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Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


Voyager dans Gary (1) - Les Cerfs-volants, Romain Gary (par Laurent Bonnet)

Ecrit par Laurent Bonnet , le Mardi, 23 Octobre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, En Vitrine

Les Cerfs-volants, Folio, 1980, 384 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Romain Gary Edition: Folio (Gallimard)

 

Les Cerfs-volants, testament de Romain Gary

Que celles et ceux qui n’ont jamais lu Romain Gary (né Roman Kacew) s’emparent sans tarder de ce roman. Découvrir un auteur par sa dernière œuvre peut s’avérer risqué – savoir sortir de scène au sommet de son art n’est pas donné à tout le monde. Dans ce cas on parlera d’une aubaine, un couronnement.

On aura tout dit de Romain Gary. Et à peu près rien, si l’on n’a pas pris connaissance de ce court passage du roman : « J’étais certain que Tad se trompait et je le plaignais un peu. Il aimait passionnément l’humanité entière, mais au fond, il n’avait personne. Il croyait au malheur parce qu’il était seul. L’espoir a besoin d’être deux. Toutes les lois des grands nombres commencent dans cette certitude ».

Le garçon, Marcus Malte (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 10 Octobre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, En Vitrine

Le garçon, août 2018, 592 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Marcus Malte Edition: Folio (Gallimard)

 

Écrit par Marcus Malte et publié chez Zulma en 2016, Le garçon vient de sortir en poche chez Folio. Contrairement à flopée de spécimens, cette promotion n’est pas usurpée, pas plus que l’attribution du prix Femina 2016. Le garçon est un roman d’aventures par excellence, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire que le héros se nourrit d’expériences advenues par hasard ou par accident, se confronte à une multitude d’évènements pour ainsi dire concoctés par les émissaires invisibles du destin. En l’occurrence, ce roman initiatique déroule le périple d’un enfant sauvage et mutique catapulté dans le monde, projeté dans le tourbillon de l’Histoire, propulsé dans la France du début du vingtième siècle.

Durant la scène d’ouverture, poignante et crépusculaire, le garçon de 14 ans porte sa mère agonisante sur le dos, cheminant péniblement vers la mer. Celle avec qui il a toujours vécu en reclus meurt et le laisse seul face à son destin. Le garçon entame alors une errance sur les chemins de France, laquelle s’achèvera de l’autre côté de l’atlantique : « C’est l’incontrôlable pulsion du dromomane qui le meut ».

La gouvernante suédoise, Marie Sizun (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 05 Octobre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La gouvernante suédoise, mai 2018, 320 pages, 7,80 € . Ecrivain(s): Marie Sizun Edition: Folio (Gallimard)

 

Voilà bien un roman, style saga familiale, plein de rebondissements, à l’intrigue noueuse comme un « nœud » narratif, le style même d’un bon livre romanesque d’été, si l’auteur n’avait puisé à sa propre histoire pour en donner une matière quasi fictionnelle. On ne révélera rien de la chute – digne de romans à l’eau-de-rose, alors que c’est pure réalité historique.

La narratrice conte ainsi les histoires de sa famille, d’origines suédoise et française, doublement scandinave (le lecteur s’en rendra compte s’il lit jusqu’au bout). On est dans les années 1867-1868 lorsque démarre l’intrigue. Nous nous contenterons de dire qu’un émigré français, devenu professeur de sa langue à Göteborg, fait la rencontre décisive de sa future femme, qui lui donnera cinq enfants. La narratrice descend de ce Léonard et de sa femme Hulda. Il s’agira pour le couple d’engager très vite une gouvernante, Livia (Olivia), suédoise, d’où le titre.

Hiver à Sokcho, Élisa Shua Dusapin (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Jeudi, 20 Septembre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Hiver à Sokcho, Folio, août 2018, 160 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Elisa Shua Dusapin Edition: Folio (Gallimard)

 

Quelle surprise ! Un roman sans surprise ! Une autoroute littéraire sur laquelle on pénètre aussi facilement qu’on en sort. Hiver à Sokcho, publié en 2016 et lauréat du prix Robert Walser, se classe parmi les livres ordinaires, indispensables au mouvement perpétuel caractérisant la sédimentation du lit tourbeux de la littérature jetable.

Un dessinateur français se rend en Corée du Sud dans une ville portuaire proche de la frontière avec le frère ennemi : Sokcho. Il s’installe dans une pension où, aléa de la vie, travaille la narratrice. Suivez mon regard… Inutile de préciser que, dès la première page, on devine la suite inéluctable de cette rencontre entre ces deux oiseaux perdus dans une contrée endormie aux hivers rigoureux. Toc toc, nubile vénusté, je suis le prince ténébreux, je suis ici pour te sauver de ta misère et t’arracher à la morosité de ton quotidien… Que nenni, braves gens !

Marguerite Duras, Romane Fostier (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 19 Septembre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie

Marguerite Duras, septembre 2018, 304 pages, 9,40 € . Ecrivain(s): Romane Fostier Edition: Folio (Gallimard)

 

Les Incursions secrètes de Duras

Dans l’œuvre de Duras chaque mot est une incantation – celui qui appelle l’esprit le fait apparaître – et l’auteure fit jaillir des lieux secrets contre lesquels on se penche, au bord de rien. Il y a là des nids d’errance, des espaces de repli qui sont comme des angles morts du monde à l’intérieur de soi.

Et Romane Fostier en remonte l’histoire à travers celle de Duras – de l’enfance rebelle en Indochine jusqu’à sa retraite à Neauphle-le-Château. Pas de scoop dans cette biographie mais cette façon de montrer comment les bourgeons portent des écailles pour renvoyer la lumière en éclats. Le chemin de Duras est un espace aux lisières presque closes, une sorte d’utopie dont l’accès est blotti derrière des paupières où se cachent bien des douleurs.

La biographe les pénètre pour montrer comment la romancière et cinéaste sut lâcher les freins, fendre l’œuf du monde, s’inclure dans l’élan jusqu’à pulvériser les restrictions du regard, accueillir l’éperdu dans la chambre flottante de l’esprit rebelle et acéré.