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Afrique

Mes deux papas, Éric Mukendi (par Théo Ananissoh)

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 23 Juin 2023. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

Mes deux papas, Éric Mukendi, Gallimard, Coll. Continents Noirs, mars 2023, 181 pages, 18,50 € Edition: Gallimard

 

Le regard de l’enfance sur la vie et sur les adultes aux prises avec les réalités de la vie. La Vie devant soi de Romain Gary s’est imposée comme le modèle d’un genre romanesque. Le premier roman d’Éric Mukendi fait penser à ce grand exemple sans manquer de qualités propres qui en font une œuvre réussie et agréable. Le jeune Boris qui raconte est aussi appelé par son entourage Bobo – un peu comme l’inoubliable Momo de Gary/Ajar. Mais les temps ont changé. Nous sommes à l’ère de l’Internet et des réseaux sociaux. Et le 9.3 où habite Boris est quasiment un ailleurs lointain et même étrange par rapport à Paris où chacune de ses excursions est une prise de risques. Aller de l’un à l’autre, c’est passer une frontière, en particulier linguistique. Boris est collégien ; une innocence finissante. Cela donne à ce qu’il raconte le cachet sociologique d’une phase charnière – entre l’enfance et la jeunesse adulte. Il a une première histoire d’amour, comprend vite et se défend bien contre un prédateur sexuel à l’aide d’un cran d’arrêt…

La femme au manteau bleu, Deon Meyer (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Lundi, 07 Novembre 2022. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Folio (Gallimard)

La femme au manteau bleu, Folio/Policier, août 2022, trad. de l’afrikaans, Georges Lory, 176 pages, 14 € . Ecrivain(s): Deon Meyer

 

Le chauffeur d’un taxi-minibus assurant le trajet Mthatha-Le Cap, transportant treize femmes xhosas, couturières, plongeuses, aides ménagères, femmes de ménage, fait halte au panorama du Col de Sir Lowry, à l’ouest du Cap, pour pouvoir uriner. Ils découvrent avec horreur un corps nu de femme blanche disposé sur un muret le bras gauche pendant le long du mur selon un angle curieux.

Benny Griessel et Vaughn Cupido son équipier, membres éminents de l’unité des Hawks (dont le nom officiel est DCPI, Direction des enquêtes criminelles prioritaires) et dont le siège se trouve à Cap Town, bien sûr, mais dans le quartier de Bellville (eh, oui !) sont à la recherche chez un receleur d’une bague de fiançailles pour le mariage de Benny et d’Alexa. Chez Mohamed Faizal, dit Love Lips, le brocanteur, on trouve de tout dont des bagues et surtout une collection de tableaux de femmes en robe bleue. Fayzal explique : « La rumeur dit qu’on peut faire beaucoup d’argent avec la femme sur fond bleu ».

Le Trio Bleu, Ken Bugul (par Théo Ananissoh)

Ecrit par Theo Ananissoh , le Jeudi, 24 Mars 2022. , dans Afrique, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le Trio Bleu, Ken Bugul, Editions Présence Africaine, janvier 2022, 251 pages, 13 €

 

L’image n’est certes pas littéraire. Supposons une ligne droite qui va de A à D ; le récit commence au point C, s’oriente vers le passé en un agencement subtil des faits, des gestes et des pensées, déroule ainsi peu à peu la vie écoulée d’un homme, revient au point de départ (C) et achève en contant le dernier quart qui est l’avenir immédiat du personnage. Schématique. Il ne s’agit pas à proprement parler de successifs flashbacks placés tels quels, mais d’un déroulé hybride (aujourd’hui, hier, avant-hier, plusieurs années en arrière se mélangent) de la conscience chez Góora, personnage principal auquel tiennent compagnie deux autres qui s’appellent Suleiman et François. Tout ce début explicatif de notre compte rendu énonce que l’une des qualités du Trio Bleu est la maîtrise narrative que démontre ici Ken Bugul, romancière africaine d’expérience dont le premier et fameux roman, Le Baobab fou, a paru il y a près de quarante ans.

La proie, Deon Meyer (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Lundi, 08 Novembre 2021. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Folio (Gallimard)

La proie, août 2021, trad. afrikaans, Georges Lory, 576 pages, 9,20 € . Ecrivain(s): Deon Meyer Edition: Folio (Gallimard)

 

À Bordeaux, Place Camille-Pelletan, Daniel Darret, un Zoulou, ancien combattant de la branche militaire de l’ANC, s’est retiré après la victoire de Mandela. Il mène une vie simple auprès d’Henry Lefèvre, ébéniste, atteint du syndrome d’Asperger, et de son épouse Sandrine. Son grand plaisir est de caresser le bois, d’en sentir l’âme. Il aime aussi parler à Wackett, le chat, ou discuter autour d’un verre de rouge avec Ali du Mali, ou bien encore faire un tour le dimanche dans les environs sur sa BMW. Tout va bien même s’il est hanté parfois par son passé, jusqu’au jour où il est contacté par Lonnie May, un ancien avocat blanc qui a lutté à ses côtés dans le clan anti-apartheid. Daniel doit reprendre du service, on a besoin d’un tireur d’élite exceptionnel pour commettre un attentat sur la personne du président en place. Lonnie lui parle de l’Afrique du Sud telle qu’elle est devenue après Mandela et la prise du pouvoir par Jacob Zuma (qui n’est pas cité mais facilement reconnaissable dans les descriptions de Meyer). Il lui conte les méfaits de la corruption, de la « kleptocratie », dans un pays rongé par la pauvreté, la volonté de la Russie de Poutine de mettre un pied en territoire africain en voulant y construire une centrale nucléaire.

Black Sunday, Tola Rotimi Abraham (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 08 Octobre 2021. , dans Afrique, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Autrement

Black Sunday, Tola Rotimi Abraham, août 2021, trad. anglais (nigérian) Karine Lalechère 330 pages, 21,90 € Edition: Autrement

 

La situation initiale : une famille bourgeoise, financièrement aisée, à Lagos, avec un mode de vie à l’occidentale. La mère est l’une des trois assistantes personnelles du Ministre du Pétrole. Le père, plus ou moins imprimeur, profite de la position officielle de son épouse pour décrocher à gauche et à droite des contrats d’imprimerie. Quatre enfants : les jumelles Bibike et Ariyike, âgées de dix ans au début du roman, et leurs petits frères Peter et Andrew. Un personnage tutélaire et totémique : la grand-mère paternelle, de condition fort modeste, attachée aux traditions de son ethnie d’origine, celle des Yorubas.

L’événement perturbateur : le Ministre du Pétrole est limogé du jour au lendemain pour avoir accordé une concession d’exploitation pétrolière à une compagnie israélienne. Il entraîne dans sa disgrâce tous ses collaborateurs. La mère, entraînée dans la charrette, en est réduite à donner des cours de dactylo et le père n’a plus aucun contrat.