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Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


La mélancolie de la résistance - László Krasznahorkai (partie 4 et fin) (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 03 Novembre 2020. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

La mélancolie de la résistance - László Krasznahorkai Traduction : Joëlle Dufeuilly Gallimard – 2006 – 400 pages – 24,50 euros

 

La mélancolie de la résistance


La mélancolie de la résistance irrigue les romans de Krasznahorkai, notamment par l'entremise de personnages ayant largué leurs amarres sociales et professionnelles (l'ancien docteur dans Tango de Satan, l'ancien archiviste dans Guerre & Guerre, l'ancien philosophe dans Le dernier loup). Elle se déploie ici par l'entremise de l'ancien professeur de musique Mr Eszter s'emmurant dans une « retraite stratégique face à la pitoyable stupidité de l'humanité », en vue d'échapper au « poids affligeant de la mesquinerie, de l'autosuffisance, des basses ambitions, sous lequel il avait lui-même failli crouler ». Cette résistance se concrétise par un repli solitaire, un rejet du mode d'existence conformiste ainsi que par une inertie désabusée :

La mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai (Partie 3) (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 20 Octobre 2020. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Pays de l'Est, Roman

La mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai, Gallimard, 2006, trad. hongrois, Joëlle Dufeuilly, 400 pages, 24,50 €

Le parlêtre moderne, orphelin d’une langue intime et tendre

Dans cette délicate édification, le langage tient une place prépondérante, en tant qu’il sert de ciment, de variable d’ajustement entre les « parlêtres », de tampon amortisseur pour les désirs inexaucés de l’enfant sommeillant en nous. Son étiolement ne peut être qu’une plaie pour la société. Deux personnages du roman de Krasznahorkai symbolisent l’appauvrissement langagier, illustré par la sloganisation s’appliquant à leur action : Mme Eszter, dont le mot d’ordre « cour balayée, maison rangée » préfigure les contours d’une hygiénocratie et d’une aseptisation des conditions de vie citoyenne. Suite à la razzia barbare, elle influence en sous-main un colonel de l’armée afin de constituer une commission d’enquête chargée d’éclaircir le déroulement des faits, confondre les instigateurs de ce carnage et réprimer sévèrement la horde de hors-la-loi ayant cette nuit-là « épuisé toutes leurs pulsions destructrices ». Cette harpie arriviste entend créer un ordre nouveau fondé sur une discipline inflexible, et aspire, à la faveur de la peur suscitée chez les habitants par les exactions barbares, à un contrôle et un dressage étroits des consciences, induisant implicitement une servilité plus ou moins volontaire de la masse, à l’instar du conditionnement hygiéniste et liberticide corrodant en ce moment même les démocraties et supposé contrer les effets d’un virus sorti de son trou, mais dénotant surtout une nouvelle fois un système malade dans lequel l’humain se précipite sur des expédients artificiels ou chimiques pour compenser une immunité naturelle dégradée par ses propres conditions d’existence.

Le Malade imaginaire, Molière (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 16 Octobre 2020. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre

Le Malade imaginaire, Molière, juillet 2020, 256 pages, 2,95 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Depuis la pandémie du Coronavirus de 2019-2020, le personnage d’Argan nous est devenu familier, avec ses craintes d’hypocondriaque concernant tous les aspects de sa santé. Heureusement, les danses et ballets qui introduisent chaque acte et cloturent la pièce, véritables petites scènes exotiques, le premier de ces intermèdes célébrant Louis XIV, contribuent à dédramatiser la thématique. La pièce a été conçue pour être jouée à la période du carnaval et relève de l’esthétique non seulement classique mais baroque, avec des divertissements costumés, chantés et dansés, qui font partie intégrante du spectacle et sont annoncés, pour les deux derniers d’entre eux, par l’un des personnages, Béralde.

La place des chants dans cette pièce est d’autant plus importante que Cléante se fait passer pour le maître de musique d’Angélique et que ceux-ci se livrent à l’acte II à un échange amoureux crypté, devant un public qui n’y voit goutte. Comme toujours, masque et travestissement, qui engendrent des procédés de double énonciation, sont infiniment plaisants pour le spectateur qui en sait davantage que les personnages dupés.

La solitude Caravage, Yannick Haenel (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 12 Octobre 2020. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Arts

La solitude Caravage, 336 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Yannick Haenel Edition: Folio (Gallimard)

 

Le Caravage ou la dernière des solitudes

Evoquer la figure du peintre Le Caravage revient à se heurter à beaucoup d’inconnues. Cet artiste fut d’ailleurs quasiment oublié pendant de longs siècles. C’est au milieu du XX° que l’historien de l’art Roberto Longhi a exhumé son œuvre et sa mémoire des tombeaux de l’histoire. Et c’est un cadavre auréolé de toute une légende qui va alors resurgir. Déjà, à son époque, on le considérait comme un « extravagant » ainsi que le jugeait l’un de ses mécènes le cardinal Del Monte. Et on ne cesse de le qualifier aujourd’hui comme un artiste maudit à l’instar de Villon, Sade ou Rimbaud, peut-être à tort. Il est vrai que c’est un peintre passionné, c’est le moins que l’on puisse dire, un être fiévreux, ombrageux, à la vie incandescente et au tempérament de flamme. Un esprit transgressif encore, frondeur, bagarreur et qui fut poursuivi dans les dernières années de sa courte vie pour un crime commis au cours d’une rixe. Une sorte de « bad boy » dans le XVI° siècle italien.

La mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai (Partie 2) (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 12 Octobre 2020. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Pays de l'Est, Roman

La mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai, trad. hongrois, Joëlle Dufeuilly

L’homme est plus qu’un loup pour l’homme

À travers cet épisode de chevauchée meurtrière, Krasznahorkai soulève en filigrane la question étiologique de l’agressivité humaine. Odette Thibault (1920-1987), maître de recherche au CNRS, indique que celle-ci fait partie de notre équipement instinctuel, de notre programme génétique et qu’elle est indéniablement plus prégnante chez le mâle que chez la femelle. La violence, le meurtre, le viol, le crime et la délinquance en général font prioritairement partie de la panoplie masculine et la testostérone ne serait pas étrangère à cette dissymétrie. Odette Thibault explique que « les pulsions primaires siègent dans les vieux cerveaux » (hypothalamus, système limbique), que « l’ablation d’une des régions du système limbique (l’amygdale) rend doux un animal agressif » et que « chez des femmes douces, la stimulation de l’amygdale augmente l’agressivité ».