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Maghreb

Rue Darwin, Boualem Sansal

Ecrit par Nadia Agsous , le Vendredi, 16 Décembre 2011. , dans Maghreb, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

Rue Darwin, coll. Blanche, août 2011, 255 p., 17,50 € . Ecrivain(s): Boualem Sansal Edition: Gallimard


La quête des origines


« Va retourne à la rue Darwin ». C’est par cette phrase qui exprime à la fois une recommandation et le mystère que l’écrivain algérien d’expression française, Boualem Sansal, nous invite à nous immerger dans le corps de son dernier roman, Rue Darwin.

Narrée dans un style simple au sens pourtant profond, l’histoire de Yazid, dit Yaz, le personnage principal, nous entraîne, par le truchement d’une écriture intimiste, au cœur de son pèlerinage à rue Darwin. Ce lieu-mémoire où il passe « une semaine sainte ». Son objectif ? Percer le secret de sa naissance. Et tordre le coup à ce sentiment d’illégitimité et de honte qui ne cesse d’étreindre son cœur par la faute de ce mystère qui plane sur sa filiation.

Et lors de son voyage initiatique, Yaz revient sur les traces de son enfance et de son adolescence. Réveille les douleurs archaïques. Fait face à ses démons. Brise le silence. Et nous propulse dans le monde de sa défunte grand-mère, Lala Sadia dite Djéda, riche propriétaire et femme puissante.

Algérie, chroniques ciné-littéraires de deux guerres, Yassin Temlali

Ecrit par Mohammed Yefsah , le Mercredi, 23 Novembre 2011. , dans Maghreb, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Barzakh (Alger)

Algérie, chroniques ciné-littéraires de deux guerres, 2011. 233 p. 11 € . Ecrivain(s): Yassin Temlali Edition: Barzakh (Alger)

Les tragédies élucidées à la lumière de l'esthétique


« Algérie, chroniques ciné-littéraires de deux guerres », du journaliste algérien Yassin Temlali, est un voyage à travers la création artistique contemporaine marquée par les bouleversements politiques du pays. Il n'est pas étonnant que Yassin Temlali interroge le drame de la guerre civile à travers le sensible, lui le passionné des arts, dont la jeunesse fut secouée par l'Histoire, avec la révolte nationale d'Octobre 1988 - qui consacra le multipartisme avec ses centaines de morts - suivie du terrorisme à partir de 1992.

L'ouvrage rassemble des articles de l'auteur, publiés pour la majorité sur Babelmed, dont le fil conducteur est la décennie noire (1990-2000), l'avènement du terrorisme faisant resurgir une autre période bouleversante de l'Algérie, la guerre de libération nationale. Une partie des chroniques est consacrée à des entretiens avec des créateurs ou des analystes. Le journaliste donne ici la parole à d'éminents historiens, tels Deho Djerbel, René Gallissot ou Mohammed Harbi, afin de questionner le présent à travers les blessures du passé, mais aussi à des écrivains et cinéastes pour mieux connaître leur approche esthétique.

Souffles 8. Le temps où les jeunes filles rêvaient de l'instit

Ecrit par Amin Zaoui , le Mercredi, 21 Septembre 2011. , dans Maghreb, Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Souffles in Liberté


En hommage à Fouroulou et à son maître Mouloud Feraoun.


Nous tous, sans exception aucune, nous avions rêvé, un jour parmi d'autres, de devenir “maître” (mouâllim) du village ou du quartier ! D'où vient la force de ce rêve magique, excessivement cher aux yeux des enfants et des parents ? Un rêve, qui jadis, a hanté toutes les âmes et toutes les têtes ? Sur la place publique, tout le monde rêvait d'avoir un “mouâllim” parmi les siens. Honneur de la tribu !

Les filles, toutes les filles de tous les villages sans exception, ont rêvé, un jour, de se marier avec un “mouâllim” ! Il fut l'idéal et le prince charmant : il portait une cravate, une belle chemise blanche propre et bien repassée, un costume noir (sans la griffe) ! Et il chaussait une paire de souliers toujours hautement cirée ! Il disposait de tout ce qu'il fallait pour séduire et charmer les jeunes filles : la beauté (tous les instits étaient beaux !) de la “classe” ils en avaient ! Et de l'argent aussi (un petit salaire mensuel !).

49 millions de baguettes pour 36 millions de personnes par jour

Ecrit par Kamel Daoud , le Dimanche, 11 Septembre 2011. , dans Maghreb, Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

« J'ai mangé. Au début, comme les autres : le pain, les sucres divers, les viandes venues de loin, de l'Inde à la bouche, les volailles et les herbes de toutes sortes qui absorbent le soleil en douce. Mais cela finit par me lasser et ne pas me suffire. J'avais une sorte de besoin impérieux de plus, de plus grand et de plus comble. Ma Mère appelait cela le serpent sans fin et mon Père disait que cela me mènerait vers la mort prématurée ou le basculement dans le vide, du haut des bords de la terre. Mais cela n'arriva pas et mon appétit me transforma. Il devint ma priorité, mes yeux, mon audace. Je pouvais suspendre ma respiration mais jamais ma mastication. Mon corps avait mué et je m'attendais, certaines nuits, à voir pousser sur mon dos des fourrures âcres ou des griffes inoxydables. Mon appétit était clair dans ses propos : soit je dévore, soit il me dévorait. Alors j'ai fini par revoir mon règne alimentaire et élargir ma gamme : j'ai mangé, en plus de ce mangent tous, le plâtre, les pierres rondes et bien polies qu'on retrouve en bord de mer, les restes de poteaux. Puis je devins moins regardant : j'ai mangé les morceaux de trottoirs disponibles et qui appartenaient à la commune. Les gens étaient obligés de marcher sur la route et les voitures d'attendre leur tour, quand je finissais un repas dans un village. J'ai alors mangé plus : les terres arables, les terres abandonnées sans collier, les lots de terrain à propriétaires en litige, les surfaces à contentieux et les assiettes sans affectations fixes.

Rue Darwin, Boualem Sansal

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 08 Septembre 2011. , dans Maghreb, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Rue Darwin, 2011, 255 p., 17,50€ . Ecrivain(s): Boualem Sansal Edition: Gallimard

Après le magistral Village de l’Allemand, Boualem Sansal réinterroge les fantômes de l’Algérie, en tissant une toile nouvelle à partir de fils narratifs qui lui sont chers : la fraternité et les relations familiales, l’exil, le renoncement, les identités…

Yazid, le narrateur, retrouve sa fratrie à Paris où leur mère se meurt d’un cancer. Les différences entre eux les submergent : chaque enfant est parti à la conquête d’un continent et d’un univers professionnel d’exception, à l’exception de Yazid qui vit d’un travail obscur tout en se dévouant à leur mère malade en Algérie. Ceux qui partent et celui qui reste, ceux qui conquièrent l’avenir et celui qui veille sur le passé.

Une injonction « Va, retourne à la rue Darwin » amène le personnage à se retourner sur ce passé brumeux, refoulé, où il fut un enfant tiraillé, désiré et happé par plusieurs figures féminines en guerre les unes contre les autres.

« Enfant de la guerre ne sait de quoi il est fait, de grandes vérités fondatrices ou de perfides et lamentables complots. Je n’ignore pas seulement mes origines, qui est mon père et qui est ma mère, qui sont mes frères et mes sœurs, mais aussi quel monde est ma terre et quelle véritable histoire a nourri mon esprit.

Là aussi, il faut tout reprendre ».