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La Une Livres

Fièvre des polders, Henri Calet (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 26 Octobre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Fièvre des polders, novembre 2017, 200 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Henri Calet Edition: Gallimard

 

Troisième roman, publié la première fois en 1939, de l’auteur célébré de La Belle Lurette, des Grandes largeurs et de Le Tout sur le toutFièvre des polders est un tableau hallucinant de réalisme, planté en pleine Flandre, dans la région des polders, d’où le titre choisi par l’écrivain franco-belge, né d’un père parisien et d’une mère flamande, et qui passa son adolescence en Belgique occupée (il est né en 1904).

Ward Waterwind et sa famille, Nette, sa femme, ses enfants Odilia et Basilius, vivent de la bière que Ward fabrique, que sa femme sert à L’Ancre, estaminet parmi d’autres, dans une concurrence de tous les instants : il faut affronter ces autres cafés, Le Scaphandrier, par exemple, ou encore Le Perroquet, L’Ange, Le Transvaal…

Ward fait la tournée avec son cher cheval Jules pour servir ses clients en tonneaux, en bouteilles, ne se fait pas toujours payer, encourt bien sûr les reproches de Nette car il est plus porté à boire qu’à recueillir monnaie. Heureusement que l’estaminet lui est bien tenu par sa femme et sa fille…

Le testament de Dina, Herbjørg Wassmo (par Zoé Tisset)

Ecrit par Zoe Tisset , le Vendredi, 26 Octobre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Pays nordiques, Roman

Le testament de Dina, Editions Gaïa, septembre 2018, trad. norvégien Loup-Maëlle Besançon, 552 pages, 24 € . Ecrivain(s): Herbjørg Wassmo

 

Ce livre vous tient en haleine, il égaie la journée du lecteur car il sait qu’il a rendez-vous le soir avec Karna, jeune fille fragile dont la parole ou plutôt le silence et le corps sont devenus, pour une seule cérémonie, les lignes du testament de Dina sa grand-mère. Pour Karna alors, le monde de la réalité et celui onirique d’une grand-mère aventurière et féministe avant l’heure se sont confondus.

« Comment Johan, un adulte, un pasteur, avait-il pu ainsi exposer une enfant en lui demandant de confesser à l’église les crimes de sa grand-mère ? Ne comprenait-il pas qu’il y avait des limites à ce qu’une jeune personne était en mesure de supporter ? ».

Le lecteur est rapidement happé par l’histoire de cette famille aux prises avec la folie et la passion. Nous sommes dans une tragédie et chaque personnage est ancré dans une réalité qui le dépasse. Benjamin, le père de Karna, mais aussi le mari d’Anna qu’il a trahi mais qu’il aime, ne sait plus comment « réparer sa faute ».

L’île au trésor, Robert Louis Stevenson (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 25 Octobre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Roman, Aventures, Tristram

L’île au trésor (Treasure Island, 1883), septembre 2018, trad. anglais Jean-Jacques Greif, 302 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Robert Louis Stevenson Edition: Tristram

 

Quel bonheur littéraire plus grand que de relire L’île au trésor ? Il n’en est guère d’imaginable, surtout quand nos souvenirs de la première lecture sont rabotés, mis à neuf, vivifiés par la grâce d’une traduction qui est en fait une véritable rénovation du texte de Robert Louis Stevenson. La langue des gens de mer explose à chaque page, rendue dans sa crudité, ses sonorités râpeuses, sa poésie brute. Aussi, c’est avec une joie rageuse que l’on retrouve Jim Hawkins, Long John Silver et les silhouettes inoubliables qui ont peuplé notre jeunesse.

Robert Louis Stevenson écrivait là le modèle suprême du roman d’aventure. On y retrouve le thème essentiel de l’initiation d’un enfant à la vie, le dépaysement absolu, les méchants et les gentils, l’amitié et la traîtrise, la peur et le courage. Rappelez-vous la scène du tonneau sur le pont du navire : qui n’a pas tremblé avec Jim découvrant, terrifié, les plans funestes et meurtriers de Long John Silver et ses acolytes ? Qui n’a pas ri aux bordées de jurons de Cap’n, le perroquet de la cuisine du navire ? Qui n’a pas applaudi aux victoires de Jim, Smollett, le docteur et toute la bande ? En un mot, qui n’a pas rêvé ? Et ce rêve, est celui du souffle de la grande aventure, celui qui tient les adolescents les yeux ouverts.

Gardiens de lumière, Monique W. Labidoire (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 25 Octobre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Gardiens de lumière, éd. Alcyone, février 2017, Encre de Silvaine Arabo, 77 pages, 19 € . Ecrivain(s): Monique W. Labidoire

 

Alternant le jour et la nuit, l’ingestion de la nature et de subtiles évocations historiques, Monique distribue les rôles mêlant le recto du jour au verso de la nuit, la démarche se confondant en quelque chose d’encore différent : « L’entrée en finitude agresse les joies du jour, sa lumière, ses orages, ses nuages blancs et seule la nuit constellée d’étoiles réanime le frémissement ».

Du tableau d’origine émane peu à peu l’idée morale du jour et de ce que ne devrait pas être la nuit : « Et dit le poète : c’est à l’aube qu’on guillotine et qu’on mitraille comme si la nuit rejetait toute culpabilité d’actes barbares ». Le jour et la nuit se font complices, « riant sous cape de nos étonnements ».

On dit que la nuit tombe et que le jour se lève. Ne fait-on pas déjà de cette façon de la nuit une chute, un couperet ?

Des souris et des hommes, John Steinbeck (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 24 Octobre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Des souris et des hommes, trad. Maurice-Edgar Coindreau, 174 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): John Steinbeck

 

Ils vont, tous deux, sur les chemins d’une Amérique un peu fruste, encore sauvage. Le dégourdi et le dingo. De ferme en ferme, à la recherche d’un travail. En quête d’un peu de pèze comme ils disent. Les voilà près de Salinas en Californie, là où Steinbeck est né. Entre George et Lennie, les mots sont âpres, mais l’amitié est solide. Enracinée depuis l’enfance. Lennie le colosse aime caresser les souris, les chiots, les cheveux des femmes. Fasciné par tout ce qui est doux et soyeux. Ça le rassure, tel le contact avec un sein. Lennie n’a pas sa place dans ce monde. George le futé veille sur lui, le protège, le préserve du ressac extérieur, amortit ses bourdes, le canalise, le morigène. Lorsque, à bout, George menace de l’abandonner, Lennie panique. Mais jamais ces deux larrons ne se séparent.

Embauchés dans un ranch où Curley, fils du patron et mari jaloux, cherche des noises à Lennie, ils ébauchent des projets d’avenir. Ils rêvent, enterrent un instant leur misère. Ils rêvent de posséder leur propre ferme, ils rêvent de liberté, Lennie d’élever des lapins, de les soigner, de les caresser.