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L’amour est une géographie intérieure, Elysabeth Loos

Ecrit par Patrick Devaux , le Lundi, 26 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Nouvelles

L’amour est une géographie intérieure, éd. Le Coudrier, 2018, 121 pages, 16 € . Ecrivain(s): Elysabeth Loos

 

Qu’importent les situations de temps, de lieu ou d’action dans ce que l’auteur annonce comme étant « des carnets de deuil ».

Ecrits par à-coups, hoquets, comme pour gérer, à petites doses progressives, le choc, à moins que cela ne soit le contraire et que la série de textes courts ne résulte de la brutalité de l’évènement.

En tout cas, l’auteur conjure la cendre. Son amour se fait urne funéraire, dépositaire de souvenirs : « Mes mains ne cherchent pas à toucher, pas à sentir la masse. Le corps ne pèse rien. A peine le poids de la peine. Il n’est pas besoin de le peser ».

Le vide se remplit d’une présence placardée jusque dans les détails. Les lieux deviennent obsessionnels. L’alchimie fonctionne à restituer : « Dans les grimoires du temps, je refais ce qu’il a défait. Je bande sa chair calcinée ».

La personne et le sacré, Simone Weil

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 23 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Rivages poche

La personne et le sacré, avril 2017, préface de Giorgio Agamben, 96 pages, 6 € . Ecrivain(s): Simone Weil Edition: Rivages poche

 

Simone Weil, dans cet extraordinaire opuscule, nous fait d’abord comprendre que l’effort qu’elle attend de nous ne sera pas essentiellement d’intelligence :

« Un homme intelligent et fier de son intelligence ressemble à un condamné qui serait fier d’avoir une grande cellule » (p.67-8).

C’est ensuite qu’elle y dégomme, sans appel et périlleusement le cœur même de notre exigence occidentale d’humanité, les droits démocratiques de la personne humaine.

« Mettre dans la bouche des malheureux des mots qui appartiennent à la région moyenne des valeurs, tels que démocratie, droit ou personne, c’est leur faire un présent qui n’est susceptible de leur amener aucun bien et qui leur fait inévitablement beaucoup de mal » (p.60).

Elle laisse d’ailleurs aux malheureux peu de marge d’illusions utiles sur eux-mêmes :

Vie de David Hockney, Catherine Cusset

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 23 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Biographie, Gallimard, Arts

Vie de David Hockney, janvier 2018, 192 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Catherine Cusset Edition: Gallimard

 

« Peins ce qui compte pour toi », telle est la devise de David Hockney depuis que son ami du Collège royal Ron Kitay lui a donné cet excellent conseil, l’amenant à puiser son inspiration dans ses ressources intérieures au moins autant que dans le monde qui l’entoure. Ce qui caractérise David Hockney, c’est cette gourmandise, cet appétit de la vie qui l’étreint, cette curiosité, cette envie irrépressible de connaître et d’expérimenter. Au fond de lui bouillonne un tempérament passionné et rebelle qui le pousse à s’éloigner des sentiers battus, mais pas au point de refuser les témoignages de confiance, d’amour et de reconnaissance.

Expositions et rétrospectives s’enchaînent alors qu’il n’a pas atteint la quarantaine. Chance, hasard, heureux concours de circonstances, mais aussi travail acharné, énergie et puissance ? La carrière de David Hockney est semée de réussites : c’est le parti-pris de romancière de Catherine Cusset, qui rédige un éloge de l’artiste, en même temps qu’un roman historique contemporain, inspiré et nourri de ses nombreuses lectures et de visionnages de films, un roman dont elle réinvente les passages lacunaires et névralgiques, donne vie aux dialogues, décrit des scènes.

Dans l’Utérus du volcan, Andrea Genovese

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 23 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Editions Maurice Nadeau

Dans l’Utérus du volcan, janvier 2018, 220 pages, 19 € . Ecrivain(s): Andrea Genovese Edition: Editions Maurice Nadeau

 

Vanni, Sicilien d’origine établi à Lyon, est invité dans sa ville natale pour y recevoir le Grand Prix de Poésie Chrétienne qui lui a été décerné par le Parrain de la Mafia locale Lorenzo Ferella, lequel a créé ce prix, accompagné d’un chèque de dix millions de lires, en hommage à son père poète Gaetano Ferella, pour afficher le côté « respectable » et « cultivé » de son statut de notable.

Dès son arrivée, Vanni, qu’accompagne son épouse lyonnaise Louise, est pris à la fois dans la nasse de ses souvenirs d’enfance, dans la trame de ses relations avec sa famille et ses amis d’avant, et dans les mailles du réseau de Ferella, qui se débarrasse de sa splendide maîtresse Lillina dont il s’est lassé en l’envoyant au poète en guise de cadeau de bienvenue en supplément au prix de poésie. Dans le même temps, Roberto Meruli, un comparse du patron mafiosi, est chargé de sonder Vanni pour d’éventuelles « affaires » à monter dans la région lyonnaise.

Engrenage, Éric Orlov

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 23 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Olivier Morattel éditeur

Engrenage, mars 2018, 204 pages, 17 € . Ecrivain(s): Éric Orlov Edition: Olivier Morattel éditeur

« Il y a quelque chose dans le silence des vies, quelque chose dans les questions qu’on ne pose jamais à l’autre qui vous précipite dessous, dans cette matière noire, écrasante, dans le glissement aveugle des achées »

Laurence est une jeune femme belle, mariée, à qui tout réussit, vie amoureuse, vie professionnelle. Mais son bonheur vient à se faner peu à peu, à compter du jour où glissent, dans sa boîte à lettres, une à une, dans un mode algorithmique, des correspondances anonymes, au contenu mystérieux.

Qui est donc l’auteur(e) de ces lettres ? Laurence adore lire, la littérature a toujours été au cœur de son existence, la lecture est son exutoire : « Tous ces romans lus. Dévorés, engloutis, oubliés parfois. Cette vie par procuration, tandis qu’elle obtenait de bons résultats à l’école. Tandis que son chat était mort. Tandis qu’elle menait ses études avec sérieux. Tandis que sa mère était malade. Tandis qu’elle essuyait les méchancetés de son demi-frère. Toutes ces vies de papier qui l’appelaient. Tandis qu’elle tâchait d’être à l’heure. De ne froisser personne. D’effectuer ce qui lui était demandé au travail. […] Tandis qu’elle attendait son mari passant tant d’heures à aligner des chiffres absurdes loin de Paris plutôt que d’être auprès d’elle ».