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Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


6 Moments Musicaux, Hoffmann et al.

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 30 Septembre 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, Anthologie

6 Moments Musicaux, Hoffmann et al., janvier 2016, 240 pages, 7,10 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Tout l’art de l’anthologie réside en deux points essentiels : choisir un thème probant et choisir les œuvres idéales pour aborder ce thème, ou du moins les bons extraits. A ce compte, les 6 Moments Musicaux proposés par Sylvain Ledda dans la collection FolioPlus Classiques remportent pour l’essentiel les suffrages du lecteur.

La thématique est plus qu’intéressante : l’écriture de la musique, en particulier par les auteurs romantiques, représentés par cinq d’entre eux : Hoffmann, Janin, Balzac, Berlioz et Sand. Cela donne des pages oscillant entre le fantastique (la nouvelle signée Hoffmann, Le Chevalier Gluck, est exemplaire à ce titre, ainsi que celle signée Sand, bien qu’elle soit tardive – 1873) et l’émerveillement, ainsi que des tentatives éblouissantes de mettre la musique en mots – avant tout dans la nouvelle qui sert de pièce de résistance à cette anthologie, Gambara (1837) d’Honoré de Balzac, où l’auteur rend au passage hommage au génie de Beethoven.

La Mille et Deuxième Nuit, Théophile Gautier

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mardi, 27 Septembre 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes

La Mille et Deuxième Nuit, mai 2016, 112 pages, 2 € . Ecrivain(s): Théophile Gautier Edition: Folio (Gallimard)

 

Les éditeurs choisissent souvent de republier des œuvres d’auteurs tombés dans le domaine public, en les combinant différemment. La prolifique collection Folio 2 euros s’inscrit dans ce projet, avec ce recueil de quatre nouvelles de Théophile Gautier, extraites de Romans, Contes et Nouvelles (Bibliothèque de la Pléiade), qui porte le titre intrigant de l’une d’entre elles, La Mille et Deuxième Nuit. Si les sources d’inspiration et les modes d’énonciation des nouvelles sont variés, en revanche l’ensemble présente une unité thématique, celle du double.

Le premier récit, intitulé Laquelle des deux, conte l’amour irrépressible du narrateur pour deux femmes anglaises, une brune et une blonde, qu’on dirait jumelles.

Deuxième conte de la série, La Chaîne d’or revisite le mythe de Jason et la Toison d’or. L’épreuve consiste ici à rapporter une chaîne d’or monumentale appartenant à une ancienne hétaïre aimée. Le navire équipé pour la quête porte le nom d’Argo et les références à la mythologie antique sont nombreuses : « Demander la chaîne de Bacchide, c’était demander quelque chose d’aussi impossible que d’apporter la mer dans un crible : autant eût valu exiger une pomme d’or du jardin des Hespérides ».

Oui, Thomas Bernhard

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 02 Septembre 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman

Oui, trad. allemand, Jean-Claude Hémery, 176 pages, 6,50 € . Ecrivain(s): Thomas Bernhard Edition: Folio (Gallimard)

 

Oui, le pire est possible

Quel indécrottable boute-en-train, ce Thomas Bernhard, né en 1931 aux Pays-Bas mais autrichien jusqu’au bout de la gâchette. Intituler « Oui » l’un des romans les plus sombres du vingtième siècle dénote d’une acide malice, d’une ironie perfide mais aussi du recul consistant qu’il était capable de concevoir à l’égard de son œuvre.

Ce titre laconique, romantique et accort, contraste avec la longueur interminable de la phrase bernhardienne (la première de ce livre fait plus d’une page), mais tranche surtout avec le nihilisme tourmenté et contempteur que l’écrivain autrichien déverse inlassablement dans ses textes telle une pluie glaciale s’abattant sur l’esprit du lecteur.

« Oui », comme la déclaration émue et teintée d’angélisme que prononcent les deux amoureux devant l’édile… et qui présage tellement de futurs désenchantements et de « non » péremptoires et agressifs ?

Coffret de 3 romans de David Foenkinos, Gallimard Coll. Folio 

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 18 Août 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le potentiel érotique de ma femme (2004, 179 p.), La délicatesse (2009, 210 p.), Nos séparations (2008, 218 p.), 20,70 € le coffret . Ecrivain(s): David Foenkinos Edition: Folio (Gallimard)

Le potentiel érotique de ma femme (2004, 179 p.), La délicatesse (2009, 210 p.), Nos séparations (2008, 218 p.), 20,70 € le coffret

 

Lorsqu’un lecteur découvre un écrivain sur un ensemble de trois volumes qu’il lit d’affilée avec un plaisir qui ne faiblit pas jusqu’à la dernière ligne du troisième, on peut affirmer, indéniablement, qu’une immédiate et permanente empathie s’est installée entre eux.

Pourquoi ? Comment ? Quelle est la recette ?

Foenkinos est un romancier malicieux, qui vous entourloupe dans ses histoires dont l’originalité tient au fait qu’elles se fondent à la fois, paradoxe habile, sur l’imbrication d’une série de faits courants marquant la vie quotidienne du couple et de situations des plus inattendues accompagnées de réflexions et commentaires des plus surprenants (au sens propre de l’adjectif) frôlant parfois l’ubuesque le plus débridé. Ainsi, quand le présumé cocu s’interroge sur le cinq à sept de son épouse :

Extra pure, Voyage dans l’économie de la cocaïne, Roberto Saviano

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 22 Juin 2016. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Italie

Extra pure, février 2016, trad. italien Vincent Raynaud, 544 pages, 8,20 € . Ecrivain(s): Roberto Saviano Edition: Folio (Gallimard)

Cinquième livre d’un auteur révélé en 2007 par son extraordinaire Gomorra, qui a fait couler tant d’encre et a valu à son auteur d’être un nouveau Rushdie pourchassé, Extra pure est un recueil d’enquêtes au plus près de cet enfer de la drogue, analysant lieux, moteurs et phases de production.

En 2016, Roberto Saviano, Robbè pour les intimes, poursuit son œuvre de dénonciation des mafias, du blanchiment de sommes colossales, des violences causées par ce gigantesque marché blanc. Il le fait par sa chronique de La Repubblica, il en dresse des analyses plus fouillées dans cet essai, divisé en 7 parties (aux titres de Coke#1 etc.)

A l’heure où notre auteur a le courage exemplaire d’écrire en dépit de tout – la solitude, la garde serrée – sept policiers de vigilance –, la quête si difficile de la vérité, et surtout les attaques de pure vilenie : ne le voilà-t-il pas accusé de tous les maux, et en prime dans les zones où il a dénoncé le mal ? à Secondigliano, à Scampia, à Napoli, il est traité de la pire espèce (par voie d’affiches, d’accusations publiques…), un peu comme si l’on reprochait à Marta Hillers de Une femme à Berlin d’avoir dénoncé les centaines de milliers de viols perpétrés par les Russes libérateurs en mars-avril 45, un peu comme si l’on rendait responsable du Goulag ce courageux Chalamov qui a vécu l’enfer gelé de la Kolyma (bagne sous Staline). C’en est à vomir tant les gens sont oublieux de la générosité et des risques pris. « Le premier qui dira la vérité sera exécuté » comme le chantait si bien Béart.