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Maghreb

Je suis seul, Beyrouk (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 04 Décembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Elyzad

Je suis seul, septembre 2018, 112 pages, 14 € . Ecrivain(s): Beyrouk Edition: Elyzad

 

Les soliloques du poète

Une cité quelque part au Sahara est assiégée par les terroristes. C’est alors que tout se métamorphose dans ce lieu où régnaient autrefois la paix et la bénédiction. Désormais, « chaque minute de gagnée est un moment de vie arraché aux tenailles de la haine » (p.13).

Le narrateur, proie privilégiée des terroristes, s’enferme dans la maison de son ex-femme Nezha. Il épie les fanatiques, observe la ville métamorphosée, et soliloque. Seul et habité par l’amertume, il soliloque sur sa vie, sur sa carrière de journaliste, et surtout sur son ancêtre l’imam. Observateur du chaos, le narrateur avoue n’être pas un héros.

Il ne donne pas de réponses, mais il pose beaucoup de questions.

Nos richesses, Kaouther Adimi (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 20 Novembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Points, Cette semaine

Nos richesses, septembre 2018, 192 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Points

Faire d’une vie d’éditeur un roman, c’est le projet que s’est donné cette jeune écrivaine de trente-deux printemps, née à Alger, vivant aujourd’hui à Paris. Alger n’est pas pour rien dans cette histoire puisque la capitale algérienne joue un grand rôle, elle est l’un des décors importants de cette aventure.

Edmond Charlot, né en 1915, décédé en 2004, fut dans les années trente et quarante une figure héroïque de l’édition à Alger. La librairie qu’il ouvrit devint un vivier de littérature et d’écrivains d’artistes, accueillis dans un mouchoir de poche, un local de quatre mètres sur sept, 2 bis, rue Charras. Camus, Armand Guibert, Jean Amrouche, entre autres, sont passés par cet étonnant lieu de culture, tenu à bout de bras par Charlot et une petite équipe.

Le roman recrée des épisodes de la vie de cet intellectuel rassembleur et passeur grâce aux « Carnets », en alternance ici avec l’aventure d’un jeune étudiant, Ryad, chargé en 2017 de déblayer la Librairie Charlot Les Vraies Richesses, de jeter les livres restants. Au grand dam d’Abdallah, « le dernier gardien des lieux ». La librairie a fermé depuis longtemps, nullement débarrassée. Elle est restée telle après les avanies du temps, quelques parcours agités. La figure de cet ancien, drapé de blanc, rappelle combien le livre était pour lui un trésor à conserver dans les meilleures conditions. Le temps va en décider autrement.

1994, Adlène Meddi

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 16 Novembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Rivages/noir, Cette semaine

1994, septembre 2018, 328 pages, 20 € . Ecrivain(s): Adlène Meddi Edition: Rivages/noir

Honneur 2018 de la Cause Littéraire

Bien au-delà du roman noir passionnant qu’il nous offre, Adlène Meddi nous dresse un portrait saisissant de l’Algérie des terribles années 90, de ses horreurs, de ses lâchetés et des dégâts irréparables causés aux cœurs et aux esprits de ceux qui les ont traversées. Surtout quand ces cœurs avaient alors 15 ou 16 ans, et qu’ils étaient pleins d’espoir et d’amour avant de connaître la dévastation. Pleins d’idéaux aussi et d’élans libertaires.

Amin, Sidali, Farouk, Kahina, Nawfel et les autres sont lycéens, jeunes, insouciants, remplis de rêves de succès et d’amour. Leur amitié est fusionnelle, ils sont inséparables. On est en 1992 et Alger offre un écrin lumineux à nos compères, à leurs flirts, à leurs jeux, à leurs plaisanteries. Mais l’histoire va frapper et – comme toujours quand l’histoire frappe – violemment, impitoyablement. C’est le début des « années de Braise », celles où le sang algérien va couler à flots, celles où les Algériens vont massacrer des Algériens. Les tueurs sont des deux côtés, Barbus du FIS où flics et militaires ivres de vengeance devant l’hécatombe des leurs. Et, peu à peu, inexorablement, tous vont glisser dans le fleuve de l’histoire, dans le fleuve de sang.

L’exil d’Ovide, Salim Bachi (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 16 Novembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Jean-Claude Lattès, Cette semaine

L’exil d’Ovide, octobre 2018, 190 pages, 17 € . Ecrivain(s): Salim Bachi Edition: Jean-Claude Lattès

 

Dans ce dernier livre mêlant l’autobiographie, le récit de voyage et l’essai, Salim Bachi, auteur algérien ayant quitté son pays encore en proie à la guerre civile et lieu de ses premières désillusions amoureuses pour renaître écrivain à Paris avec Le chien d’Ulysse (Gallimard, 2001), nous entraîne dans une promenade littéraire en compagnie d’Ovide marquée du sceau de l’exil et plombée par le soleil noir de la mélancolie.

Seul dans son appartement parisien déserté par sa famille, l’auteur s’échappe dans son esprit et son imaginaire, arpentant avec le poète antique, mais aussi avec Joyce et Pessoa, les villes de Rome ou de Lisbonne dans lesquelles il eut l’occasion de séjourner, évoquant au passage d’autres exilés célèbres comme Alfred Döblin, Thomas Mann ou Stefan Zweig. Et son errance labyrinthique rebondissant d’un exil à l’autre le mène à Grenade où, parti en 2005 sur les traces de Federico Garcia Lorca, il avait frôlé la mort et traversé une grave crise dont témoigne son Autoportrait avec Grenade (éditions du Rocher, 2005), avant de reprendre un long parcours essentiellement romanesque et de fonder une nouvelle famille.

Le silence des rives, Leïla Sebbar (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 15 Novembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Elyzad

Le silence des rives, mai 2018, 144 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Leïla Sebbar Edition: Elyzad

 

Le silence des rives a été publié en 1993 par Stock, couronné par le Prix Kateb Yacine. A cette époque l’Algérie était noyée dans le terrorisme. Les uns restaient, les autres préféraient s’exiler ailleurs, notamment sur la rive d’en face, la France.

Ce roman ne donne pas de l’importance à l’intrigue. Il ne présente pas une fiction que le lecteur peut reconstruire en suivant les événements. L’intrigue présente des éléments disparates. Ainsi, il y a deux rives : l’une face à l’autre. Dans la rive d’ici, celle du sud, il y a des femmes dans une grande maison. « Elle est si vieille la maison, les hommes partent loin travailler, et ils oublient que leurs femmes vivent là, sans protection, les murs se lézardent et les colonnes, la terrasse n’est plus sûre, la fontaine ne coule plus (…) » (p.23).

Sur cette rive, la vie échappe aux femmes qui passent leur temps à ressasser des contes, à attendre les hommes installés sur l’autre rive, et à surveiller les trois sœurs qui sentent la mort et lavent les cadavres.