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L’herbe de fer, William Kennedy (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 14 Décembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Roman, Belfond

L’herbe de fer (Ironweed), novembre 2018, trad. Marie-Claire Pasquier (Prix Pulitzer, 1984), 283 pages, 18 € . Ecrivain(s): William Kennedy Edition: Belfond

 

Vagabondage

Le roman de William Kennedy (né en 1928 à Albany), L’herbe de fer, a été écrit en 1983, puis transposé en film par Hector Babenco en 1987 sous le titre français La force du destin. Le récit de L’herbe de fer (plante de la famille des tournesols) est raconté à l’imparfait, à la fois introspection mnémonique et journal d’errance. Dès le début du roman, en quelques lignes, une partie de l’histoire américaine est évoquée grâce aux noms des défunts aux consonances anglo-saxonnes, la quête oubliée des pionniers et l’invisibilité des Indiens cloîtrés dans des réserves, les différentes confessions religieuses présentes aux États-Unis, le base-ball, la ruralité, etc. Dans le cimetière en bordure de la ville, les tombes recouvrent « les restes mortels des riches », et les caveaux les plus somptueux côtoient les fosses communes – ce que l’auteur met en vis-à-vis (avec un humour grinçant) : « les coffres-forts de la banque céleste » avec plus loin « le déferlement des masses » ; une topologie d’Albany. Et tel Charon de passage, en transit dans les marais de l’Achéron, le protagoniste, Francis Phelan, revient au pays de son enfance, hanté par les restes de sa mémoire et celle de ses proches.

Les Séquestrés, Yanette Delétang-Tardif (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 13 Décembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Cette semaine

Les Séquestrés, L’Arbre Vengeur, 4ème trimestre 2017, 140 page, 13 € . Ecrivain(s): Yanette Delétang-Tardif

 

Si ce court roman – son auteure est surtout connue pour son œuvre poétique – n’est pas à proprement parler épistolaire, il n’en est pas moins scandé, structuré par des missives. Adressées à Gilbert par Barbara. Mais Gilbert ne sait pas qui est Barbara ; il ne l’a jamais vue, n’en a jamais entendu parler avant de recevoir sa première lettre. Elle se dit séquestrée par un homme, quelque part du côté de Quimper. Peu à peu, lettre à lettre, le trouble gagne Gilbert. Plus que le trouble, une fascination vénéneuse qui ressemble à l’amour fou.

Yanette Delétang-Tardif construit son roman sur le fondement même de la mythologie de l’amour en Occident. Il est le lien indestructible qui unit l’un à l’absent. Gilbert aime Fanny – jolie, intelligente, amoureuse de lui –, vient alors l’absente, l’impossible amour avec Barbara, celle qui est de l’autre côté de la parole écrite. A chaque lettre, Gilbert aime moins Fanny, fasciné par l’amour de celle qui n’est pas là, de celle dont il ne sait même pas si elle existe et, au cas où elle existerait, qui elle est. Au début les hypothèses défilent. Une folle ?

Les mots de tout au fond, Anouk Dunant Gonzenbach (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 13 Décembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Les mots de tout au fond, Éditions des Sables, septembre 2018, 110 pages . Ecrivain(s): Anouk Dunant Gonzenbach

 

« Ce vide à l’intérieur de moi

Il ne prend pas de la place à la place de, non,

Il est en plus, c’est nouveau

C’est en plus

Les lettres Absolu restent cassées, par terre

Elles ne sont pas la réponse

Enfin, je ne crois pas.

Ce vide,

Celui qui te dit qu’il y a autre chose » (p.42)

Écrire. Un caractère, Christiane Veschambre (par Nathalie de Courson)

Ecrit par Nathalie de Courson , le Jeudi, 13 Décembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Poésie

Écrire. Un caractère, éd. Isabelle Sauvage, février 2018, 72 pages, 14 € . Ecrivain(s): Christiane Veschambre

Dès les premières pages, ce livre très original va droit au cœur de ceux qui aiment écrire, ou plutôt qui se sentent animés par « Écrire », devenu un nom propre sous la plume de Christiane Veschambre.

Il ne s’agit ni d’un traité pour aspirants écrivains, ni d’un art poétique. Écrire s’impose comme un être vivant, sujet grammatical de la plupart des verbes, un « caractère », avec ses traits distinctifs.

Il est, pour commencer, un sale gosse qui n’en fait qu’à sa tête :

 

Écrire ne veut pas travailler.

Écrire nous travaille.

(…) Écrire voudrait ne rien foutre, que ce qu’il a envie de faire, quand il exige de le faire. On voit bien par là que c’est un enfant. Un petit anarchiste qui ne veut d’aucune contrainte – que les siennes.

La vérité attendra l’aurore, Akli Tadjer (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 13 Décembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Maghreb, Jean-Claude Lattès

La vérité attendra l’aurore, février 2018, 256 pages, 18 € . Ecrivain(s): Akli Tadjer Edition: Jean-Claude Lattès

 

La fiction est racontée par Mohammed, un quadragénaire solitaire qui passe son temps dans son atelier de menuisier-ébéniste quelque part à Paris. « En entrant dans le cinéma, je n’avais aucune idée de ce que me réservait l’avenir, en sortant je savais que je serais menuisier pour, comme Geppetto, créer la vie à partir d’un morceau de bois » (p.97).

Ses parents ont déjà disparu l’un après l’autre. Des deux, il préfère le père. « En quelques mois, mon père était passé du statut d’ancien colonisé à celui de nouvel immigré » (p.132).

Il y a un quart de siècle, son frère unique Lyes a disparu avant les parents lors de leur séjour au bled dans les années 1990 qui ont noyé l’Algérie dans le terrorisme. « À la radio, à la télé, dans les journaux, dans les bistrots, il n’était question que d’eux, les Combattants de l’Islam qui semaient la terreur… » (p.113). De retour de la plage, les deux frères ont été kidnappés par des terroristes ; seul Mohammad a pu s’échapper du maquis.