Le premier roman d’Aatish Taseer (né en 1980) traduit en français, Itihasa, séduira les amoureux des littératures indiennes mais pareillement tous ceux que les questions d’origine, d’identité et de récupération identitaire préoccupent. Le titre est explicité à deux reprises (p. 26 et p. 291) : itihāsa est la contraction d’une formule sanskrite, iti-ha-āsa, signifiant « telles que furent les choses » ou « la façon dont les choses furent effectivement ». Elle désigne un genre poétique, dont le Mahābhārata et le Rāmāyana sont les modèles, que l’on rapprochera de nos épopées. Le titre anglais calque d’ailleurs ce syntagme : The Way Things Were. J’y reviendrai.
On repère deux personnages principaux, et deux temporalités. Skanda, dès l’incipit, étudiant en sanskrit à New York et qui a dépassé de quelques années la trentaine, apprend la mort de son père à Genève : Toby, éminent linguiste et sanskritiste, traducteur de littérature classique et raja du royaume d’opérette de Kalasuryaketu, lieu fictif comme le grand-duché de Gérolstein. Il se rend en Inde pour y rapatrier le corps du défunt et y accomplir les rites funéraires. Nous le suivons dans son périple et ses retrouvailles avec plusieurs membres de sa famille – à l’histoire compliquée comme toute famille romanesque qui se respecte !