Identification

Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


Si une nuit d’hiver un voyageur, Italo Calvino

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 09 Juillet 2015. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Italie

Si une nuit d’hiver un voyageur, avril 2015, trad. de l’italien par Martin Rueff, 400 pages, 8 € . Ecrivain(s): Italo Calvino Edition: Folio (Gallimard)

 

Paru en italien en 1979, Se una Notte d’Inverno un Viaggiatore a été traduit sous le titre Si par une Nuit d’Hiver un Voyageur en 1981 aux éditions du Seuil. Cette traduction n’est plus disponible couramment aujourd’hui, et voici qu’une nouvelle, sous le titre Si une Nuit d’Hiver un Voyageur, paraît aux éditions Gallimard, dans la collection Folio. Dès le titre, on voit le parti pris par Martin Rueff, le nouveau traducteur : là où Danièle Sallenave et François Wahl tendaient à rendre la littérarité du titre, lui, il en rend la littéralité. Même si l’on n’est pas italophone, on sent la nuance.

Dans la nouvelle traduction, ce qui est sensible à la comparaison avec le texte italien, c’est un double mouvement : d’une part coller au texte originel ; d’autre part s’éloigner de la première traduction. Exemple avec la première phrase du deuxième chapitre : « Il romanzo comincia in una stazione ferroviaria, sbuffa una locomotiva, uno sfiatare di stantuffo copre l’apertura del capitolo, una nuvola di fumo nasconde parte del primo capoverso ». Dans la version Sallenave/Wahl, ça donne ceci : « Le roman commence dans une gare de chemin de fer, une locomotive souffle, un sifflement de piston couvre l’ouverture du chapitre, un nuage de fumée cache en partie le premier alinéa ».

Dans la nuit blanche et rouge, Jean-Michel Payet

Ecrit par Pauline Fouillet , le Jeudi, 28 Mai 2015. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jeunesse

Dans la nuit blanche et rouge, Folio junior, novembre 2014, 537 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Payet Edition: Folio (Gallimard)

 

Roman historique, quasi polar, J-M. Payet nous offre un roman palpitant et éclairant dans une Russie de 1917, ravagée par la guerre civile et la Première Guerre Mondiale.

Alors que les classes moyennes et populaires de Russie osent enfin se soulever contre son Tsar inexistant et l’aristocratie oppressante du pays, Tsvetana, 17 ans, nous entraîne en plein cœur de la révolte. Cette dernière, comtesse de son état, soutient la lutte naissante de ceux que l’on appellera les rouges. Loin de partager leurs pensées politiques, elle les accompagne dans leur mission car elle croit en un monde plus égalitaire. Un monde où les faibles et les pauvres ne seraient pas en quête perpétuelle de survie.

Lors d’une de ses missions, elle va tomber nez-à-nez avec Roman, jeune homme magnétique qui se retrouvera par la suite régulièrement sur son chemin et qui sera l’incarnation de son destin. Ce même soir où elle rencontre Roman, Tsvetana va découvrir un secret familial bien lourd qui la portera sur les traces d’un passé et en plein cœur des combats.

Nous sommes tous des féministes, Chimamanda Ngozi Adichie

Ecrit par AK Afferez , le Mercredi, 29 Avril 2015. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, USA

Nous sommes tous des féministes, février 2015, trad. Sylvie Schneiter et Mona de Pracontal, 87 pages, 2 € . Ecrivain(s): Chimamanda Ngozi Adichie Edition: Folio (Gallimard)

Affirmer être féministe en compagnie de non-féministes ou même de gens qui n’ont guère réfléchi à la question conduit bien souvent à l’une des situations suivantes : on vous dira que oui, il reste peut-être des résidus sexistes dans la société mais il y a d’autres combats bien plus importants ; ou bien on vous affirmera que de nos jours le sexisme n’existe plus, et que d’ailleurs ce sont même les hommes qui sont le plus opprimés ; ou alors on tentera carrément de vous prouver que les féministes sont des harpies sans humour cherchant à prendre le contrôle de la société en réduisant les hommes en esclavage.

