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Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


Les Larmes, Pascal Quignard (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 14 Septembre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Roman

. Ecrivain(s): Pascal Quignard Edition: Folio (Gallimard)

 

Le grand érudit latiniste, féru d’histoire romaine, grecque, franque, le romaniste averti se fait mémorialiste des temps carolingiens dans ce « roman », pétri d’histoire, de culture, de références, et d’invention de son lot. L’écriture, reconnaissable dès les premiers paragraphes, allie une poésie corsetée, une description ascétique des corps et des âmes, une vision « historique » par son lexique, ses exigences. Le phrasé est coupé court (il évoquera bien sûr dans son récit romanesque la « Cantilène de Sainte Eulalie » dont il fallut couper le cou puisque les flammes n’érodaient nullement son corps. De son cou s’éleva une colombe). On retrouve ce style si particulier que Terrasse à RomeCarusLes Escaliers de ChambordBoutèsAbîmesLes Solidarités mystérieusesLe Nom sur le bout de la langueLes Ombres errantesVilla AmaliaSur le jadis, dans des registres différents, ont mis en exergue.

Le règne de Charlemagne et de ses descendants directs (surtout deux petits-fils jumeaux non reconnus comme légitimes, fils de Bertha, sa fille, …) occupe l’espace temporel (des années 777 à 843 : l’occasion donnée à notre écrivain d’évoquer les séquences d’Eulalie, les fameux serments de Strasbourg, et cette Europe, déjà morcelée alors, toujours vaillante et déchirée).

Kronos, Witold Gombrowicz

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 05 Septembre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Biographie

Kronos, mai 2018, trad. polonais Malgorzata Smorag-Goldberg, 432 pages, 8,30 € . Ecrivain(s): Witold Gombrowicz Edition: Folio (Gallimard)

 

Madame Gombrowicz, pourquoi diable avez-vous exhumé de la malle secrète ce second journal intime écrit par votre mari, le célèbre écrivain polonais Witold Gombrowicz (1904-1969) ? Quel est l’intérêt de publier un document non seulement dépourvu de pulpe psychologique, philosophique ou introspective mais de surcroît se dispensant d’un minimum de construction littéraire ? Que ce journal est sec et désincarné ! Qu’il est triste et laid ! Qu’il est froid et bâclé ! Tel un reliquat de charogne calanchée depuis plusieurs jours, au détour d’un sentier gisant, il n’attire qu’une frêle horde de drosophiles vibrionnantes, perpétuant par habitude sur ce corps décomposé leur torpide harcèlement.

Que ressort-il donc de cette hideuse dépouille, de ce cadavre honni ? Que retenir de ce document prétendument sensationnel, à en croire les propos exaltés du préfacier Yann Moix : « Pour la première fois, on peut assister, en temps réel, aux effets du quotidien sur le génie gombrowiczien ».

Occupe-toi d’Amélie, Georges Feydeau

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 03 Septembre 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre

Occupe-toi d’Amélie, juin 2018, 576 pages, 4,85 € . Ecrivain(s): Georges Feydeau Edition: Folio (Gallimard)

 

Appelé par ses obligations militaires, Étienne confie à son meilleur ami, Marcel, le soin de veiller sur sa fiancée durant son mois d’absence : « Occupe-toi d’Amélie ! ». Sur la base de cette instance dont l’ambiguïté ne tardera pas à se révéler scabreuse, s’enclenche une intrigue complexe émaillée de rencontres impromptues, de rebondissements, de quiproquos et de cocasseries en tous genres.

Rien n’est simple dans la vie. Malgré tout, lassée de tant d’amertume et de désespoir, la fée veillant sur nous avec une désinvolture de baudet daigne parfois nous gratifier d’un coup de pouce salutaire, l’insigne pichenette du destin : Marcel, noceur désargenté, a l’occasion d’hériter d’une fortune colossale à condition qu’il se marie. Il profite donc de l’aubaine « Amélie » pour faire croire à son parrain qu’il est sur le point d’épouser celle-ci. Autour de ce conjungo fictif gravite une nuée de personnages secondaires, notamment un Prince slave aussi prodigue que concupiscent, courant la prétentaine, butinant tout ce qui papillonne autour de son sceptre. Ses appétits débordants le conduisent naturellement à convoiter avec une assiduité juvénile la belle et gracile Amélie, laquelle, loin d’être effarouchée, se montre particulièrement réceptive aux promesses de cadeaux dont le Prince la couvre.

Hommage à Philip Roth (6) : Ma vie d’homme

Ecrit par Thibaut Losfeld , le Jeudi, 05 Juillet 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Ma vie d’homme, trad. de l'américain par Georges Magnane, 471 p. 8,20 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Folio (Gallimard)

 

Brillant exorcisme


Après trois livres dans la veine burlesque ou satirique (Tricard Dixon et ses copains, Le grand roman américain, et Le Sein), Roth revient à l’inspiration qui a fait ses premiers succès (Goodbye, Colombus et surtout Portnoy et son complexe) : sa vie. Comment raconter son désastreux premier mariage sans sacrifier le pouvoir créateur de l’imagination ? Roth invente un alter-ego, Peter Tarnopol, jeune écrivain plein d’avenir, auteur d’un premier roman remarqué, confronté au même problème. Celui-ci y répond d’abord par la fiction. Et, incroyable mise en abyme, en se cachant lui aussi derrière un double nommé… Nathan Zuckerman ! (qui n’est pas inclus dans le cycle du même nom).

Hommage à Philip Roth (5) : Le rabaissement

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Juin 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Le rabaissement (The humbling), trad. de l'anglais (USA) par Marie-Claire Pasquier, décembre 2011, 122 p. 13,90 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Folio (Gallimard)

 

Un livre de Philip Roth n’est jamais un livre parmi ses autres livres. C’est un polygone de plus dans la toile tissée par le maître, une pièce de plus placée dans le puzzle – l’unique puzzle – bâti, pièce après pièce, depuis des décennies. Avec, comme tous les grands obsessionnels que sont toujours les grands écrivains, des thèmes récurrents, des « idées fixes » : ici, dans « le rabaissement », celui probablement qui domine l’œuvre de Roth, la boucle fatale du corps. Autour de l’Arc d’Héraclite : « l’Arc porte le nom de vie, mais son œuvre c’est la mort ».

Aussi « ne pas aimer » un livre de Roth, ou trouver – ça s’est lu à propos de « le rabaissement » - que « c’est un livre moins fort que les autres », c’est simplement passer à côté du projet, de la vie, de la passion littéraire de Roth. C’est aussi et surtout passer à côté de l’unicité d’une entreprise esthétique. Dans un tableau de maître, on ne trouve pas que le coin en bas à gauche est plus faible que le reste : le tableau est un discours indissociable, indivisible. Il en est de même de l’œuvre de Philip Roth : chaque élément constitue le sens esthétique de l’œuvre entière. Chaque élément est synecdoque.