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Arts

Des étoiles et des chiens, Thomas Vinau

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 23 Mai 2018. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Castor Astral

Des étoiles et des chiens, avril 2018, 208 pages, 15 € . Ecrivain(s): Thomas Vinau Edition: Le Castor Astral

« Que l’art ça sauve. Ça dit plus grand. Ça dit en face. Ça console. Ça transforme la brûlure en lumière. Un petit peu. Pas longtemps. Mais pour de vrai. Tellement pour de vrai que des fois c’est dur à supporter ».

Dans la lignée de 76 clochards célestes ou presque, Thomas Vinau dresse un bref portrait (une à trois pages) de 76 artistes écorchés, décalés, rebelles, l’ayant marqué, nourri ou consolé. L’auteur de La part des nuages et Le camp des autres restitue avec un lyrisme singulier leurs destinées tragiques, sublimes, imparfaites ou abîmées.

Entre le charme de l’effusion et de la foudre et la frustration du frôlement et de l’infime, cet écrivain français de 39 ans nous emporte sur son frêle esquif à la découverte d’artistes inconnus, méconnus ou célèbres tels que Amy Winehouse, Jim Harrison, Jacques Abeille, Henri Calet, Nick Flynn, Attila Jozsef, Cesare Pavese, Jean Rochefort, Carson McCullers, Jacques Higelin, Victor Hugo, Philippe Léotard, Vincent Gallo, Arno Schmidt, Amos Tutuola, Eugène Guillevic… Les mots de Thomas Vinau effleurent le parcours sinueux de ces écrivains, musiciens, peintres, acteurs ou dessinateurs telle une brise légère léchant la surface les feuilles à la fin de l’été.

Entre art des fous et art brut, La collection Sainte-Anne

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 14 Mai 2018. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Entre art des fous et art brut, La collection Sainte-Anne, Somogy éditions d’art, Musée d’Art et d’Histoire de l’hôpital Sainte-Anne, 2017, 160 pages, 240 illustrations, 22 €

 

Cet ouvrage est édité à l’occasion de deux expositions au musée d’Art et d’Histoire de l’hôpital Sainte-Anne – MAHHSA –, successives et complémentaires, qui se donnent à voir sous l’égide d’un très beau titre : Elle était une fois. Acte I : la Collection Sainte-Anne, les origines, présentée du 15 septembre au 26 novembre 2017, et Elle était une fois. Acte II : la Collection Sainte-Anne, autour de 1950, présentée du 30 novembre 2017 au 28 février 2018.

Pourquoi ces expositions ? Cette année, l’hôpital fête ses 150 ans. Voilà – saisie – l’occasion de retracer l’histoire de la Collection Sainte-Anne et de celle du MAHHSA.

Si les œuvres présentées peuvent, à l’instar du cheminement de pensée opéré par Jean Dubuffet, autant nous toucher, c’est parce qu’elles demeurent invariablement, pour qui choisit de les approcher avec son étonnement non pas d’enfant mais de vivant, « support de réflexion quant à l’identité [la dissolution ?] de l’homme qui s’engage dans un processus de création », quel que soit cet homme, qu’il soit défiguré ou non, de l’intérieur sans fond, par le soleil obscur de la maladie.

Frankentruc, Jeremy Banx

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mercredi, 18 Avril 2018. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bandes Dessinées

Frankentruc, Ed. Lunatique, janvier 2018, trad. Étienne Gomez, 136 pages, 16 € . Ecrivain(s): Jeremy Banx

 

A bon chat bon rat

Le docteur Frankenstein, ce génie qui a cloné le fromage à deux têtes, qui a inventé une main artificielle à deux pouces (pour se les tourner sans l’aide d’une seconde main), est bien ennuyé : le monstre dont le crâne est sommairement cousu qu’il a jadis enfanté s’ennuie après avoir passé des heures à confectionner des trolls en origami.

« Mon monstre a besoin d’un compagnon » se dit-il car Frankenstein n’est pas la moitié d’une buse. Mais où trouver de vieux débris dans tout le fourbi qui remplit son laboratoire, au milieu des rognures d’ongles de pieds et des globes oculaires qui flottent dans un seau rouillé ?

C’est alors qu’il aperçoit dans la gueule de son chat Igor, un horrible matou qu’il a dû ainsi nommer parce qu’il ressemble aux frères Bogdanov s’il n’y en avait qu’un seul, les restes pendouillant d’un rongeur non identifié, ni rat, ni gondin, ni musaraigne, ni rien de tout ça…

Sillons, Laura Tirandaz, Judith Bordas

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 11 Avril 2018. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Sillons, Aencrages & Co, coll. voix de chants, avril 2017 (pas de pagination), 18 € . Ecrivain(s): Laura Tirandaz, Judith Bordas

 

Les linogravures de Judith Bordas jouent de quelques couleurs (bleu délavé, lie de vin, orange, jaune…) pour matérialiser flou, personnages, empreintes sur une plage, avec un rendu proche des papiers peints.

Tissant texte et œuvre graphique, la maison d’édition, spécialisée en poésie, propose ici le travail en prose poétique de Laura Tirandaz, entre récit d’un œil ambulant, sensations naturalistes et descriptions d’un petit monde qui circule à l’heure des vacances, dans ce port non nommé, au bord de la Grande Bleue.

L’œil ethnographe enregistre tout : un homme réfugié sur le sable, des « pissotières », un marché qui se monte, la circulation de l’air, des gens, le ciel et ses « mouettes (qui) jouissent du spectacle », une mère et son enfant, le regard s’appuie, décèle, pointe, scrute, les étals, les mains, un retour au passé (par le biais d’une stèle commémorative « Morts en Algérie »). La prose, non ponctuée, sert excellemment le propos d’enregistrer au kilomètre, à la chaîne, les impressions, les rendus, quitte à réserver entre les lignes des motifs d’émotions.

Vie de David Hockney, Catherine Cusset

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 23 Mars 2018. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Gallimard

Vie de David Hockney, janvier 2018, 192 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Catherine Cusset Edition: Gallimard

 

« Peins ce qui compte pour toi », telle est la devise de David Hockney depuis que son ami du Collège royal Ron Kitay lui a donné cet excellent conseil, l’amenant à puiser son inspiration dans ses ressources intérieures au moins autant que dans le monde qui l’entoure. Ce qui caractérise David Hockney, c’est cette gourmandise, cet appétit de la vie qui l’étreint, cette curiosité, cette envie irrépressible de connaître et d’expérimenter. Au fond de lui bouillonne un tempérament passionné et rebelle qui le pousse à s’éloigner des sentiers battus, mais pas au point de refuser les témoignages de confiance, d’amour et de reconnaissance.

Expositions et rétrospectives s’enchaînent alors qu’il n’a pas atteint la quarantaine. Chance, hasard, heureux concours de circonstances, mais aussi travail acharné, énergie et puissance ? La carrière de David Hockney est semée de réussites : c’est le parti-pris de romancière de Catherine Cusset, qui rédige un éloge de l’artiste, en même temps qu’un roman historique contemporain, inspiré et nourri de ses nombreuses lectures et de visionnages de films, un roman dont elle réinvente les passages lacunaires et névralgiques, donne vie aux dialogues, décrit des scènes.