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Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


Nous étions des êtres vivants, Nathalie Kuperman

Ecrit par Guy Donikian , le Jeudi, 22 Mars 2012. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits

Nous étions des êtres vivants, 240 p., janvier 2012, 5,10 € . Ecrivain(s): Nathalie Kuperman Edition: Folio (Gallimard)

On pourrait toujours dire que l’époque est propice à la (re)lecture du texte de Nathalie Kuperman, que cette réédition tombe à pic, que la mise à disposition de ce texte au plus grand nombre ne peut que répondre à un besoin évident, tant l’actualité est riche en délocalisations, fermetures programmées et inéluctables aux yeux de certains, menaces en tous genres qui pèsent sur les salariés. Sans doute trouvera-t-on dans ce texte bien des échos de cette actualité économique. Mais toutes ces bonnes raisons de lire ce texte ne doivent pas masquer les qualités littéraires dont fait preuve l’auteur.

La construction tout d’abord. Nathalie Kuperman donne la parole à plusieurs employés d’une maison d’édition, ce qui est l’occurrence d’un texte à plusieurs voix pour mieux observer de l’intérieur les ravages d’une restructuration de l’entreprise après le rachat par un individu, dont le but n’est que pécuniaire. Le chœur, qui représente l’ensemble des employés, a aussi la parole. C’est l’occasion de suivre l’évolution de chacun quand la suspicion oblitère les rapports dans l’entreprise. Qui sera viré, qui aura la promotion que je mérite, sont autant d’interrogations légitimes. « C’est au moment où il faudrait que nous nous aimions que nous nous regardons avec méfiance ». Ainsi s’établissent des rapports qui poussent certains à commettre des actes insensés. Et d’aucuns iront jusqu’à saboter le déménagement en saccageant les cartons des uns et des autres.

Anthologie du théâtre français du XXème siècle, Cécile Backès et Henri Scépi

Ecrit par Olivier Verdun , le Vendredi, 09 Mars 2012. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Anthologie

Anthologie du théâtre français du 20e siècle. Écrire le théâtre de son temps, anthologie et dossier réalisés par Cécile Backès, lecture d'image par Henri Scépi, décembre 2011, 383 p. 8.90 € . Ecrivain(s): Cécile Backès et Henri Scépi Edition: Folio (Gallimard)

L'anthologie qui nous est ici offerte par Cécile Backès regroupe une trentaine d'extraits présentant un panorama historique du théâtre français du 20e siècle. D'Émile Zola à Yasmina Reza, de Roger Vitrac à Marie N'Diaye, en passant par une pléiade d'auteurs connus et reconnus – Albert Camus, Samuel Beckett, Bernard-Marie Koltès, etc. -, cet ouvrage condense en 383 pages des pièces qui ont fait événement, qui sont synonymes de ruptures esthétiques, qui ont créé la surprise ou le rejet parfois. Le décor est campé dès la première page : « On trouvera ici des premières pièces, des chefs-d'œuvre, des naissances et des apogées. Des pièces à "message", des pièces à "thèse", des langues qu'on dirait étrangères, des langages inouïs, des formes inconnues. Toutes sont des actes poétiques. »

Le choix proposé, pour subjectif qu'il soit de la part de Cécile Backés, n'en demeure pas moins représentatif de l'histoire théâtrale du siècle, limitée aux auteurs français, faisant la part belle à la diversité des conditions de création, à Paris, souvent, mais aussi en province, puisque, nous rappelle Cécile Backès, « décentralisation dramatique et démocratisation culturelle ont bien eu lieu ».

La reine des lectrices, Alan Bennett

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 26 Février 2012. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

La Reine des lectrices, traduction Pierre Ménard, 2010, 124 p. . Ecrivain(s): Alan Bennett Edition: Folio (Gallimard)

De l’absolue séparation des pouvoirs et de la littérature.

Alan Bennett présuppose en toute ingénuité que la Reine d’Angleterre a peu lu avant que son destin ne croise celui de Norman, commis des cuisines régaliennes. On peut imaginer que son éducation britannique lui fournit toutefois un certain background. Vraisemblablement, l’octogénaire a eu d’autres chats à fouetter avant de s’adonner aux frivolités des lectures suggérées par un « gay savoir ».

