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Folio (Gallimard)

Collection de poche des éditions Gallimard

 


Sundborn ou Les jours de lumière, Philippe Delerm

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 16 Avril 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Sundborn ou Les jours de lumière, (Le Rocher, Prix des libraires 1997), 174 pages . Ecrivain(s): Philippe Delerm Edition: Folio (Gallimard)

 

Ce roman se déroule entre l’Île de France (Grez-sur-Loing), le Danemark (Skagen) et la Suède (Sundborn). Il analyse la vie d’un groupe de peintres à la recherche d’un équilibre entre l’art, la vie et le bonheur. Ce roman se lit comme un tableau qui aurait exigé trente années de retouches. La première touche est sur la première page : Falun, le 24 janvier 1919 : Suzanne chantait encore et de longs pétales de neige tombaient sur les toits de Falun. Dernière touche à la dernière page : Paris, janvier 1919 : Soren eut le temps de peindre Le Feu de la Saint-Jean, juste avant de mourir. Puis la guerre arriva… L’histoire débute en 1884.

Les couleurs se suivent et donnent au roman un « esprit à la fête » : Lumière de tisane. Flèche de soleil. Longue robe bleu marine au col gaufré. Fontaine d’étoiles vertes. Maison d’ombre et de soleil. Roses trémières qui passent du rouge grenadine au rose thé. Nénuphars blancs, roses, jaunes. Etc.  Pas une page sans une couleur.

Grez-sur-Loing, bienheureuse commune : non loin de Barbizon, lieu des nostalgies proustiennes du narrateur, lieu des spectacles des artistes-peintres, lieu de décors effervescents.

Neige, Orhan Pamuk

Ecrit par Gaëlle Cauvin , le Lundi, 19 Mars 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Roman

Neige, Traduit du Turc par Jean-François Pérouse, 640 pages, 9,90 € . Ecrivain(s): Orhan Pamuk Edition: Folio (Gallimard)

 

Neige est le huitième roman d’Orhan Pamuk. C’est un road-movie aux confins de la Turquie, conçu sur les principes de la tragédie : unité de lieu, unité de temps et fatalité.

Il a pour lieu d’action la ville frontière de Kars, en Turquie orientale, où il semble qu’Arméniens, Russes, Ottomans et Turcs des débuts de la République, « qui avaient transformé la ville en un modeste centre de civilisation, s’en étaient allés ». Ville désertée, ville déchue, ville aussi coupée du reste du monde à cause des intempéries climatiques : des chutes de neige ont bloqué les routes, juste après l’arrivée en autocar d’un journaliste poète dont le lecteur suit les déplacements. Il vient d’Allemagne où il s’est réfugié pour des raisons professionnelles et politiques, mais douze ans plus tard, revient en Turquie, pour enquêter sur la vague de suicides de jeunes filles et jeunes femmes qui touche le pays et plus particulièrement la région de Kars. Toutes portaient le voile, toutes étaient malheureuses, mais ni l’islam ni le malheur ne suffisent à expliquer le phénomène.

Les lois du ciel, Grégoire Courtois

Ecrit par Louisiane C. Dor , le Mardi, 06 Février 2018. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres

Les lois du ciel, février 2018, 208 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Grégoire Courtois Edition: Folio (Gallimard)

 

On aurait tort de s’attendre à un roman ésotérique sur le christianisme ou la spiritualité. C’est sur un air de « Sa Majesté des mouches » que Grégoire Courtois livre un roman tragicomique aussi cynique qu’ingénieux.

C’est bientôt l’été, une dizaine d’élèves du cours préparatoire et leurs trois accompagnateurs font une sortie classe verte. C’est en forêt que la troupe atterrit, et, dès la première après-midi, quelque chose déjà laisse à penser que ce séjour va prendre une lugubre tournure. Tout aurait pu se dérouler normalement si l’un des jeunes enfants, Enzo, n’avait pas ce comportement dérangeant, ce regard. Ce regard, dont on ne sait trop déterminer s’il est celui d’un sociopathe ou simplement d’un enfant égaré, à qui l’on a trop peu – ou pas du tout – donné d’affection. Livrés à eux-mêmes en pleine forêt et en pleine nuit, les enfants sont traqués par Enzo, ainsi que par les ombres des arbres qui semblent leur courir après.

Le Gardien, Harold Pinter

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 18 Décembre 2017. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Théâtre

Le Gardien, novembre 2017, trad. anglais Philippe Djian, 240 pages, 7,20 € . Ecrivain(s): Harold Pinter Edition: Folio (Gallimard)

Harold Pinter ou l’art de l’ambiguïté

Tour à tour poète, romancier, comédien, opposant politique…, Harold Pinter (1930-2008), prix Nobel de littérature en 2005, se distingue au premier chef par son œuvre théâtrale. Le Gardien, une de ses pièces les plus célèbres, inspirée de sa propre expérience, fut représentée et publiée en 1960. Elle met en scène, entre réalisme et grotesque, un huis-clos déroutant entre trois hommes : Mike, le propriétaire d’une maison délabrée, son frère Aston, occupant de ladite maison, et Davies, un vieil homme sans domicile fixe qu’Aston accepte d’héberger.

Davies, fieffé parasite et raciste accompli, use de cautèle afin de gagner la confiance des deux frères et prolonger ainsi son séjour. Malgré la générosité initiale d’Aston et la volonté de Mike d’engager un gardien, Davies peine à s’entendre avec ces deux lascars et semble à tout moment menacé de rudoiement ou de renvoi. En effet, les obsessions, les bas instincts et la rigidité psychique de chacun des personnages l’emportent sur leur aspiration à l’harmonie et sur leur capacité d’adaptation. S’amorce alors une lutte d’influence et de territoire où s’ancre la défiance, chacun manœuvrant de manière à préserver son espace de sécurité. Le trait commun à ces trois énergumènes est leur instabilité velléitaire. Chacun porte en lui un projet précis sans cesse différé et dilué dans la médiocrité de leur quotidien.

L’oubli que nous serons, Héctor Abad

Ecrit par Nathalie de Courson , le Lundi, 11 Décembre 2017. , dans Folio (Gallimard), Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

L’oubli que nous serons, trad. espagnol (Colombie) Albert Bensoussan, 400 pages, 8,30€ . Ecrivain(s): Héctor Abad Edition: Folio (Gallimard)

 

L’année France-Colombie qui s’achève nous a permis de mieux connaître certains artistes et écrivains colombiens de grande valeur, dont Héctor Abad Faciolince, aussi sensible et chaleureux dans son œuvre romanesque que dans son contact avec le public. Le titre énigmatique de son livre autobiographique, L’Oubli que nous serons, provient d’un sonnet de Borges (1) trouvé dans la poche du père de l’auteur après son assassinat en 1987 à Medellín par une milice paramilitaire : « Nous voilà devenus l’oubli que nous serons ». Mais la dédicace du livre à deux amis survivants du père, et l’épigraphe du poète israélien Yehuda Amichaï dissipent un peu la mélancolie de ce titre en affirmant d’emblée la volonté de mémoire qui anime le livre :

Et pour l’amour de la mémoire

je porte sur mon visage le visage de mon père.

Comment construire un livre autour d’un père exceptionnel sans tomber dans la mièvrerie hagiographique ? se demande le narrateur.