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Maghreb

Tu reviendras, Brahim Metiba (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 11 Juin 2019. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Elyzad

Tu reviendras, avril 2019, 96 pages, 13 € . Ecrivain(s): Brahim Metiba Edition: Elyzad

 

L’un et l’autre

A Paris, un homme de quarante ans se souvient de l’Algérie, de sa ville natale Skikda, et de sa famille laissée il y a dix ans.

Il se souvient notamment de cet incident qui a déchiré ses relations avec la famille et fait de lui un autre : le jour où il a révélé son homosexualité. C’est le jour où tout a basculé.

« Jusque-là je croyais être homosexuel comme on a une passion pour le violon ou les timbres postaux : ça va un moment, puis ça passe, que je finirais par entrer dans le rang. Ce sont, toujours, mes mots de l’époque » (pp.11-12).

Le narrateur solitaire décide de rentrer voir sa ville natale, sa famille, et retrouver sa jeunesse et son enfance lointaines.

« Mon absence avait trop duré, je ne pouvais plus fuir éternellement, il fallait revenir et affronter la situation » (p.19).

Le jour fait l’adieu, Zohra Mrimi (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 03 Mai 2019. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Z4 éditions

Le jour fait l’adieu, mars 2019, 114 pages, 12 € . Ecrivain(s): Zohra Mrimi Edition: Z4 éditions

 

Chez Zohra Mrimi, la solitude se conçoit de façon artistique : « Je blanchis ma solitude comme un tableau de maître » dit-elle. Fondante sur les lèvres, suggérée aux anges, cette solitude parfaitement apprivoisée, évoquée dans des jeux d’ombre en noir et blanc, inversant d’ailleurs les couleurs dans leurs rôles « normaux », se fait davantage sentir « quand un poète s’absente ».

La poète avance avec sa déclaration d’Amour à la boutonnière, multipliant la progression émotive de ce qu’elle dit : « Je t’aime/Je double mes pas/double mes jours ».

Comme dédoublée d’une absence, l’auteur a ce recul nécessaire pour prendre conscience, se servant sans doute d’un paysage familier, que « l’Amour ne passe pas vers telle sécheresse ».

Vulnérable, la protagoniste énoncée à la troisième personne, semble être une projection de celle qui écrit, une sorte de miroir : « Elle est libre/Elle est nue/Elle est invisible aux couteaux qui la tuent/Le rythme de l’agonie est visible ».

Médée chérie, Yasmine Chami (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 16 Avril 2019. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Médée chérie, janvier 2019, 144 pages, 15,80 € . Ecrivain(s): Yasmine Chami Edition: Actes Sud

 

La vie est une errance

Mère de trois enfants, Médée est sculpteur marocaine. Son époux Ismaïl est chirurgien. La vie leur était toujours voluptueuse et leur amour platonique. Médée a fait de lui le centre de sa vie et du monde.

Un jour, le couple entame son voyage vers Sidney. A l’aéroport, Ismaïl s’excuse pour revenir dans un instant. Mais il ne reviendra pas. Persuadée qu’elle a été abandonnée par l’homme de sa vie, le sens de son existence, elle se réfugie dans une chambre d’hôtel attenant à l’aéroport et refuse d’entrer chez elle.

Aussitôt, sa vie bascule et tout se métamorphose : son corps, son esprit… Elle devient étrangère à elle-même. Dans cette chambre envahie de laideur, seule la mémoire l’attache par un fil minuscule à la vie ; dans le flux des souvenirs, elle retrouve sa généalogie, son enfance, ses enfants, et tous les liens du passé. Tout a disparu et tout est là. Tout est mort et tout revient à la surface par la mémoire. Seule dans cette chambre,

1994, Adlène Meddi (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 21 Janvier 2019. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Rivages

1994, septembre 2018, 332 pages, 20 € . Ecrivain(s): Adlène Meddi Edition: Rivages

 

Donner un millésime comme titre à un roman peut être une manière délibérée de rendre hommage à George Orwell et de se ranger sous son patronage ; en particulier quand le titre en question contient certains chiffres talismaniques. Ce fut ainsi le cas pour la dystopie de Boualem Sansal, 2084. Son compatriote Adlène Meddi a choisi, de son côté, une autre date : 1994. Pourtant, le modèle orwellien paraît loin, ne serait-ce que dans la mesure où l’auteur ne scrute pas l’avenir, mais le passé d’un pays – le sien, l’Algérie ; celui d’une génération (qui connut la guerre d’indépendance) et de ses fils. Il en va, semble-t-il, de la violence comme de l’énergie : une fois produite, si elle ne se transforme pas, elle ne disparaît jamais et, quand elle donne l’impression d’avoir disparu, c’est qu’elle est partie au mauvais endroit. On dit que le charnier dans lequel les victimes du massacre d’Oran (5 juillet 1962) furent ensevelies par les bulldozers de l’armée française empuantit la ville pendant des années. De la décennie 1950 à la décennie 1990, une violence déchaînée traversa l’Algérie et, comme elle n’avait plus d’appelés français à décapiter, elle se retourna contre les Algériens eux-mêmes. On a beaucoup écrit sur les méthodes employées par l’armée française pendant les « événements », mais le FLN et les autres mouvements indépendantistes (c’est ici un Algérien qui le rappelle) n’étaient pas composés d’anges et de saints.

Le Livre d’Amray, Yahia Belaskri (par Mona)

Ecrit par Mona , le Lundi, 14 Janvier 2019. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Roman, Zulma

Le Livre d’Amray, mai 2018, 144 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Yahia Belaskri Edition: Zulma

 

Le Livre d’Amray c’est la profession de foi d’un poète « depuis deux mille ans en quête d’amour », blessé par des « voleurs de rêves », qui cherche en vain sa place dans la cité. Yahia Belaskri met en forme « rien d’autre qu’une tragédie sans fin ni mesure ».

L’auteur plante le décor dans une terre des temps immémoriaux qu’il choisit de ne jamais nommer, et la majuscule au mot Livre dans le titre inscrit l’histoire du poète « amoureux du monde et de ses mystères » dans un registre sacré et intemporel qu’il faut garder en mémoire (« rappelez-vous de moi »).

Et pourtant, le drame du poète n’a rien d’abstrait : il subit la terreur dans sa chair et on reconnaît bien l’Algérie dans cette terre mutilée à travers les siècles. Le narrateur, né comme l’auteur avec la guerre d’Algérie (« Je suis né et le monde a basculé dans la terreur ») doit porter en terre le corps de sa femme massacrée par les terroristes islamistes lors de la décennie noire. Ce nœud dramatique bouleverse la structure même du récit et fait éclater le point de vue narratif : l’ami, Ansar, prend alors le relais d’Amray le narrateur.