Ceux que cet état des choses peut lasser trouveront ici leur bonheur : Chimamanda Ngozi Adichie nous prouve bien, dans ce petit livre aussi enjoué et drôle qu’engagé et déterminé, que le féminisme est tout sauf has been (surtout que Beyoncé elle-même a repris dans ses chansons des extraits de cet essai).

Le texte est la version modifiée d’une intervention qu’avait réalisée Adichie pour la série de conférences TEDxEuston. À travers diverses histoires glanées de son enfance, elle explique comment elle est arrivée à se définir comme féministe, et pas n’importe quelle féministe d’ailleurs : « une Féministe Africaine Heureuse qui ne déteste pas les hommes, qui aime mettre du brillant à lèvres et des talons hauts pour son plaisir, non pour séduire les hommes ».

Anthologie de la littérature latine, Jacques Gaillard & René Martin

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 23 Avril 2015. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Anthologie

Anthologie de la littérature latine, Jacques Gaillard & René Martin, 576 pages, 8,00 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Qui a écrit : « combien de gens exercent leur corps, et combien peu leur esprit ! Quelle affluence à un spectacle ludique et sans profit durable, et quel désert autour de la culture ! Quelle débilité de l’âme chez ces hommes dont on admire les biceps et les larges épaules ! » ? Un chroniqueur sportif contemporain en pleine crise mystique ? Eric Zemmour ? Laurent Obertone ? Renaud Camus ? Tout faux : il s’agit de Sénèque, mort il y a mille neuf-cent-cinquante ans, dans sa quatre-vingtième lettre à Lucilius.

Cette petite question a pour double intention de montrer en quoi la littérature latine peut encore s’adresser à des lecteurs du vingt-et-unième siècle, ce dont tout le monde se doutait, puisque c’est un peu la vertu des classiques, mais surtout de montrer la qualité du travail de traduction effectué par Jacques Gaillard et René Martin, les deux anthologistes. Avant même de commenter leurs choix, il convient de célébrer la façon dont ils ont décidé de rendre accessibles ces choix à leurs contemporains. La prose reste en prose ; les vers restent eux aussi en vers, mais en amplifiant la forme lors du passage du latin au français (pour faire bref, deux vers latins deviennent trois vers français, ce qui évite les pertes de sens ou les torsions absconses) et sans chercher à faire rimer ; mais surtout, le vocabulaire est dénué de toute préciosité. Ainsi, je ne résiste pas à reproduire l’une des épigrammes de Martial :

La pensée du roman, Thomas Pavel

, le Jeudi, 02 Avril 2015. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

La pensée du roman, 448 pages, 10,20 € . Ecrivain(s): Thomas Pavel Edition: Folio (Gallimard)

 

Tout livre pose une énigme qu’Italo Calvino s’est efforcé de formuler en ces termes dans Si par une nuit d’hiver un voyageur (1995) : « Lire, c’est aller à la rencontre d’une chose qui va exister mais dont personne ne sait encore ce qu’elle sera ». Le plaisir de la découverte est donc l’un des quelques sentiments universels qu’engendre le livre, fût-il documentaire ou fiction. Ce plaisir est d’autant plus appréciable en l’occurrence qu’il s’accompagne d’un style très agréable qui rend la somme encyclopédique de Thomas Pavel plus digeste.

Toute rédaction d’une histoire littéraire quelle qu’elle soit, comme celle de ce grand théoricien de la littérature d’origine roumaine, ambitionne d’être avant tout un exercice de contextualisation et l’une des grandes gageures de cette entreprise herculéenne est d’ordonnancer ce cumul de connaissances et, d’un regard surplombant, de cerner le vaste champ de production littéraire européenne (même si une dimension internationale se dessine au dernier chapitre intitulé L’art du détachement mais qui reste hélas à l’état d’ébauche) tout en faisant le lien entre des œuvres parfois bien disparates. Pavel tente de faire saillir l’intelligibilité en retraçant les trajectoires des grands noms du roman, à commencer par le roman hellénistique.