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Maghreb

Mémoires au soleil, Azouz Begag, (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 28 Septembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

Mémoires au soleil, mars 2018, 192 pages, 17 € . Ecrivain(s): Azouz Begag Edition: Seuil

 

A la recherche des racines perdues

Après un roman d’autofiction La voix de son maître (lire la recension : http://www.lacauselitteraire.fr/la-voix-de-son-maitre-azouz-begag), Azouz Begag publie son dernier roman, Mémoires au soleil.

Dès les premières pages, l’auteur montre que le roman est autobiographique. Il abolit donc toute frontière entre lui et son lecteur. Utilisant son vrai nom, le personnage-narrateur est bel et bien Azouz Begag. Le roman relate les fugues du père, Bouzid, atteint d’Alzheimer. La mémoire effacée, celui-ci se dirige vers l’autoroute qui mène à la Méditerranée. Bouzid « a répété qu’il voulait retourner dans son village natal pour revoir ses parents et qu’un bateau l’attendait au port, le Ville de Marseille » (p.36).

Azouz recherche son père évadé, l’accompagne dans les rues de Lyon, et tente de réanimer quelques pans de sa mémoire effacée. Souvent, il l’accompagne au Café du Soleil où Bouzid retrouve ses amis. Ici, ils partagent avec complicité les mêmes peines : la solitude, la nostalgie, et l’exil.

Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, Boualem Sansal (par Farid Namane)

Ecrit par Farid Namane , le Mardi, 11 Septembre 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, août 2018, 256 pages, 20 € . Ecrivain(s): Boualem Sansal Edition: Gallimard

 

Le dernier roman de Boualem Sansal est à la fois une prouesse d’écriture, une analyse fine de l’actualité et une démystification d’un phénomène mondial qui guette l’humanité. Mêlant le genre épistolaire à la mise en abyme, la réalité à la fiction, l’auteur nous livre un roman à lire avec la plus grande attention.

Dans l’attente d’un train qui n’arrive pas, les habitants de la ville d’Erlingen vivent dans la peur d’un « envahisseur sans nom […] sans but évident et [qui] ne dit pas tout » (p.36). Hannah Von Ebert, héritière d’un gigantesque empire financier, écrit des lettres à sa fille Léa établie en Angleterre afin de lui donner des nouvelles d’Erlingen assiégée par cet envahisseur invisible. Toutefois, ces lettres ne sont pas envoyées car les services de la Poste ne fonctionnent plus. Dans l’attente du train rédempteur, Hannah raconte l’histoire de son ancêtre Ernst Hans-Günter Ebert qui faisait partie des premières vagues d’immigration européenne vers l’Amérique.

Nos parents nous blessent avant de mourir, My Seddik Rabbaj

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mercredi, 15 Août 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Serpent à plumes

Nos parents nous blessent avant de mourir, avril 2018, 263 pages, 19 € . Ecrivain(s): My Seddik Rabbaj Edition: Le Serpent à plumes

 

Portrait d’une femme, roman d’un pays

La trentaine, une Marocaine récemment divorcée conduit sa voiture de Marrakech jusqu’à l’endroit « où finit la ville ». Ressassant son divorce, elle tente d’en comprendre les vraies raisons. Est-il dû à son « sale caractère » comme le prétend son ex-mari, ou à une malédiction héritée ? Si elle se pose cette question, c’est que toutes les femmes de sa famille du côté de sa mère étaient divorcées ou du moins étaient restées sans mari durant la majeure partie de leur vie. Elle revisite en particulier l’histoire de sa grand-mère maternelle Habiba et, à travers elle, toute la condition des femmes au Maroc depuis la deuxième moitié du XXe siècle à nos jours. « Je veux, à travers elles, répondre à mes propres questions ».

L’Enfant de l’œuf, Amin Zaoui (nouvelle critique)

Ecrit par Belkacem Meghzouchene , le Jeudi, 14 Juin 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Serpent à plumes

L’Enfant de l’œuf, 2017, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Amin Zaoui Edition: Le Serpent à plumes

 

Un bibliomane aviné se livre à un caniche philosophe

Peau :« Et je la serre dans mes bras comme un mythe vivant, Lara ! ».

Première ode charnelle de L’Enfant de l’œuf, dixième roman en français signé par l’écrivain prodige et érudit, Amin Zaoui. L’œuvre narre la solitude d’un homme au sein d’une société algérienne mutante, intolérante, extrémiste, annulatrice, égoïste, et castrée de toute vocation citoyenne. La religiosité prime sur la civilité. L’absurde sur la raison. Il est question de la « phobie de l’autre », et de l’aliénation des valeurs humaines, mystifiées par la charlatanerie et la cagoterie. Zaoui nous étale une structure romanesque inhabituelle : il divise le texte en 287 chapitres de densités différentes, chacun portant un titre incongru, où se relaient deux voix conteuses, l’une humaine et l’autre canine ! Tel un Cube de Rubik, vous pouvez commencer à aborder ce texte moqueur des dogmes là où il vous chante, et le sens de l’histoire demeure intact. Un Zaoui pince-sans-rire.

Le jour où Pelé, Abdelkader Djemaï

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 05 Juin 2018. , dans Maghreb, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Castor Astral

Le jour où Pelé, mars 2018, 136 pages, 9,90 € . Ecrivain(s): Abdelkader Djemaï Edition: Le Castor Astral

 

Après La vie (presque vraie) de l’abbé Lambert (Seuil, 2016), Abdelkader Djemaï publie son dernier roman, Le jour où Pelé.

Dans ce roman, l’auteur s’inspire d’un événement majeur de l’histoire algérienne : le 17 juin 1965, le Brésil vient affronter pour un match amical l’équipe algérienne, au Municipal d’Oran. Présidée par Ahmed Ben Bella qui assiste au match, l’Algérie est indépendante depuis trois ans. Encore fissurée par les séquelles de la colonisation, elle regroupe ses lambeaux pour se retrouver, pour suivre la course des pays libres. Ce jour inoubliable, « la nation de foot bénie par les dieux allait affronter la nation qui venait d’entrer dans le concert des pays libres » (p.93).

Noureddine est le personnage principal du roman. C’est un adolescent de 17 ans qui a grandi dans un haouch (maison avec plusieurs chambres et une cour, abritant souvent des familles différentes).