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Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


Une désolation, Yasmina Reza

Ecrit par Johana Bolender , le Mercredi, 28 Septembre 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Une désolation, mai 2016, 176 pages, 5,90 € . Ecrivain(s): Yasmina Reza Edition: Folio (Gallimard)

 

 

Le travail du chroniqueur n’est rien de convenu. Certains textes particulièrement farouches exigent du lecteur plus d’attention, plus de patience. Le roman de Yasmina Reza est ce puissant steamer auquel rêve Mallarmé, qu’il admire balançant sa mature, un médium qui nous emmène dans les lieux de l’étrange, chez les canaques à Mombassa ou à Kuala Lumpur.

Le roman de Yasmina Reza, Une Désolation, une fiction sans silence, sans structure, sans repères, nous conduit au cœur de la rhétorique du père, une rhétorique brutale, inquisitrice, chargée de reproches adressés à un fils de trente-huit ans, un enfant chéri, parti manger la papaye à l’autre bout du monde. C’est avant tout l’histoire d’un déni. Un père qui n’accepte pas l’émancipation de son fils pourtant adulte et qui le rappelle à lui.

La Mille et Deuxième Nuit, Théophile Gautier

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 27 Septembre 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes

La Mille et Deuxième Nuit, mai 2016, 112 pages, 2 € . Ecrivain(s): Théophile Gautier Edition: Folio (Gallimard)

 

Les éditeurs choisissent souvent de republier des œuvres d’auteurs tombés dans le domaine public, en les combinant différemment. La prolifique collection Folio 2 euros s’inscrit dans ce projet, avec ce recueil de quatre nouvelles de Théophile Gautier, extraites de Romans, Contes et Nouvelles (Bibliothèque de la Pléiade), qui porte le titre intrigant de l’une d’entre elles, La Mille et Deuxième Nuit. Si les sources d’inspiration et les modes d’énonciation des nouvelles sont variés, en revanche l’ensemble présente une unité thématique, celle du double.

Le premier récit, intitulé Laquelle des deux, conte l’amour irrépressible du narrateur pour deux femmes anglaises, une brune et une blonde, qu’on dirait jumelles.

Deuxième conte de la série, La Chaîne d’or revisite le mythe de Jason et la Toison d’or. L’épreuve consiste ici à rapporter une chaîne d’or monumentale appartenant à une ancienne hétaïre aimée. Le navire équipé pour la quête porte le nom d’Argo et les références à la mythologie antique sont nombreuses : « Demander la chaîne de Bacchide, c’était demander quelque chose d’aussi impossible que d’apporter la mer dans un crible : autant eût valu exiger une pomme d’or du jardin des Hespérides ».

Oui, Thomas Bernhard

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 02 Septembre 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman

Oui, trad. allemand, Jean-Claude Hémery, 176 pages, 6,50 € . Ecrivain(s): Thomas Bernhard Edition: Folio (Gallimard)

 

Oui, le pire est possible

Quel indécrottable boute-en-train, ce Thomas Bernhard, né en 1931 aux Pays-Bas mais autrichien jusqu’au bout de la gâchette. Intituler « Oui » l’un des romans les plus sombres du vingtième siècle dénote d’une acide malice, d’une ironie perfide mais aussi du recul consistant qu’il était capable de concevoir à l’égard de son œuvre.

Ce titre laconique, romantique et accort, contraste avec la longueur interminable de la phrase bernhardienne (la première de ce livre fait plus d’une page), mais tranche surtout avec le nihilisme tourmenté et contempteur que l’écrivain autrichien déverse inlassablement dans ses textes telle une pluie glaciale s’abattant sur l’esprit du lecteur.

« Oui », comme la déclaration émue et teintée d’angélisme que prononcent les deux amoureux devant l’édile… et qui présage tellement de futurs désenchantements et de « non » péremptoires et agressifs ?

Petit éloge des fantômes, Nathacha Appanah

Ecrit par Thomas Besch-Kramer , le Jeudi, 01 Septembre 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Petit éloge des fantômes, août 2016, 98 pages, 2 € . Ecrivain(s): Nathacha Appanah Edition: Folio (Gallimard)

 

Nathacha Appanah a un rêve aux allures de réussite littéraire. En sept récits courts et agréablement composés (phrases courtes, descriptions des artefacts culturels mauriciens et des traditions indiennes, sans surabondance de la psychologie ambiante), elle mélange les lieux, les familles, les souvenirs, les tranches de vie fictives pour appréhender le cartésien problème de l’inexistence des fantômes, « version à [elle] du vivant, du présent, du palpable, du survivable ? » (p.97).

Alors qu’est-ce qu’un fantôme ? demanderait-on à Nathacha Appanah… Le souvenir au futur antérieur des grands-parents – « Souvent je rêve que le ciel m’offre vingt-quatre heures avec mes grands-parents. Que je suis heureuse ! » (p.19) –, un cyclone, un loup-garou, une âme, un crâne (resté) intact, un visage, l’absence d’André, une voix, une photo, un appendice, la robe bleue de Lili ?

L’auteure y répond page 82 : « […] un fantôme, cette enveloppe vaporeuse qui vient qui effleure qui part ».

Coffret de 3 romans de David Foenkinos, Gallimard Coll. Folio 

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 18 Août 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le potentiel érotique de ma femme (2004, 179 p.), La délicatesse (2009, 210 p.), Nos séparations (2008, 218 p.), 20,70 € le coffret . Ecrivain(s): David Foenkinos Edition: Folio (Gallimard)

Le potentiel érotique de ma femme (2004, 179 p.), La délicatesse (2009, 210 p.), Nos séparations (2008, 218 p.), 20,70 € le coffret

 

Lorsqu’un lecteur découvre un écrivain sur un ensemble de trois volumes qu’il lit d’affilée avec un plaisir qui ne faiblit pas jusqu’à la dernière ligne du troisième, on peut affirmer, indéniablement, qu’une immédiate et permanente empathie s’est installée entre eux.

Pourquoi ? Comment ? Quelle est la recette ?

Foenkinos est un romancier malicieux, qui vous entourloupe dans ses histoires dont l’originalité tient au fait qu’elles se fondent à la fois, paradoxe habile, sur l’imbrication d’une série de faits courants marquant la vie quotidienne du couple et de situations des plus inattendues accompagnées de réflexions et commentaires des plus surprenants (au sens propre de l’adjectif) frôlant parfois l’ubuesque le plus débridé. Ainsi, quand le présumé cocu s’interroge sur le cinq à sept de son épouse :