtrière - et, même si "embrasures" ici semblent plus sobrement signifier trouées éclairantes ou percées décisives (il s'agit d'attiser le regard et d'enflammer plutôt l'âme), il y a en toute embrasure l'idée d'un geste défensif, d'un élargissement tactique du visible, d'une "ouverture" salvatrice mais risquée, pénible. Le feu d'une révélation (en tout cas son espérance) n'est jamais neutre, et le pluriel indéfini du titre ("Embrasures")  dit quelque chose à la fois de la nécessaire vaillance et de la possible vanité des efforts de s'ouvrir à la réalité du monde ! L'auteur, esprit grave et noble, l'exprime lyriquement, quand il se présente "travaillant à s'ouvrir une voie vers un jour nouveau qui se lèverait au feu de sa rosée" (p.32), mais le découragement n'est jamais loin : le prix à payer pour savoir "passer dans le réel du monde" (p.12) n'est ni anodin ni assuré.

Radieuses, Rachel Rita Cohen & Patricia Ryckewaert (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 08 Juillet 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

radieuses, Rachel rita cohen & patricia ryckewaert éditions chèvrefeuille étoilée (2026)

 

radieuses : le soleil comme insurrection

Il est des livres à deux voix qui chantent pourtant à l’unisson. Radieuses, de Rachel Rita Cohen et Patricia Ryckewaert, appartient à cette rare famille où la correspondance devient poème, l’amitié territoire d’écriture, et la parole adressée ouverture plutôt que réponse.

Dès les premières pages, Rachel Rita Cohen annonce le geste fondateur : elle « glisse (son) poème dans » celui de sa complice. Tout est là : non pas écrire à côté, mais écrire dedans. Le poème devient demeure commune, traversée de mémoires, de blessures et d’éblouissements.

Patricia Ryckewaert s’avance alors vers son amie pour « cueillir la rose des sables / vents du Caire enfouis / dans ta mémoire ». Rachel répond : « Je t’entends / Je te vois / Dans le Delta / Gange du Nil / Radieuse ». Les mots ne circulent pas entre elles : ils rayonnent. Les souvenirs personnels s’élèvent dans une langue qui délaisse le récit pour l’essor poétique.

Rococo Notes, Fabio Viscogliosi (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 07 Juillet 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Actes Sud

rococo notes, fabio viscogliosi, actes sud, 251 pp, 26€

Caféine et dons d’âne

L’auteur sait que son patronyme ne reste pas dans les mémoires si facilement : Où que j’aille en France, le mien m’a longtemps posé problème. Trop bizarre, trop compliqué, on le raccourcissait ou l’écorchait sans cesse, me souhaitant bon courage dans la vie, avec un nom pareil.

Retenez-le, apprenez-le, relisez-le à l’orée de ce papier consacré aux Rococo Notes de Fabio Viscogliosi. Répétons : Vis co gli o si !

L’auteur touche sa bille, a toutes les cordes à son arc, tous les claviers sous les doigts, toutes les palettes aux yeux. Si la littérature est swing, son livre l’est, et ce, depuis un certain temps ! L’âge est là, il ne nous cache rien : Avec l’âge, ma main s’est mise à trembler. Plus ou moins selon les heures. « Tremblement essentiel », disent les spécialistes, comme s’il s’agissait de rappeler que la ligne droite n’existe jamais vraiment.

Simple comme un trait ou un rapport de son et d’échelle : En fin de compte, la réalité est-elle autre chose qu’un rapport d’échelle ?

Description sans domicile, Wallace Stevens (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 06 Juillet 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, USA, Poésie

Description sans domicile, Wallace Stevens, trad. Bernard Noël, éd. bilingue, Editions Unes, 80 p., 2026, 18€

Inclusion, exclusion

J’ai été happé d’un seul coup par une évidence poétique : la poésie est une machine de la vie. Elle traverse les existences en en retirant la substantifique moëlle. Il n’y a pas de poésie sans réalité(s). Il n’y a pas de texte sans vie, sans temps, sans mouvement. Voilà par quelles sensations je fus happé, appelé. J’ai été touché profondément et durablement par ce lien entre le langage et la réalité (les réalités) que met en évidence Wallace Stevens.


Nous nous disons que Dieu et l’imagination ne font qu’un…

Et qu’elle est haute cette lumière très haute qui éclaire le noir.

Hors de cette lumière-là, hors de l’esprit central,

Nous élevons dans l’air du soir une demeure,

Où il nous suffit d’être ensemble.

Seule la mer s’en souviendra, Isabelle Autissier (Par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 03 Juillet 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques

Seule la mer s’en souviendra/Isabelle Autissier/Livre de Poche

1968. Le Golden Globe Challenge est le défi organisé par le journal le Sunday Times. Une idée de Sir Francis Chichester, un aviateur et un navigateur britannique, né soixante-sept ans plus tôt. Première course à la voile en solitaire et sans escale, au sextant et à la boussole, Robin Knox-Johnston remporte le trophée. Le premier homme à accomplir le tour du monde, le seul des neuf participants à terminer la course en trois-cent-treize jours. Les huit autres concurrents abandonnèrent la course, le monde, la vie.

Donald Crowhurst a trente-cinq ans en 1968. Il est un entrepreneur dynamique et un navigateur passionné, ces adjectifs suffisent-ils, cette course est l’occasion de sauver son entreprise de la faillite et de prouver au monde l’ingéniosité des équipements de navigation qu’il conçoit et commercialise. Il fait construire un trimaran, modèle peu utilisé en course, trop lent et impossible à redresser s’il chavire. Peu importe, il a le concept, l’expérience pas tellement, l’innovation qui fera la différence. Une famille, des amis, des partenaires. Mais il manque de temps, il faut partir le 31 octobre 1968 pour ne pas être disqualifié, tant pis pour ce qui ne sera pas embarqué, il terminera les branchements pendant la course. L’installation. Il faut d’abord y croire.