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Maghreb

L’effacement, Samir Toumi

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 30 Janvier 2017. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Barzakh (Alger)

L’effacement, 2016, 216 pages . Ecrivain(s): Samir Toumi Edition: Barzakh (Alger)

L’histoire d’un père qui vit en son fils

Le jour de ses 44 ans, le narrateur ne voit pas son reflet au miroir. Le docteur B., son thérapeute, lui déclare qu’il est atteint du syndrome de l’effacement, ajoutant que ce trouble touche les fils de combattants de la Guerre de Libération. Employé dans une société, taciturne et indifférent, le narrateur suit ses séances de psychothérapie avec le docteur, lui racontant des pans de sa vie le plus souvent centrés sur son père, un Commandant de la Guerre de Libération. « Les semaines passaient, et les effacements se poursuivaient » (p.52). Le reflet diaprait par la suite, à jamais. Le narrateur est envahi alors par un autre mal, les nausées fréquentes. « Je me laissais glisser, jour après jour, vers une région obscure et inconnue de mon être » (p.69), disait le fils sans histoires. Et plus il approche de cet abîme obscur de son être, plus il s’approche de son père. Il rompt ensuite ses fiançailles avec Djaouida, et passe quelques jours à Oran, cette ville qui lui insuffle « une force vitale incroyable » (p.183). Dans la ville du raï, il oublie pour des moments fugitifs la gravité de sa situation, et rencontre Houaria, la femme qui « avait réussi à voir apparemment ­[son] reflet dans une glace, alors qu’il demeurait invisible pour [lui] » (p.169). De retour à Alger, sa situation s’aggrave : ses effacements s’accompagnent d’absences mémorielles, d’insomnies, et de violence. Où le mènent alors ses séances avec le docteur B. ? Quel impact peut avoir la disparition de son père sur lui ?

L’Effacement, Samir Toumi

, le Mardi, 10 Janvier 2017. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Barzakh (Alger)

L’Effacement, Samir Toumi, éditions Barzakh, 2016, 216 p. 17 € . Ecrivain(s): Samir Toumi Edition: Barzakh (Alger)

 

Habiter l’histoire

Il est difficile de ne pas penser à La Moustache, l’un des premiers romans d’Emmanuel Carrère, en lisant ce conte fantastique de Samir Toumi : face à un miroir, un homme assiste à sa progressive disparition, s’interrogeant sur son identité à travers les multiples jeux de regards que les autres posent sur lui, et qui lui révèlent une faille profonde entre l’homme qu’il croyait être et le vide que comblent les attentes de l’entourage, peu à peu comblé par l’image du père. Si on retrouve dans les deux récits la violence du questionnement sur l’identité, qui mène à la mutilation chez Carrère, et à la folie chez Toumi, le roman de ce dernier s’implante dans le cadre d’une conscience historique du moment où il se déroule.

Surfaces brouillées

Hizya, Maïssa Bey

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 10 Janvier 2017. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Barzakh (Alger)

Hizya, éd. Barzakh, Alger, L’Aube, 2015, 324 pages . Ecrivain(s): Maïssa Bey Edition: Barzakh (Alger)

 

Le Moi entre poésie et réalité


Au commencement était la légende de Hizya. C’est l’histoire d’une belle femme qui disparut très jeune, au XIXème siècle. Son amoureux Sayed, foudroyé par le chagrin, fit écrire un poème par Ben Guittoun pour exprimer le malheur qui avait bouleversé son âme suite à la disparition de sa bien-aimée Hizya. La légende influença différents artistes, devenue au fil des temps une célèbre chanson du patrimoine algérien :

« Amis, consolez-moi ; je viens de perdre la reine des belles/ Elle repose sous terre/ Un feu ardent brûle en moi !/ Ma souffrance est extrême/ Mon cœur s’en est allé avec la svelte Hizya », chantait Ben Guittoun pour traduire la mélancolie de Sayed.

Le corps de ma mère, Fawzia Zouari

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Vendredi, 06 Mai 2016. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Récits, Joelle Losfeld

Le corps de ma mère, mars 2016, 232 pages, 20 € . Ecrivain(s): Fawzia Zouari Edition: Joelle Losfeld

 

Au mois de janvier 2011, alors que la Révolution de Jasmin, ou Révolution de la Dignité, vient d’éclater en Tunisie, Fawzia Zouari revêt la mélia (costume traditionnel) de sa mère, et à son mari qui lui dit en parlant de cette dernière : « Il te faut donc une révolution pour te sentir autorisée à écrire sur elle », elle s’entend répondre : « Maintenant, je comprends. Ce sont les mots qu’elle m’a laissés en héritage, à son corps défendant ».

Nous revenons alors au printemps 2007, où sa mère se meurt dans un hôpital de Tunis. Nue, parce que dans la tradition berbère une femme est nue lorsque ses cheveux sont découverts, aveugle, elle est entourée de sa famille au sens le plus large du terme, jusqu’aux bédouins du Nord et du Sud qui sont venus lui dire un dernier adieu et se perdent dans les couloirs de l’hôpital. Mais parmi tous ces gens, il n’y a personne pour lui « raconter » sa mère. Encore moins les hommes à propos desquels sa mère disait : « Á défaut d’hériter de nos secrets, les hommes héritent de notre mort, puisqu’il leur revient de marcher seuls derrière notre cercueil ».

Tarédant Sous protectorat, Ami Bouganim

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 17 Février 2016. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Tarédant Sous protectorat, Matanel Foundation Avant-Propos, novembre 2015, 269 pages, 20,95 € . Ecrivain(s): Ami Bouganim

 

Tarédant est une ville imaginaire, à la fois détachée du Maroc et rattachée à ce pays, où vit une population juive en exil – physique et moral –, et de ce fait, aux traditions particulières, à la fois sur et sous-cultivée, « partagée » en deux clients principaux : les courtiers et les aliénés, chacun pouvant échanger avec l’autre avec facilité, en fonction de l’humeur des habitants qui se joue au gré des vents.

Ceux-ci, gouvernés par un prince de retour de contrées plus ou moins lointaines, se défient en joutes oratoires pouvant atteindre – et même dépasser – vingt heures : « L’entrevue entre les deux personnages dura environ vingt-quatre heures. Ils échangèrent des invectives dans la meilleure des traditions rédanaises et il va sans dire que celles de Brave-Vent – le prince – l’emportèrent par leur richesse, leur verdeur et leur pertinence sur celles, plutôt mièvres du médecin. Puis ils se provoquèrent en toutes les langues qui se pratiquaient sur la presqu’île, retenus l’un et l’autre par les riverains de la pointe scandalisés par le sans-gêne grec de l’un et la morgue gauloise de l’autre. Puis ils livrèrent tous les duels qui se pratiquaient dans le monde pour éviter de s’entretuer. Puis ils ouvrirent une mémorable bataille de cartes qui se termina par la ruine du médecin et son endettement » (p.24).