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La Une Livres

Histoire de Dalila-la-Rouée, Les Mille et Une nuits (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 25 Août 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Pays arabes, Zulma, Contes, Cette semaine

Histoire de Dalila-la-Rouée, 4ème volume du Livre des Mille et Une nuits, trad. J. C. Mardrus, 176 p., éd. Zulma, juin 2026, 9,95€ Edition: Zulma

 

Schahrazade et Dalila


Dans le khalifat de Bagdad, Schahrazade, entre la 432ème et la 475ème nuit, invente un nouveau conte pour éloigner la sentence de mort prononcé par son époux, le sultan Shariar, et se tait dès l’apparition de l’aube - et ce, durant mille et une nuits. Dans la vieille ville irakienne, Dalila, rompue à la rouerie, arrive à tromper le petit peuple, les marchands et les puissants. Les oppositions sont fortes entre les « gros émoluments », une « vieille redoutable » en haillons, « la jeune épouse de l’émir (…) si belle ! et brillante comme un vrai trésor de tous les bijoux dont elle était ornée, et lumineuse comme une coupole de cristal des blancs habits de neige dont elle était vêtue ».

Lagons maudits, Quatre nouvelles de Livia Léri (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 24 Août 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Nouvelles, En Vitrine, Cette semaine

Lagons maudits / Quatre nouvelles de Livia Léri / Editions Le Pas de l’Homme / Mai 2026 / 58 pages / 12€


Le parfum amer des lointains

 

Les lointains ont toujours nourri de grandes rêveries. L’Occidental, engoncé dans un quotidien bien morne, un climat brumeux ou un environnement triste n’en finit pas de s’abandonner à une rêverie exotique. On comprend qu’il soit, à un moment de son parcours, taraudé par l’impérieuse envie de se détourner vers l’ailleurs, d’aller là-bas, mû par une forme de quête du bonheur. « Le quotidien fait le bourgeois » écrivait Henri Michaux. Et Dieu sait que l’on s’est « quotidianisé » (désolé pour ce néologisme) ou embourgeoisé ! L’idée de rejoindre des paysages, des sonorités ou des odeurs d’un monde d’ailleurs, pour fuir, oublier, découvrir, s’exalter est profondément inscrite en chacun, que l’on soit un simple quidam, un peintre de renom ou du dimanche, un écrivain, ou un poète. Nombre ont cédé à ce désir. Tout un imaginaire riche de rêves, de fantasmes, est né de cette envie mais aussi beaucoup de clichés et d'idées toutes faites.

Monts Mers et Géants, Alfred Döblin (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 20 Août 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Langue allemande, Roman, Gallimard, Cette semaine

Monts Mers et Géants, Alfred Döblin, traduit de l’allemand par Michel Vanoosthuyse, Gallimard/Du Monde Entier, septembre 2025, 608 pages, 26 € Edition: Gallimard

 

« Les gens de l’Est sur leur gigantesque et archaïque continent restaient cois. Les sombres masses asiatiques avaient pris livraison des machines ; c’était quelque chose d’insolite, qui courait sur eux comme une chenille. Ils laissèrent les appareils raffinés, les êtres de fer lourds et insensibles, ils ne touchaient pas leur cœur. Il y avait toujours parmi les centaines de millions d’individus des groupes à l’Ouest aspirant, attentifs et circonspects, les connaissances étrangères. À l’époque des générations les plus rigoureuses de maîtres, une troupe d’Asiatiques élus participa aux études interdites, fut mise en possession de matériaux et de modèles. L’Angleterre le tolérait parce qu’elle était pacifique et voulait se gagner les Asiatiques. En Asie les races se fanaient et s’épanouissaient ; à peine si les gens de l’Ouest avaient connaissance de leur état. Bombay Calcutta s’étaient débarrassées de leur visage européen. En Chine, de grandes villes européennes de naissance récente avaient été balayées ; les natifs habitaient vaquaient dans les ruines des Européens. Il n’avait pas été possible d’inoculer aux millions de Jaunes et Bruns des besoins occidentaux ; ils avaient pris les armes pour chasser les étrangers. De lentes approches, des négociations hésitantes avaient lieu avec la toujours soucieuse Londres. Quand à Bombay Lhassa Pékin Tokyo Kazan Tobolsk parut la commission envoyée à Londres, on était paré. Dans les capitales de l’Ouest on connaissait l’armement des Asiatiques ; on se croyait en avance. Il n’y avait finalement pas d’hésitation à avoir. Il fallait y aller. »

Si l’on choisit d’ouvrir cette critique de Monts Mers et Géants par la citation d’un paragraphe entier extrait du « Livre deuxième – La guerre Ouralienne », c’est pour deux raisons.

Ris amers, Jacques Cauda (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 20 Août 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Cette semaine

Ris amers, Jacques Cauda, (éd. Rafaël de Surtis) . Ecrivain(s): Jacques Cauda

 

Jacques Cauda est un artiste multiple -poète, romancier et peintre- dont l’écriture procède souvent par associations libres, images surprenantes, glissements de sens et rapprochements inattendus. Son œuvre cherche moins à délivrer un message qu’à créer un état de perception, une traversée mentale ou sensorielle.

Ris amers, publié aux éditions Rafaël de Surtis en 2026, dans la collection Un ciel désert, nous intrigue d’emblée par son titre : sont-ce les « rires amers » (jeu de sonorité) ? Est-ce de l’ironie, du sarcasme ou de la dérision ? Dans tous les cas, une tension entre jubilation et désenchantement nous tire par la manche. Nous apprenons rapidement que Ris amers fait écho à Larmes et Ris de son arrière-grand-père, Paul Stuart. Nous passons des « larmes » aux « amers », le déplacement est subtil mais significatif. Si les larmes appartiennent au registre sentimental, l’amer évoque le goût, la désillusion, mais aussi, au pluriel comme dans notre titre et dans le vocabulaire maritime, un point de repère pour le navigateur. Le titre devient ainsi plus ambigu, moins directement lyrique. Quant au texte, son style surfe sur les vagues d’amplitude d’ un post-surréalisme personnel.

Un pedigree, Patrick Modiano (par Frank Aïdan)

Ecrit par Frank Aïdan , le Mercredi, 19 Août 2026. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Folio (Gallimard), Cette semaine

Un pedigree de Patrick Modiano - 2005

Quand Modiano marchait sur les brisées de Simenon


Pour Gilles mon petit frère perdu le 12 mai 2024

Lorsqu’il publia Un pedigree en 2005, Patrick Modiano allait avoir soixante ans et était éloigné d’un peu moins de dix années de son prix Nobel de littérature qui lui serait décerné en 2014. L’on vit alors la référence à Pedigree publié en 1948 par Georges Simenon alors qu’il était âgé de quarante-cinq ans, et écrit après qu’on lui eut diagnostiqué en 1941 une très courte espérance de vie causée par des problèmes cardiaques (1). Mais l’on vit moins ou pas du tout que là où l’écrivain belge avait ôté tout article de son titre (Pedigree tout court un peu comme s’il ne pouvait s’agir que du sien), Modiano, lui, avait opté pour l’indétermination, l’indéfini de l’article « un » comme pour renvoyer au caractère commun de sa filiation. Il allait d’ailleurs encore plus loin que son titre à travers l’aveu suivant : « Je suis un chien qui fait semblant d’avoir un pedigree. Ma mère et mon père ne se rattachent à aucun milieu bien défini » (p. 13)(2).