Identification

La Une CED

Sinfonia, La délivrante, Jean-Pierre Otte (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mardi, 13 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

Sinfonia, La délivrante, Jean-Pierre Otte - - Éditions Douro, 108 pages, octobre 2026, 15 €

 

Voilà que l'aube pâlissait sur la chair de la nuit et que la clarté en croissance montrait sans ombre

le tout gâché et le tout saccagé, le monde naguère magnifique,

rendu à l'effroyable et à l'infamie.

Le monde immonde ainsi qu'une grande déchetterie où tous étaient en attente d'être recyclés,

tous récupérés et chacun privé de soi-même, entraîné au milieu de foules aliénées et aliénantes,

de courants contaminés et contaminants, qui se poursuivaient et se poursuivraient

sans relâche ni répit tant que tous

ne seraient pas pareils aux autres, les autres pareils à eux-mêmes au point de se méprendre dans les miroirs,

perdus de vue et perdus de vie, toute distinction supprimée, dignité dissolue

Quelqu’un comme nous, Dinaw Mangestu (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 12 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

Quelqu’un comme nous, Dinaw Mangestu, éd Albin Michel, 337 pp, 21€90

 

Labyrinthe tordant

Et si chaque exilé était un labyrinthe. Son incarnation.

Entrez dedans, fil d’Ariane d’écriture à tenir fin entre les doigts en lisant Quelqu’un comme nous de Dinaw Mengestu.

Chaque exil témoigne d’une force inouïe, d’une certaine mélancolie aussi bref d’une somme incalculable de romans à écrire.

L’auteur entre dans la Collection Terres d’Amériques aux éditions Albin Michel.

Né en Ethiopie, Dinaw Mangestu est un exilé. Et généralisons, donc exagérons, donc contrevéritons, l’exilé renouvelle tout, y compris la manière de voir, de se voir, d’écrire, de s’écrire.

Quelqu’un comme nous est donc ce labyrinthe incarné, vivant, dans le temps autant que dans l’espace.

L’Erotisme de vivre, Alice Mendelson (par Marjorie Rafécas Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mercredi, 07 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, Cette semaine

L’Erotisme de vivre, Alice Mendelson, 2025, 146 pages, 10,80 €


Loin de la laideur inhumaine d’Auschwitz, L’érotisme de vivre est une poésie de la survie : savoir se contenter d’être toujours en vie, alors que tant d’autres n’ont pas eu cette chance. La poésie a-t-elle le pouvoir de redonner le goût de la vie ? Lorsqu’on lit Alice Mendelson, on ressent une si puissante fureur de vivre, au-delà des étoiles et des océans, que l’on ne peut que s’incliner face à un tel élan vital.

C’est grâce à Catherine Ringer (auteure-interprète du groupe mythique Les Rita Mitsouko) que les rimes punchlines d’Alice ont été mises sous les projecteurs, telles que « ne jamais bâcler de vivre » ou encore « pour bien vieillir, il est bon d’avoir le vice de la joie ». Alice Mendelson écrit à la manière de Jacques Prévert, et aime autant les mots que la crème pâtissière… Après avoir été dans la Résistance, Alice est devenue une professeure de lettres modernes passionnée et a animé, à la retraite, des ateliers d’écriture.

La Maison aux livres, Enis Batur (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 06 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

La Maison aux livres, Enis Batur, éd Zulma, 181pp, 9€95

 

Les éditions Zulma, belles dans la main même en poche, ont livré en 2025 La Maison aux livres d’Enis Batur.

L’auteur est turc, éditeur et écrivain.

Universaliste, humaniste, il réactive dans ce livre l’origine du livre. On a Manguel en tête, Umberto Eco, Elias Canetti ou bien évidemment Borges.

C’est écrasant. C’est lumineux. C’est le monde exact où l’on voudrait vivre, poings et pieds liés, dans cette Maison aux livres où le seul nourrir et le seul mourir seraient de tourner les pages, tout lire, tout le temps, tout.

L’impossible.

Il y a dans ce labyrinthe initiatique l’origine du fleuve et son immense delta. Chaque livre est une source et une arborescence. On repart d’Homère, on repart d’où chacun veut repartir, on arrive à l’arrivée, enchanté d’avoir lu, en attente douce du livre qui n’est pas encore écrit.

Griffes 35 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 05 Octobre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

 

La solitude des professeurs est infinie, Yannick Haenel. 2026. Gallimard.320 p. 21,50 €

Bravo à Haenel. Qui a su comment entasser autant d’ouvrages différents dans un si petit volume. Un vrai livre de rentrée littéraire. Qui vise sûrement un prix. Le Goncourt est même cité. Un livre qui réussit à associer l’autofiction si chère à un petit monde parisien et la poésie, le roman (car Haenel est quand même loin de ce personnage, ou du moins on l'espère) et le constat social, le témoignage et l’appel politique, l’ode à la littérature et l’hommage aux pauvres profs. J'arrête de plaisanter : la chose est horrible. À la fois boursouflée et maigrichonne, larmoyante et écœurante. Notre auteur en fait trop. Trop de tout. Dans la forme, dans le fond. Le titre aurait dû nous alerter, grandiloquent et surtout vide. Il suffit de voir la couverture : l'infini est juste au bout de la jetée., sous les baskets d’un prof anonyme à tête d’IA. Une composition déséquilibrée : deux tiers sur ses premières années d’enseignement, puis une coda (amour, chute, rédemption) façon Led Zeppelin : en trop. Le style de Yannick reflète ses aller-retours émotifs légèrement psychotiques. Du descriptif bienveillant, phrases nettes, objectives, au cordeau, pour les scènes au collège. Qui s'accélère lors des moments clés (que des petites phrases très meta nous avaient fait espérer). Et se brouille si l’alcool est présent. Un truc pratique pour la narration l'alcool. On peut insérer plein d’images confuses, prophétiser sans peine. Les passages “poétiques “ (Nerval, Rimbaud et autres sont abondamment interpellés) sont presque des pastiches. Mais rassurez-vous, c’est involontaire. « Je revois la lumière d’été où flottait de la poussière : une douceur orange vibre dans l’air pour toujours. Il arrive qu’on rencontre une clairière : le désir y miroite avec clarté, le plaisir y scintille en fines particules. J’ai eu la certitude qu’il ferait bon vivre ici : j’aspirais à la douceur du temps, celle des après-midis suspendus, celle des soirs nuancés. ». L’intrigue principale, comme dans un petit polar eighties (zut, nous commençons au début des nineties), a besoin d'être renforcée par des affluents secondaires. Nous avons donc le prof et ses déboires de prof, mais aussi son alter ego l'écrivain, et puis ses amours. Les trois étant bien sûr, dans une grande tradition classico-nombrilistique, notre AUTEUR. Le côté amour m’a beaucoup fait penser à Mélissa Da Costa : c’est facile, gentil et il y a des coups de théâtre. C’est l’amooouuur. L’aspect littérature et c’est normal dira le jury, est bien sûr indomptable, imprévisible. (Ne me parlez plus jamais du Zohar, je sors d’indigestion). Notre homme est promis à l’écriture. Tout l’y destine, la lumière sur les feuilles, les gouttes d’eau, c’est écrit. Par lui, dans son livre. Et puis ce symbole du vase brisé ! Mieux que le fil rouge d’un Prime Time TF1. Le produit fini est donc insupportable, Ni hommage aux profs (ouf !), ni lettre d'amour aux femmes de sa vie, ni remerciements à la littérature. Juste une nunucherie hors normes (la scène d’emportement social-démocrate lors d’une soirée est...gênante.)

Il aura peut-être un prix. Qui sait ?