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Puisque mon coeur est mort, Maïssa Bey

Ecrit par Nadia Agsous , le Vendredi, 02 Mars 2012. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Puisque mon coeur est mort, La Tour-d’Aigues, Editions de l’Aube, 2010, 255 p.- 17,80 € 
Editions Barzakh, Alger, avril 2010, pour l’Algérie, 184 p. . Ecrivain(s): Maïssa Bey

Dans la nuit du destin, sur le chemin du retour, un jeune homme est assassiné dans la fleur de l’âge. Il avait à peine vingt ans. Au moment où il s’affale sur le sol, il appelle sa mère : «ya M'ma, ya yemma !» (Ô Mère, ma Mère !).

C’est par cette scène tragique et douloureuse que Maissa, Bey nous introduit dans son dernier roman.

Aïda. Femme. Divorcée. « Sans homme, sans mari ou tuteur légal, ni père ». Enseignant l’Anglais à l’université. Vivant dans un appartement en compagnie de son fils à qui des assassins amnistiés par la loi de la Concorde civile viennent d’ôter la vie.

Douleur. Remords. Culpabilité. Haine. Solitude. Basculement dans la folie. Projet de vengeance. Intention meurtrière…

Mais comment ? Comment ? Comment vivre avec ce vide ? Comment se donner l’illusion de la présence de ce fils unique tant chéri ?

Par l’écriture ! a décidé Aïda. Et chaque jour, la voilà qu'elle « trace sur un cahier d’écolier le chemin – qui  la – mène à l’Absent.

Le grain dans la meule (1), Malek Ouary

, le Mercredi, 29 Février 2012. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le Grain dans la meule, Editions Bouchène, janvier 2000, 176 p. - 14,79 euros

Au coeur d’un lieu reculé. A Tighilt. Un village, sur les montagnes de Kabylie (2). Au milieu d’un vaste champ, Tebbiche, le berger des Ath (3) Sammer s’assoupit un long moment. Lors de son sommeil, son troupeau s’introduit dans le champ des Ath Qassy ravageant leur récolte. Afin de sanctionner le berger, Akli, fils de Da (4) Tibbouche, rase le côté droit de la moustache de Tebbiche. Et pendant que ce dernier traverse le village, il fait l’objet de moqueries de la part des villageois. Inconscient de la gravité de la situation, il se met à raconter sa mésaventure avec beaucoup de désinvolture. Mais l’affaire est grave ! "Tragique plaisanterie qui porte en elle la semence dun drame. Dieu fasse quà notre village soit épargnée une nouvelle dette de gorge", se lamente un vieillard.

Vengeance par le sang ! Selon la tradition millénaire. Et "trois jours plus tard () lorsque les villageois entendirent deux coups de feu (...) ils comprirent que lirréparable était accompli."

Pour échapper à la vengeance du clan des Ath Quassy, Idhir, l’assassin de Akli quitte Tighilt pour se réfugier au sud du pays. Mais le sens de l’éthique et du devoir l’oblige à revenir au village pour affronter son destin si tragique soit-il ! Et c’est dans cet état d’esprit qu’Idhir se rend chez ses ennemis.

Quel sort sera réservé à l’assassin du fils ? Da Tibouche appliquera-t-il la loi du talion ? Aura-t-il plutôt recours à une solution de remplacement à la dette du sang ?

L'Arabe et le vaste pays de Ô (chapitre 2)

Ecrit par Kamel Daoud , le Lundi, 02 Janvier 2012. , dans Maghreb, Ecriture, Nouvelles, La Une CED, Bonnes feuilles

DEUX.


Deux façons de continuer cette histoire : ne rien dire et attendre que Vendredi crève d’immobilité après avoir mangé tous les oiseaux et tout le gibier de l’île, en l’imaginant se masturber comme un fou pour tenter de féconder les arbres ou les pierres et survivre à l’extinction de son ravissant prénom extrait d’une planète très proche du soleil comme son continent ; ou m’écouter, moi, vous raconter l’explication de son cas au XXIe siècle parce que ce Vendredi, c’est moi, même si je suis Arabe et que les îles ne sont plus que des intentions, des heures d’isolement accidentel, des ruelles dans certaines grosses villes, un fantasme d’homme blanc ou tout simplement une façon d’illustrer l’impossibilité de fuir sa condition.


