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La Une Livres

Vie & opinions de Gottfried Gröll, Christophe Manon (par Ahmed Slama)

Ecrit par Ahmed Slama , le Jeudi, 08 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Vie & opinions de Gottfried Gröll, Dernier Télégramme, 2017, 120 pages, 13 € . Ecrivain(s): Christophe Manon


Gottfried Gröll, avec un nom pareil, on doit l’entendre venir, le Gottfried, et de loin. On le remarque en tout cas, en librairie, ce fut mon cas tout du moins, avec sa couverture, toute sobre, du noir ? Non à mieux y regarder du bleu, nuit, bel objet que nous offrent là, les éditions du Dernier Télégramme. On poursuit l’exploration, l’alternance des pages blanches et des noires jusqu’aux textes qui s’étalent sur une bonne centaine de pages. Avec ce rythme condensé, loin d’être engoncé. Onze vers – paraît qu’on appelle ça un onzain, ça désigne également une commune du Loir-et-Cher, mais ça n’a rien avoir avec le sujet – onze vers par onze vers donc, on avance dans les pages, dans Vie & opinions de Gottfried Gröll.

Le Syrien du septième étage, Fawaz Hussain (par Théo Ananissoh)

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mercredi, 07 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Le Serpent à plumes

Le Syrien du septième étage, septembre 2018, 231 pages, 18 € . Ecrivain(s): Fawaz Hussain Edition: Le Serpent à plumes

 

C’est double et réciproque, un pays ! Nous vivons en lui, et il existe à travers nous. Il nous contient, et nous le portons en nous. Il est un espace géographique, et aussi une somme immatérielle qui demeure en nous jusqu’à la mort. Cette dualité est une, en vérité. C’est juste pour parler clairement que nous distinguons. Des pays, dans l’histoire, ont été rayés pour ainsi dire de la carte du monde – la Pologne, je crois. Mais c’est un nom – un mot – qu’on a biffé ou cru biffer ; cette double existence que nous décrivons reste, encore plus fermement même dans l’âme meurtrie des natifs. Sous nos yeux, depuis trop d’années, la Syrie est saccagée. Meurtres de masse, destructions de villes et de monuments antiques, fuites de populations…

« Ma mère m’annonce une nouvelle qui me terrasse. Elle ne sait pas qui l’a fait, mais on a plastiqué notre unique pont, le seul point de passage qui restait entre les deux parties de la ville quand les pluies torrentielles ou la fonte des neiges sur les montagnes du nord causaient des crues incroyables et que le paisible fleuve quittait son lit. Elle continue sur sa lancée : on ne sait plus qui fait quoi, il lui semble que tout le monde veut la mort de tout le monde (…).

Loin de Douala, Max Lobe (par Grégoire Meschia)

Ecrit par Grégoire Meschia , le Mercredi, 07 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Afrique, Roman, Zoe

Loin de Douala, mars 2018, 176 pages, 16 € . Ecrivain(s): Max Lobe Edition: Zoe

Avec sa gouaille si particulière, Loin de Douala traite d’un phénomène de société. Il s’intéresse au cas des jeunes footballeurs qui rêvent de faire carrière dans un club européen et qui empruntent pour cela de dangereuses routes migratoires. Ils jouent gros et deviennent la plupart du temps les proies d’un système de traite bien ordonné. Cette situation est si répandue que les Camerounais lui ont donné un nom : faire « boza ».

Le thème choisi par Max Lobe est celui de la fugue d’un adolescent, qui rappelle le personnage d’Antoine Doinel dans Les Quatre Cents coups de Truffaut, mais plongé au cœur de l’actualité camerounaise.

Comme dans Confidences, son précédent roman, Max Lobe choisit la première personne du singulier pour faire ressentir l’intimité d’un pays, vécu de l’intérieur, avec ses réalités propres, ses manières de s’exprimer aussi. Jean, le narrateur, est le bon élève de la famille et le « choupi » de sa maman, adepte fanatique de l’église du Vrai Evangile. Son frère Roger a perdu avec la mort de son père son seul soutien dans la famille. Sa mère l’a toujours dénigré et roué de coups. La passion de Roger, c’est le football. Mais sa mère a toujours refusé qu’il emprunte cette voie. Il est donc réduit à fuguer et à chercher un chemin clandestin pour quitter un pays où rêver n’est pas possible.

Journal pauvre, Frédérique Germanaud (par Thierry Radière)

Ecrit par Thierry Radière , le Mercredi, 07 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Biographie, Récits

Journal pauvre, éditions La clé à molette, octobre 2018, 152 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Frédérique Germanaud

 

 

Frédérique Germanaud décide de prendre une année sabbatique sans traitement pour se consacrer exclusivement à l’écriture. De quoi alimenter un journal. Et c’est ce qu’elle s’emploie à faire dans Journal pauvre. Le livre commence en juillet 2015 et se termine en juin 2016. Il se divise donc en douze parties égales, correspondant chacune à un mois de l’année. Chapitre après chapitre, l’auteur y parle de sa vie dans ce qu’elle a de plus intérieure, physique, sentimentale, intellectuelle, professionnelle, sociale et politique :

« Ce long congé débute par une immense fatigue. La tension des derniers jours de travail, tombée d’un coup a laissé sous mes pieds un terrain glissant et mou sur lequel mon corps et mon esprit chutent sans que j’aie l’énergie de les retenir ».

L’Homme hors de lui, Valère Novarina (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 06 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Théâtre, P.O.L, Cette semaine

L’Homme hors de lui, septembre 2018, 160 pages, 014 € . Ecrivain(s): Valère Novarina Edition: P.O.L

 

Le nouveau drame de la vie

L’Homme hors de lui reprend la mise en abîme vertigineuse du travail et de la destinée de l’acteur dans la langue et sur la scène absurde, désordonnée du monde. Valère Novarina a décidé de publier ce drame au milieu d’une petite forêt de noms, en partie dérivée d’un « Nominaire » en constitution, pour créer un îlot théâtral cerné par le flot des noms qu’il a commencé et poursuit depuis des dizaines d’années. Fait pour le théâtre, ce texte – comme ceux de Beckett – nourrit tout autant le lecteur qui le lit hors du monde et en un voyage autour de sa chambre. Mais, et à l’inverse de ce que le titre indique, celui-là se retrouvera plus en lui par un flot verbal aussi drôle que cérémonial.

Novarina reste le magicien de la langue et il doit être toujours placé au sommet des littératures francophones. Il est celui qui nous interpelle : « Gens du réel, cessez de vous prendre pour des agents de la réalité ! ». Et pour nous secouer, un homme entre, déroule, scande une cosmogonie de mots qui convoque les brins d’herbe et les supermarchés, les chiffres de hasard et les jeux d’enfant, les pierres et les bêtes, la mort et la vie, le souffle de la parole.