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Maghreb

Bribes d’une décennie à l’ombre, Mohamed El Khotbi

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 06 Février 2017. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Récits

Bribes d’une décennie à l’ombre, Kalimate Edition (Rabat, Maroc, 2012), 141 pages, 10 € (au Maroc 50 DH) . Ecrivain(s): Mohamed El Khotbi

 

Mohamed El Khotbi, enlevé en pleine nuit en 1972 par la police, a passé en prison dix des années de plomb qu’a connues le Maroc sous le règne de Hassan II. C’est cette expérience douloureuse qui constitue l’objet de cet ouvrage. Si l’époque et les circonstances évoquent immédiatement les œuvres d’Abdellatif Laâbi, la tonalité et le mode d’expression de ces « bribes » en sont totalement différents.

Notre auteur brosse, simplement, en une douzaine de chapitres, sans linéarité artificielle, sans montage romanesque, une série de tableaux montrant des choses vécues. On n’est pas dans le roman. Le dessein est clair : il s’agit à la fois d’exprimer la monotonie, la banalité, la médiocrité des jours et des jours d’enfermement, et d’en faire émerger les pauvres faits divers qui parviennent à rompre par ci par là la déprimante régularité des rythmes carcéraux et des rituels collectifs et individuels. Certes la souffrance personnelle est perceptible, mais elle reste, pudiquement, non-dite. Pour prendre de la distance, l’auteur se dédouble. Dans la préface, son propre personnage est présenté par Jamal Bellakhdar, un de ses compagnons du militantisme étudiant des années soixante au Maroc.

Fès est une drogue, Naima Lahbil Tagemouati

Ecrit par Ahmed Slama , le Mardi, 31 Janvier 2017. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Fès est une drogue, Naima Lahbil Tagemouati, Emoticourt, 2016, 88 pages . Ecrivain(s): Naima Lahbil Tagemouati

 

Fès est une drogue ?

C’est un texte assez particulier, trois nouvelles, un territoire, Fès, une autrice marocaine, Naima Lahbil Tagemouati, trois points de vue sur Fès, cette ville singulière.

Il y a de ces histoires, divertissantes et c’est déjà beaucoup, ce Fès est une drogue, dont le titre (et le texte éponyme) est une référence (parfois trop appuyée, nous le verrons) au journal d’Anaïs Nin. Fès est une drogue subsume en ces pages trois histoires avec toujours pour motif cette ville, Fès, mais ici pas vraiment de carte postale, hormis quelques écarts ici ou là, mais il faut bien donner à voir au lecteur, ce dépaysement, ça passe aussi par ces mots, ces sonorités, en effet, on va en retourner de ces transcriptions, alphabet, latin de mots arabes, histoire de mieux nous immerger dans ce Fès est une drogue qui, comme nombre d’œuvres de ce que nous allons nommer avec beaucoup de précautions la littérature maghrébine d’expression française, correspond aux schèmes du roman balzacien, histoire bien linéaire, chronologie avec quelques exceptions tout de même. Le quotidien, le marocain.

L’effacement, Samir Toumi

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 30 Janvier 2017. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Barzakh (Alger)

L’effacement, 2016, 216 pages . Ecrivain(s): Samir Toumi Edition: Barzakh (Alger)

L’histoire d’un père qui vit en son fils

Le jour de ses 44 ans, le narrateur ne voit pas son reflet au miroir. Le docteur B., son thérapeute, lui déclare qu’il est atteint du syndrome de l’effacement, ajoutant que ce trouble touche les fils de combattants de la Guerre de Libération. Employé dans une société, taciturne et indifférent, le narrateur suit ses séances de psychothérapie avec le docteur, lui racontant des pans de sa vie le plus souvent centrés sur son père, un Commandant de la Guerre de Libération. « Les semaines passaient, et les effacements se poursuivaient » (p.52). Le reflet diaprait par la suite, à jamais. Le narrateur est envahi alors par un autre mal, les nausées fréquentes. « Je me laissais glisser, jour après jour, vers une région obscure et inconnue de mon être » (p.69), disait le fils sans histoires. Et plus il approche de cet abîme obscur de son être, plus il s’approche de son père. Il rompt ensuite ses fiançailles avec Djaouida, et passe quelques jours à Oran, cette ville qui lui insuffle « une force vitale incroyable » (p.183). Dans la ville du raï, il oublie pour des moments fugitifs la gravité de sa situation, et rencontre Houaria, la femme qui « avait réussi à voir apparemment ­[son] reflet dans une glace, alors qu’il demeurait invisible pour [lui] » (p.169). De retour à Alger, sa situation s’aggrave : ses effacements s’accompagnent d’absences mémorielles, d’insomnies, et de violence. Où le mènent alors ses séances avec le docteur B. ? Quel impact peut avoir la disparition de son père sur lui ?

L’Effacement, Samir Toumi

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 10 Janvier 2017. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Barzakh (Alger)

L’Effacement, Samir Toumi, éditions Barzakh, 2016, 216 p. 17 € . Ecrivain(s): Samir Toumi Edition: Barzakh (Alger)

 

Habiter l’histoire

Il est difficile de ne pas penser à La Moustache, l’un des premiers romans d’Emmanuel Carrère, en lisant ce conte fantastique de Samir Toumi : face à un miroir, un homme assiste à sa progressive disparition, s’interrogeant sur son identité à travers les multiples jeux de regards que les autres posent sur lui, et qui lui révèlent une faille profonde entre l’homme qu’il croyait être et le vide que comblent les attentes de l’entourage, peu à peu comblé par l’image du père. Si on retrouve dans les deux récits la violence du questionnement sur l’identité, qui mène à la mutilation chez Carrère, et à la folie chez Toumi, le roman de ce dernier s’implante dans le cadre d’une conscience historique du moment où il se déroule.

Surfaces brouillées

Hizya, Maïssa Bey

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 10 Janvier 2017. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Barzakh (Alger)

Hizya, éd. Barzakh, Alger, L’Aube, 2015, 324 pages . Ecrivain(s): Maïssa Bey Edition: Barzakh (Alger)

 

Le Moi entre poésie et réalité


Au commencement était la légende de Hizya. C’est l’histoire d’une belle femme qui disparut très jeune, au XIXème siècle. Son amoureux Sayed, foudroyé par le chagrin, fit écrire un poème par Ben Guittoun pour exprimer le malheur qui avait bouleversé son âme suite à la disparition de sa bien-aimée Hizya. La légende influença différents artistes, devenue au fil des temps une célèbre chanson du patrimoine algérien :

« Amis, consolez-moi ; je viens de perdre la reine des belles/ Elle repose sous terre/ Un feu ardent brûle en moi !/ Ma souffrance est extrême/ Mon cœur s’en est allé avec la svelte Hizya », chantait Ben Guittoun pour traduire la mélancolie de Sayed.