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La Une CED

In somnia, Philippe Bouret / Martine Le Normand (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 29 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

In somnia, Philippe Bouret / Martine Le Normand Éditions Tarmac [112 p.] - 20€

 

Dans les failles de la nuit : deux voix pour une insomnie

Que se passe-t-il et que se loge-t-il dans les plages reculées de notre être lorsque « la nuit se niche dans les orbites creuses du vent », lorsqu'elle « dépose dans ses râpures au bord de la pensée » « la pulmonation circulaire », dans les recoins du corps saisi par la mer inquiète de l'insomnie ? Ne finit-on pas par perdre le sommeil à force de perdre des espoirs trop grands pour des rêves cassés par les éclats foudroyants de la vie ?

Un jour, une nuit sans doute.

J'ai perdu l'espoir de bercer un enfant.

J'ai perdu le sommeil.

À tout jamais,

écrit Martine Le Normand dans In somnia, publié aux éditions Tarmac, où ses textes en italique font face aux textes en caractères romains de Philippe Bouret et à ses peintures.

La Graine, Jacqueline Manicom (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 28 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

La Graine, Jacqueline Manicom, ed Gallimard, coll L’imaginaire, 228pp, 10€50

 

Colère pour un passé proche

La collection L’imaginaire nous comble toujours autant. Faisant ressurgir des limbes des œuvres pas lues à l’époque de leur sortie, même si nous étions nés en 1974 !

La Graine de Jacqueline Manicom est éditée aux Presses de la Cité. Sous-titré Journal d’une Sage-Femme.

Ah le beau métier !

Pas besoin de faire un dessin car tout le monde le connaît ! Chacune et chacun a été cueilli par ses mains, ou tout du moins à l’immense majorité.

Ah la triste réalité !

Jacqueline Manicom dont le beau portait photographique ouvre heureusement le livre est guadeloupéenne.

Raoul Vaneigem (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 22 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Chroniques, En Vitrine, Cette semaine

 

Moins 1 – Belge !

Dans mon lycée jadis, d’aucuns se passaient le petit livre rouge de Mao, plastifié pour affronter les bains-douches ou les sévères conditions météo d’Armorique, ceux-là psalmodiaient. D’autres se filaient, fatiguées et humides, les repros de repros de séminaires du Grand Jacques ! Chacun sa clandestinité. Certains s’enchantaient de Léon Tr. Pour ma part, nous lisions avec passion Raoul et obtenions notre bac, quand même, option Vaneigem !

Une vie d’adulte s’éclaire des découvertes adolescentes. C’est un lieu commun, sauf que Vaneigem resta mon clandestin, mon secret, discret talisman sur un rayon de bibliothèque entre Grenier et Guilloux, mes éclaireurs en ma ville de baie, et Rimbaud le doigt sur le détonateur.

Ah, mon Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations a son frontispice ivoire nrf bien flapi, vous vous en doutez. Couvertures déchirées et livres défraîchis témoignent d’un âge certain.

Vaneigem vient de mourir.

Contempler, Nazim Siblot (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Lundi, 21 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Cette semaine

Contempler, Nazim Siblot (Invitation à l'expérience esthésique) - Illustrations de l'auteur, L'Harmattan, juillet 2026, 292 pages, 29€

 

Pour le dire d'une phrase, l'auteur joue la contemplation autodidacte, réaliste et autonome contre notre coûteuse (ruineuse, malgré sa "gratuité") et dirigée (soumise aux seuls besoins formés pour elle) hallucination idolo-numérique, dans et par laquelle, écrit Nazim Siblot :

"Infantilisés et prostrés, échine ployée, nous coupons avec le monde réel dans l'attente d'une excitation factice, toujours plus rapidement décevante, nous vouant à un renouvellement indéfini donc structurellement insatisfaisant, qui nous laisse à terme hébétés, dans un piteux mélange de désir non comblé et de saturation écœurée. (...) Appauvrissement nihiliste, obstinément poursuivi, signant l'exil volontaire de l'expérience directe au profit de la compagnie de spectres numériques" (p.274). Et contempler sera le suffisant remède : "Redresser la tête, libérés, afin, littéralement, de nous réincarner" (id.).

Ligne de feu, Arturo Perez-Reverte (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 14 Septembre 2026. , dans La Une CED, Les Livres, Les Chroniques, Espagne, Cette semaine

Ligne de feu, Arturo Perez-Reverte, nrf, 649 pp


Ligne de feu, livre de feu

L’œuvre d’Arturo Perez-Reverte est considérable.

De sagas en séries historiques, Perez-Reverte éblouit. Par son sens du détail, ce qu’on pourrait nommer sa technique de précision, une science à part. à mi-chemin entre journalisme, son premier métier, reporter de guerre, il en fut, et le roman total dont la focale est autant large et universelle que microscopique et infinitésimale. Balzacien au plus contemporain du terme !

Ligne de feu paraît dans la célèbre Collection Du monde entier de Gallimard.

Nous sommes fin juillet 1938 et l’Èbre est à franchir.

La bataille de l’Èbre serait en Espagne ce que notre Verdun raconte à nos consciences, rien qu’à prononcer ses six lettres de sang et de feu, de mort et de cendres.