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Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


Homo erectus, Tonino Benacquista

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 13 Novembre 2012. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Homo erectus, Folio 2012, 305 pages . Ecrivain(s): Tonino Benacquista Edition: Folio (Gallimard)

Chaque jeudi, à Paris, dans un endroit secret qui n’est jamais le même, des hommes racontent devant d’autres hommes la nature et l’évolution des rapports qu’ils entretiennent ou ont entretenus avec une ou plusieurs femmes, puis cette assemblée extraordinaire se sépare, sans un commentaire autorisé sur aucune des « confessions », sur l’annonce de l’adresse de la session suivante.

Ce pourrait être la scène d’un nouvel Heptaméron qui aurait pour règles singulières que les participants ne se connaissent pas, ne déclinent pas leur identité, ne cherchent pas à en savoir plus que ce qui est narré, ne se parlent pas, ne se rencontrent point hors de l’étrange atelier qu’ils cessent de fréquenter quand ils en ont envie.

Or dans Homo erectus, trois des personnages qui se sont trouvés un même soir en ce cercle mystérieux enfreignent ce règlement : tout en assistant épisodiquement aux soirées occultes, ils se retrouvent ponctuellement à la terrasse d’un café, confrontent le bilan négatif qu’ils se font de leur relation passée avec le deuxième sexe, puis en tirent leçon, chacun à sa façon, chacun avec la morale qu’il prend la décision d’adopter dorénavant, pour se tracer, délibérément, obstinément, une vie nouvelle fondée sur un changement radical de conduite vis-à-vis de la gent féminine.

Solaire, Ian McEwan

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 12 Novembre 2012. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

Solaire, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, 400 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Ian McEwan Edition: Folio (Gallimard)

 

Le monde selon Michael Beard

 

Il faut reconnaître que Ian McEwan nous présente ici un personnage qui n’a rien pour nous plaire. En effet, Michael Beard a eu tout ce qu’il fallait pour être heureux. En tant que scientifique, ses travaux lui ont permis d’avoir le Prix Nobel. De ce fait il se voyait propulsé au sommet de l’intelligentsia londonienne et du monde. Cependant, il rate tout. Divorcé quatre fois, au moment où s’ouvre l’intrigue, son cinquième mariage bat de l’aile. Michael Beard bien qu’il soit narcissique, est bien conscient de sa chute. Il sait qu’il ne produit plus rien de méritant quant à ses travaux. Il vit sur ses lauriers. Le présent fuit et Michael Beard semble rester sur la touche. Il est présenté comme grossier, lâche et quelque peu irresponsable. Son image d’homme séduisant, intelligent et dynamique appartient désormais à un passé révolu. Lucide et n’étant pas dupe des clameurs du monde, le scientifique vieillissant se rend bien compte de sa transformation vers le pire :

Jim Morrison, Jean-Yves Reuzeau

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 11 Novembre 2012. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie

Jim Morrison, 425 pages, octobre 2012 . Ecrivain(s): Jean-Yves Reuzeau Edition: Folio (Gallimard)

 

L’inévitable subjectivité d’une biographie peut s’avérer plus que positive. C’est le cas de celle consacrée au chanteur des Doors, Jim Morrison, par Jean-Yves Reuzeau, pour qui cet ouvrage n’est pas un coup d’essai. L’auteur a le double mérite, outre l’écriture, de présenter Jim Morrison comme le poète qu’il fut tout au long de sa courte vie et comme une réelle et profonde solitude. Il eût été facile de mettre l’accent sur la « bête de scène », de montrer d’abord et avant tout les déboires judiciaires qui vont précipiter sa chute, autant de pièges auxquels l’auteur échappe.

Le poète tout d’abord, celui à qui, dès le plus jeune âge, « la lecture s’impose comme une passion dévorante ». Il découvre très tôt Kerouac, Ginsberg, les philosophes présocratiques le passionnent alors qu’il n’a pas vingt ans. Mais ce sont les poètes qui auront rapidement sa préférence, comme Rimbaud et William Blake. Le côté visionnaire du poète français le retiendra longtemps, jusque dans ses chansons. Lui-même se définissait comme « un homme de mots », sans doute l’aspect le plus important qu’il faille aussi retenir de Jim Morrison. Tous les textes des chansons des Doors seront des poèmes, incantatoires souvent, qu’il met en musique aves le groupe.

La circoncision, Bernhard Schlink

, le Jeudi, 25 Octobre 2012. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Nouvelles

La circoncision, Bernhard Schlink 2009, 90 pages, 2 € . Ecrivain(s): Bernhard Schlink Edition: Folio (Gallimard)

« Toutes les utopies commencent par des conversions » (page 70).

Andi et Sarah se rencontrent à New-York à la fin du XXème siècle. Lui est Allemand, bénéficiaire d’une bourse d’étude, elle est d’origine polonaise. Une partie de la famille de Sarah a été exterminée à Auschwitz. Ils s’aiment, et parce qu’ils s’aiment, Sarah présente Andi à sa famille. Le poids d’un passé dont ni Sarah ni Andi ne sont responsables se fait alors sentir. Les différences entre eux, qu’ils n’avaient jamais considérées comme des obstacles possibles, prennent soudain toute la place.

« Il est facile de voir des annonces, rétrospectivement. Dans la quantité de choses qu’on fait ensemble, il y a l’annonce de tout ce qui viendra plus tard – et aussi de tout ce qui ne viendra pas » (page 21).

Bernhard Schlink développe en peu de pages un récit à la fois simple et complexe, qui met le doigt sur une problématique dont la portée est universelle.

« Est-ce que finalement l’on ne supporte que ses semblables ? Naturellement, on se fait aux différences, et sans doute ne pourrait-on vivre sans elles. Mais ne doivent-elles pas rester dans certaines limites ? » (page 52).

La jarre d'or, Raphaël Confiant

Ecrit par Patryck Froissart , le Dimanche, 30 Septembre 2012. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

La Jarre d’or, juin 2012, 305 p. . Ecrivain(s): Raphaël Confiant Edition: Folio (Gallimard)

L’auteur, bien connu, est martiniquais.

Le héros du roman est, comme son créateur, un écrivain martiniquais, Augustin Valbon, mulâtre au confluent de deux cultures, la française et la martiniquaise, doublement héritier de Balzac et de Césaire.

L’héritage de Balzac est évident dans la précision de la peinture sociale des milieux où se déroule le roman, dans la certitude que cultive le jeune écrivain d’être doué d’un talent d’exception, et dans son ambition avouée de connaître la gloire qu’il estime donc mériter.

L’héritage de Césaire est manifeste dans l’écriture poétique, dans l’omniprésence des thèmes sur lesquels s’est fondée l’affirmation littéraire de la négritude, et, ô merveille, dans l’abondance des diamants lumineux du créole antillais qui parsèment le texte, des étincelles de cette belle langue aujourd’hui reconnue, à juste titre et à statut égal, comme une des langues qui appartiennent au patrimoine linguistique de l’humanité, de ce parler riche et inventif que les linguistes décrivent comme un français évolué, dégagé qu’il a été, dès le début de son histoire, des contraintes imposées par l’Académie créée par Richelieu en 1635 (l’année même de l’installation des Français en Martinique) dans l’objectif affirmé de fixer (de figer) le français du 17ème siècle dans un état considéré alors (et depuis) comme définitivement parfait.