Il reste qu’à vos yeux, un Arabe ne ressemble pas tout à fait à Vendredi : un Arabe n’aime pas la nudité, en veut presque à son corps et encore plus au corps de la femme, un Arabe peut occuper sa vie avec des prières et des ablutions et ne se promène jamais sans son Dieu juché sur son dos, qui lui répète qu’il est son préféré et que le meilleur moyen de répandre la vérité est de la jeter au visage des autres comme une aveuglante poignée de sable.

Tu ne mourras plus demain, Anouar Benmalek

Ecrit par Mohammed Yefsah , le Mercredi, 21 Décembre 2011. , dans Maghreb, Les Livres, La Une Livres, Récits, Fayard

Tu ne mourras plus demain, Octobre 2011.17,00 € . Ecrivain(s): Anouar Benmalek Edition: Fayard

Tu ne mourras plus demain est le dernier livre de Anouar Benmalek, écrit après la mort de sa mère, dans lequel il lui rend hommage en tentant de remonter sa généalogie aux innombrables croisements. Le romancier, docteur en mathématiques et poète, a voulu cette fois-ci résoudre l'équation de ses propres origines, lui qui s'est souvent intéressé aux racines des autres, notamment dans ses romans, O Maria, Les amants désunis et L'enfant du peuple ancien.

Issue de l'union d'une suisse et d'un marocain, une rencontre qui « n'avait donc pas dû être évidente à l'époque ségrégationniste du protectorat » (p.26), la mère s'installe ensuite en Algérie, le pays de son époux, après l'indépendance. Par ce récit émouvant, Benmalek a voulu trouver entre les blancs de la mémoire la voix de sa mère, une voix qui avait essayé de vaincre le silence, de donner de l'amour à ses enfants, le goût des livres et de la lecture à son fils futur écrivain, mais qui se taisait devant l'exil et la tourmente de l'Histoire. La maman de l'écrivain a vécu avec l'angoisse d'être refoulée de son pays d’accueil à cause du conflit des frontières entre le Maroc et l'Algérie. Aux silences des siens, à l'intolérance des autres, au mutisme d'un père décédé  emportant avec lui les mots de tendresse qu'il ne savait que chuchoter quand ses enfants s'endormaient, Benmalek questionne le passé.

Rue Darwin, Boualem Sansal

Ecrit par Nadia Agsous , le Vendredi, 16 Décembre 2011. , dans Maghreb, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

Rue Darwin, coll. Blanche, août 2011, 255 p., 17,50 € . Ecrivain(s): Boualem Sansal Edition: Gallimard


La quête des origines


« Va retourne à la rue Darwin ». C’est par cette phrase qui exprime à la fois une recommandation et le mystère que l’écrivain algérien d’expression française, Boualem Sansal, nous invite à nous immerger dans le corps de son dernier roman, Rue Darwin.

Narrée dans un style simple au sens pourtant profond, l’histoire de Yazid, dit Yaz, le personnage principal, nous entraîne, par le truchement d’une écriture intimiste, au cœur de son pèlerinage à rue Darwin. Ce lieu-mémoire où il passe « une semaine sainte ». Son objectif ? Percer le secret de sa naissance. Et tordre le coup à ce sentiment d’illégitimité et de honte qui ne cesse d’étreindre son cœur par la faute de ce mystère qui plane sur sa filiation.

Et lors de son voyage initiatique, Yaz revient sur les traces de son enfance et de son adolescence. Réveille les douleurs archaïques. Fait face à ses démons. Brise le silence. Et nous propulse dans le monde de sa défunte grand-mère, Lala Sadia dite Djéda, riche propriétaire et femme puissante.