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Maghreb

La vérité attendra l’aurore, Akli Tadjer (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 13 Décembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

La vérité attendra l’aurore, février 2018, 256 pages, 18 € . Ecrivain(s): Akli Tadjer Edition: Jean-Claude Lattès

 

La fiction est racontée par Mohammed, un quadragénaire solitaire qui passe son temps dans son atelier de menuisier-ébéniste quelque part à Paris. « En entrant dans le cinéma, je n’avais aucune idée de ce que me réservait l’avenir, en sortant je savais que je serais menuisier pour, comme Geppetto, créer la vie à partir d’un morceau de bois » (p.97).

Ses parents ont déjà disparu l’un après l’autre. Des deux, il préfère le père. « En quelques mois, mon père était passé du statut d’ancien colonisé à celui de nouvel immigré » (p.132).

Il y a un quart de siècle, son frère unique Lyes a disparu avant les parents lors de leur séjour au bled dans les années 1990 qui ont noyé l’Algérie dans le terrorisme. « À la radio, à la télé, dans les journaux, dans les bistrots, il n’était question que d’eux, les Combattants de l’Islam qui semaient la terreur… » (p.113). De retour de la plage, les deux frères ont été kidnappés par des terroristes ; seul Mohammad a pu s’échapper du maquis.

Zabor ou Les psaumes, Kamel Daoud (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mardi, 11 Décembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Zabor ou Les psaumes, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Kamel Daoud Edition: Actes Sud

 

 

L’histoire d’une libération par l’écriture.

Un Robinson arabe, orphelin d’une mère répudiée, renié par son père et banni par ses frères, amoureux d’une divorcée privée de corps, vit en paria dans le territoire des femmes avec une tante, vieille fille analphabète, qui éveille ses sens. Frappé par le mauvais œil, entouré de signes et de rites, il doit garder en permanence sept livres collés sur le corps. Il possède le don magique d’écrire, écrire pour « faire reculer la mort », et survit grâce aux livres dans sa tête. Réputé renégat, pas circoncis, il porte un nom d’exilé, Ismaël, et se choisit un nom de poète, David, Daoud en arabe, l’écrivain des Psaumes, « le prophète à qui Dieu donna une voix unique ».

Je suis seul, Beyrouk (par Dominique Ranaivoson)

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Jeudi, 06 Décembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Elyzad

Je suis seul, septembre 2018, 112 pages, 14 € . Ecrivain(s): Beyrouk Edition: Elyzad

 

Bref et bouleversant roman, à lire d’un seul trait avant de rester figé d’horreur par le final sous forme d’apothéose mortelle. Le narrateur, réfugié chez son ancienne amie qui s’est empressée de sortir après l’avoir caché, se remémore comment ses proches sont devenus les islamistes qui viennent de prendre possession de la ville. Craignant pour sa vie, il observe, écoute, réfléchit, interroge. Comment arrive-t-on à tuer la vie sociale, à tuer tout court tout contrevenant à la nouvelle loi ? « Qu’est-ce qui fait que des hommes, possédant leur tête et leur cœur, parfaitement conscients, instruits des choses de la vie, choisissent en toute connaissance de cause une voie qui mène vers les dénuements de la mort ? » (p.68). Et le texte de multiplier les qualificatifs : fanatiques, monstres, rebelles, extrémistes, fous de Dieu, geôliers, conquérants, exaltés, barbares et, pour finir, des « énigmes ». Et le narrateur de retracer sa propre trajectoire, depuis son aïeul bédouin, son frère islamiste et toutes les compromissions grâce auxquelles il est arrivé à intégrer la catégorie des nantis corrompus nommés les « parvenus qui ont remplacé les anciens colonisateurs » (p.69).

Je suis seul, Beyrouk (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 04 Décembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Elyzad

Je suis seul, septembre 2018, 112 pages, 14 € . Ecrivain(s): Beyrouk Edition: Elyzad

 

Les soliloques du poète

Une cité quelque part au Sahara est assiégée par les terroristes. C’est alors que tout se métamorphose dans ce lieu où régnaient autrefois la paix et la bénédiction. Désormais, « chaque minute de gagnée est un moment de vie arraché aux tenailles de la haine » (p.13).

Le narrateur, proie privilégiée des terroristes, s’enferme dans la maison de son ex-femme Nezha. Il épie les fanatiques, observe la ville métamorphosée, et soliloque. Seul et habité par l’amertume, il soliloque sur sa vie, sur sa carrière de journaliste, et surtout sur son ancêtre l’imam. Observateur du chaos, le narrateur avoue n’être pas un héros.

Il ne donne pas de réponses, mais il pose beaucoup de questions.

Nos richesses, Kaouther Adimi (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 20 Novembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Points

Nos richesses, septembre 2018, 192 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Points

Faire d’une vie d’éditeur un roman, c’est le projet que s’est donné cette jeune écrivaine de trente-deux printemps, née à Alger, vivant aujourd’hui à Paris. Alger n’est pas pour rien dans cette histoire puisque la capitale algérienne joue un grand rôle, elle est l’un des décors importants de cette aventure.

Edmond Charlot, né en 1915, décédé en 2004, fut dans les années trente et quarante une figure héroïque de l’édition à Alger. La librairie qu’il ouvrit devint un vivier de littérature et d’écrivains d’artistes, accueillis dans un mouchoir de poche, un local de quatre mètres sur sept, 2 bis, rue Charras. Camus, Armand Guibert, Jean Amrouche, entre autres, sont passés par cet étonnant lieu de culture, tenu à bout de bras par Charlot et une petite équipe.

Le roman recrée des épisodes de la vie de cet intellectuel rassembleur et passeur grâce aux « Carnets », en alternance ici avec l’aventure d’un jeune étudiant, Ryad, chargé en 2017 de déblayer la Librairie Charlot Les Vraies Richesses, de jeter les livres restants. Au grand dam d’Abdallah, « le dernier gardien des lieux ». La librairie a fermé depuis longtemps, nullement débarrassée. Elle est restée telle après les avanies du temps, quelques parcours agités. La figure de cet ancien, drapé de blanc, rappelle combien le livre était pour lui un trésor à conserver dans les meilleures conditions. Le temps va en décider autrement.