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Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


Kronos, Witold Gombrowicz

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 05 Septembre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Biographie

Kronos, mai 2018, trad. polonais Malgorzata Smorag-Goldberg, 432 pages, 8,30 € . Ecrivain(s): Witold Gombrowicz Edition: Folio (Gallimard)

 

Madame Gombrowicz, pourquoi diable avez-vous exhumé de la malle secrète ce second journal intime écrit par votre mari, le célèbre écrivain polonais Witold Gombrowicz (1904-1969) ? Quel est l’intérêt de publier un document non seulement dépourvu de pulpe psychologique, philosophique ou introspective mais de surcroît se dispensant d’un minimum de construction littéraire ? Que ce journal est sec et désincarné ! Qu’il est triste et laid ! Qu’il est froid et bâclé ! Tel un reliquat de charogne calanchée depuis plusieurs jours, au détour d’un sentier gisant, il n’attire qu’une frêle horde de drosophiles vibrionnantes, perpétuant par habitude sur ce corps décomposé leur torpide harcèlement.

Que ressort-il donc de cette hideuse dépouille, de ce cadavre honni ? Que retenir de ce document prétendument sensationnel, à en croire les propos exaltés du préfacier Yann Moix : « Pour la première fois, on peut assister, en temps réel, aux effets du quotidien sur le génie gombrowiczien ».

Occupe-toi d’Amélie, Georges Feydeau

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 03 Septembre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre

Occupe-toi d’Amélie, juin 2018, 576 pages, 4,85 € . Ecrivain(s): Georges Feydeau Edition: Folio (Gallimard)

 

Appelé par ses obligations militaires, Étienne confie à son meilleur ami, Marcel, le soin de veiller sur sa fiancée durant son mois d’absence : « Occupe-toi d’Amélie ! ». Sur la base de cette instance dont l’ambiguïté ne tardera pas à se révéler scabreuse, s’enclenche une intrigue complexe émaillée de rencontres impromptues, de rebondissements, de quiproquos et de cocasseries en tous genres.

Rien n’est simple dans la vie. Malgré tout, lassée de tant d’amertume et de désespoir, la fée veillant sur nous avec une désinvolture de baudet daigne parfois nous gratifier d’un coup de pouce salutaire, l’insigne pichenette du destin : Marcel, noceur désargenté, a l’occasion d’hériter d’une fortune colossale à condition qu’il se marie. Il profite donc de l’aubaine « Amélie » pour faire croire à son parrain qu’il est sur le point d’épouser celle-ci. Autour de ce conjungo fictif gravite une nuée de personnages secondaires, notamment un Prince slave aussi prodigue que concupiscent, courant la prétentaine, butinant tout ce qui papillonne autour de son sceptre. Ses appétits débordants le conduisent naturellement à convoiter avec une assiduité juvénile la belle et gracile Amélie, laquelle, loin d’être effarouchée, se montre particulièrement réceptive aux promesses de cadeaux dont le Prince la couvre.

Hommage à Philip Roth (5) : Le rabaissement

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Juin 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Le rabaissement (The humbling), trad. de l'anglais (USA) par Marie-Claire Pasquier, décembre 2011, 122 p. 13,90 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Folio (Gallimard)

 

Un livre de Philip Roth n’est jamais un livre parmi ses autres livres. C’est un polygone de plus dans la toile tissée par le maître, une pièce de plus placée dans le puzzle – l’unique puzzle – bâti, pièce après pièce, depuis des décennies. Avec, comme tous les grands obsessionnels que sont toujours les grands écrivains, des thèmes récurrents, des « idées fixes » : ici, dans « le rabaissement », celui probablement qui domine l’œuvre de Roth, la boucle fatale du corps. Autour de l’Arc d’Héraclite : « l’Arc porte le nom de vie, mais son œuvre c’est la mort ».

Aussi « ne pas aimer » un livre de Roth, ou trouver – ça s’est lu à propos de « le rabaissement » - que « c’est un livre moins fort que les autres », c’est simplement passer à côté du projet, de la vie, de la passion littéraire de Roth. C’est aussi et surtout passer à côté de l’unicité d’une entreprise esthétique. Dans un tableau de maître, on ne trouve pas que le coin en bas à gauche est plus faible que le reste : le tableau est un discours indissociable, indivisible. Il en est de même de l’œuvre de Philip Roth : chaque élément constitue le sens esthétique de l’œuvre entière. Chaque élément est synecdoque.

Missak, Didier Daeninckx

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 26 Juin 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Missak, mars 2018, 352 pages, 7,80 € . Ecrivain(s): Didier Daeninckx Edition: Folio (Gallimard)

 

Edité initialement en 2009 aux éditions Perrin, Missakfait l’objet d’une réédition en poche. On salue l’initiative qui nous replonge dans un aspect particulier de la Résistance, celui de l’Affiche Rouge.

21 février 1944. Missak Manouchian, communiste arménien, chef d’un réseau de résistants immigrés, est fusillé au mont Valérien, ainsi que ses compagnons d’armes. Ce sont tous des immigrés de différentes nationalités appartenant aux FTP-MOI. La seule femme du réseau sera, elle, décapitée à Stuttgart. Tous figuraient sur la célèbre affiche rouge, placardée sur les murs de Paris, à plusieurs milliers d’exemplaires. Missak, à quelques heures de son exécution, écrira une ultime lettre à son épouse, Mélinée, lettre bouleversante dans laquelle il la prie d’être heureuse, tout en écrivant qu’il mourra sans haine et en pardonnant à tous, « sauf à ceux qui l’ont dénoncé », cette dernière expression ayant été occultée dans les différentes publications de cette lettre.

En hommage à Philip Roth (1) : Portnoy et son complexe

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Jeudi, 31 Mai 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Portnoy et son complexe, trad. Henri Robillot, 384 pages, 8,30 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Folio (Gallimard)

 

 

Portnoy ou la névrose désopilante

Roman phare de l’auteur américain Philip Roth né en 1933 à Newark, Portnoy et son complexe est une mise en abîme jubilatoire dévidant les tourments psychologiques d’un narrateur dont l’éducation juive fut excessivement austère et vertueuse.

L’éducation joue-t-elle réellement un rôle aussi crucial pour le développement de l’individu qu’on le proclame à hue et à dia dans les manuels ou dans les aréopages épris de respectabilité ? Assurément, répondraient Freud, Dolto et consorts. Selon le philosophème consacré, tout se jouerait avant l’âge de six ans, voire dans les premiers jours suivant la naissance.