Philippe Chauché – La Cause Littéraire – Santiago Espinosa vous êtes agrégé de philosophie et lauréat de la Bourse Cioran du Centre National du Livre, ce qui a dû à l’époque en 2015, ravir Clément Rosset avec qui vous avez collaboré de nombreuses années. Comment s’est faite votre rencontre avec Clément Rosset, et en plus de Cioran et Schopenhauer, vos intérêts communs se portaient sur quels auteurs et quels philosophes ?
Santiago Espinosa — J’ai d’abord rencontré l’auteur Clément Rosset dans ses livres, que j’ai commencé à traduire en espagnol il y a une vingtaine d’années, puis, en 2007, j’ai fait connaissance avec la personne, avec qui j’ai noué une forte amitié qui dura jusqu’à sa disparition, en 2018. Plus que Schopenhauer, c’est Nietzsche qui m’a conduit à lire et apprécier ses livres, et c’est grâce à lui que j’ai lu Lucrèce, Pascal, Montaigne, Hume, sans compter les écrivains (Balzac, Roussel, Novarina, Aristophane), mais les musiciens faisaient partie aussi de notre univers commun (Bach, Mozart, Ravel, Debussy, Stravinsky). Du reste, Rosset — contrairement à ce que certains ont voulu voir chez lui — n’était pas du tout un pessimiste comme Schopenhauer et Cioran, mais un philosophe tragique, comme Nietzsche, ce qui est tout le contraire.