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Arts

L’empreinte du visible, Marie Alloy

Ecrit par Carole Darricarrère , le Mercredi, 04 Juillet 2018. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Al Manar

L’empreinte du visible, 2017, 148 pages, 25 € . Ecrivain(s): Marie Alloy Edition: Al Manar

 

« La peinture ne peut être ni actuelle ni inactuelle (…) inutile de vouloir situer sa propre recherche en fonction de la période contemporaine car le geste artistique précède la conscience temporelle et la dépasse par la force de sa propre nécessité ».

Marie Alloy est artiste peintre, graveur, essayiste, éditrice de poésie et de livres d’artistes, et une gardienne des quatre éléments en partage de rencontres qui « rêve de peindre des poèmes » et peint « de l’intérieur vers l’intérieur ». Elle participe de cette part souveraine qui roule inlassablement sa pierre de silence en direction du feu créateur, acte revivifiant du chaos de l’harmonie, rayon serviteur de l’ordre alchimique d’un univers-monde. En exergue, une citation de John Berger donne le ton du livre : « L’illusion moderne concernant la peinture, c’est que l’artiste est un créateur. Il est plutôt un récepteur. La création est l’acte par lequel il donne forme à ce qu’il a reçu ».

Sud, Didier Ben Loulou

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 20 Juin 2018. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Table Ronde, Voyages

Sud, mai 2018, 96 pages, 24 € . Ecrivain(s): Didier Ben Loulou Edition: La Table Ronde

 

Sous les latitudes du soleil

Ce beau livre de photographies, sans texte ni commentaire, a pour seuls référents des dates, des lieux, des localités ou des portraits. Il s’agit peut-être de perpétuation de mythes plutôt que d’images artificielles prises de l’objectif d’un appareil quelconque. Les êtres y sont partie prenante car nés de pierres qui s’effritent, corrodées par le soleil, le sel et le temps. Chez Didier Ben Loulou, la couleur porte en elle sa signification propre. La source lumineuse, irrégulière, vient de l’émission de plusieurs spectres, et il en résulte de fortes concentrations ombrées. La température des saisons se lit comme un paysage, celui du sud de notre planète. Le jaune en est la teinte-relais mais n’est pas non plus le chromatisme dominant ; cette couleur phare laisse la place à l’ambré, au blond, au safrané, à l’ocre, au fauve, au terreux et au rouge sang.

Soleil se mire dans l’eau, Philippe Thireau (Haïkus), Florence Daudé (Photographies)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 04 Juin 2018. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Z4 éditions

Soleil se mire dans l’eau, Philippe Thireau (Haïkus), Florence Daudé (Photographies), 2017, 141 pages, 36 € Edition: Z4 éditions

 

 

Poisson sautillant du cœur dans les herbes folles. Que les herbes folles du poème, « prisonnières » délivrées par le Langage, captent dans les « joyeux tourbillons » des saisons. Courts poèmes en capture, comme l’œil photographique en prise sur la « fraîcheur de l’instant ».

Le mouvement saisit d’emblée le réseau des photographies et se tisse dans les mailles des mots pour en faire surgir, comme des ronds dans l’eau, des reflets aux remuements calmes ou plus vifs accordés aux battements du cœur. Cœur qui bat, cœur qui s’ébroue, cœur-soleil ou de nénuphar qui pulse, cœur enfoui sous les eaux et qui saigne, cœur « battant chamade », cœur qui prend l’eau, et qui « surgît »

Des étoiles et des chiens, Thomas Vinau

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 23 Mai 2018. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Castor Astral

Des étoiles et des chiens, avril 2018, 208 pages, 15 € . Ecrivain(s): Thomas Vinau Edition: Le Castor Astral

« Que l’art ça sauve. Ça dit plus grand. Ça dit en face. Ça console. Ça transforme la brûlure en lumière. Un petit peu. Pas longtemps. Mais pour de vrai. Tellement pour de vrai que des fois c’est dur à supporter ».

Dans la lignée de 76 clochards célestes ou presque, Thomas Vinau dresse un bref portrait (une à trois pages) de 76 artistes écorchés, décalés, rebelles, l’ayant marqué, nourri ou consolé. L’auteur de La part des nuages et Le camp des autres restitue avec un lyrisme singulier leurs destinées tragiques, sublimes, imparfaites ou abîmées.

Entre le charme de l’effusion et de la foudre et la frustration du frôlement et de l’infime, cet écrivain français de 39 ans nous emporte sur son frêle esquif à la découverte d’artistes inconnus, méconnus ou célèbres tels que Amy Winehouse, Jim Harrison, Jacques Abeille, Henri Calet, Nick Flynn, Attila Jozsef, Cesare Pavese, Jean Rochefort, Carson McCullers, Jacques Higelin, Victor Hugo, Philippe Léotard, Vincent Gallo, Arno Schmidt, Amos Tutuola, Eugène Guillevic… Les mots de Thomas Vinau effleurent le parcours sinueux de ces écrivains, musiciens, peintres, acteurs ou dessinateurs telle une brise légère léchant la surface les feuilles à la fin de l’été.

Entre art des fous et art brut, La collection Sainte-Anne

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 14 Mai 2018. , dans Arts, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Entre art des fous et art brut, La collection Sainte-Anne, Somogy éditions d’art, Musée d’Art et d’Histoire de l’hôpital Sainte-Anne, 2017, 160 pages, 240 illustrations, 22 €

 

Cet ouvrage est édité à l’occasion de deux expositions au musée d’Art et d’Histoire de l’hôpital Sainte-Anne – MAHHSA –, successives et complémentaires, qui se donnent à voir sous l’égide d’un très beau titre : Elle était une fois. Acte I : la Collection Sainte-Anne, les origines, présentée du 15 septembre au 26 novembre 2017, et Elle était une fois. Acte II : la Collection Sainte-Anne, autour de 1950, présentée du 30 novembre 2017 au 28 février 2018.

Pourquoi ces expositions ? Cette année, l’hôpital fête ses 150 ans. Voilà – saisie – l’occasion de retracer l’histoire de la Collection Sainte-Anne et de celle du MAHHSA.

Si les œuvres présentées peuvent, à l’instar du cheminement de pensée opéré par Jean Dubuffet, autant nous toucher, c’est parce qu’elles demeurent invariablement, pour qui choisit de les approcher avec son étonnement non pas d’enfant mais de vivant, « support de réflexion quant à l’identité [la dissolution ?] de l’homme qui s’engage dans un processus de création », quel que soit cet homme, qu’il soit défiguré ou non, de l’intérieur sans fond, par le soleil obscur de la maladie.