Fraîchement convertie, la peu commune lectrice devient ce qu’elle est : une liseuse hors normes mais attentive à Norman, son initiateur à Wilde et à Genet. De profundis à Querelle, la conséquence est bonne. Mais les conseillers de la Cour veillent au grain. Et la souveraine graine doit être préservée de cette contamination culturelle. Voilà donc Norman, zélé malgré lui, limogé et promu au statut d’étudiant en lettres dans une Université éloignée de Windsor. Il pourra assouvir ses pulsions de lettres et ne pervertira pas la Reine dans l’exercice de ses fonctions.

Abreuvée d’ouvrages, la Reine des lectrices ne peut freiner sa course à l’échalote littéraire. Elle prend des notes et se pique d’écriture. On n’ose l’exprimer dans l’entourage de la Souveraine : la Reine devient une emmerdeuse de politiser en rond.

Envoie-moi au ciel, Scotty, Michael Guinzburg

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 11 Février 2012. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman

Envoie-moi au ciel, Scotty (Beam me up, Scotty, 1993), Gallimard, Folio Policier, juin 1999, traduit de l’anglais (USA) par Daniel Lemoine, 332 p., 6,20 € . Ecrivain(s): Michael Guinzburg Edition: Folio (Gallimard)

Ed vient de sortir de cure de désintoxication et retrouve son quartier du Lower East Side de New York, son Crack City. Sa femme et ses enfants se sont fait la malle et, pour combattre son addiction, il fréquente avec assiduité un groupe de parole prêchant pour un programme en douze étapes, les Drogues Dures Anonymes. Assidu, déterminé à faire une croix sur son passé de camé et à retrouver sa famille, Ed ne peut se contenter du soutien de sa marraine, Myron, juif camé ancien alcoolique accro à l’essence qui envisage de changer de sexe. Le hasard va lui faire trouver la voie de la rédemption, lorsque, sous le coup de la colère, il tue son ancien dealer. Dorénavant, Ed combattra sa maladie et cherchera à fonder de nouveau un foyer heureux en buttant des revendeurs de crack avec l’aide de Natacha, son bull-terrier.

Premier roman de Michael Guinzburg, Envoie-moi au ciel, Scotty (Beam me up, Scotty en VO, phrase récurrente de Star Trek, lorsque le capitaine Kirk se fait téléporter, que se sont accaparés les crackés et qu’ils prononcent ici rituellement avant de fumer leur dose) est un bouquin dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est original.

Deadwood, Pete Dexter

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 19 Janvier 2012. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman

Deadwood, Folio Policier, 610 p. 1986, traduit de l’anglais (USA) par Martine Leroy-Battistelli, 9,10 € . Ecrivain(s): Pete Dexter Edition: Folio (Gallimard)

« Cet endroit se prête aux idées noires […]. Ici, rien n’est normal, même le temps. Nulle part, il n’y a d’orages pareils. Le jour de notre arrivée, on a vu deux hommes portant une tête humaine en pleine rue. […] Un Mexicain avec celle d’un Indien, et une crapule qui louchait et qui s’appelait Boone May, avec la tête du hors-la-loi Frank Towles. Tout homme intelligent est donc obligé de réfléchir aux choses de la mort… »

Avec Deadwood, aventurez-vous dans l’Ouest américain, le vrai. Celui des cow-boys, plutôt que des indiens, mais loin des clichés hollywoodiens. Le western auquel nous convie Pete Dexter n’a rien de très glamour. Ou bien, il est ultra réaliste, c’est selon.

Tous les personnages, à l’exception d’un seul (et peut-être le plus fou de tous), ont existé et on été présents à Deadwood dans les années 1870. On retrouve des noms rendus mythiques par le cinéma : Wild Bill Hicock, Calamity Jane. Mais sous un jour beaucoup moins flatteur. Ce ne sont que des pochards, des dégueulasses qui ne se lavent qu’une fois de temps en temps, et qui n’ont pas franchement le profil de héros sauvant la veuve et l’orphelin. Au contraire.