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La Une Livres

Centre, Philippe Sollers

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 30 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Centre, mars 2018, 128 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Philippe Sollers Edition: Gallimard

 

« C’est maintenant l’œil du cyclone, le centre du tourbillon. Tout est d’un calme si extraordinaire que je n’ai plus rien à comprendre. Quelques phrases d’autrefois traînent encore, mais ne s’inscrivent pas, ma main les refuse. La seule vraie couleur est le blanc ».

Centre est un précieux roman écrit dans l’œil du cyclone, du centre du tourbillon contemporain. Un roman placé sous la protection d’étranges étrangers qui ont pour noms Freud et Lacan – Un juif athée, un catholique baroque, deux aventuriers de la vérité vraie –, et sous le regard complice de Nora, douée pour les langues et la psychanalyse, une voix vivante qui sait se taire quand il faut. Le narrateur sait de quoi il parle, il sait qu’écrire entraîne et engendre une résistance, que ses phrases font naître une vitalité, une joie profonde, et permettent de voir et d’entendre ce qui se joue, se noue et se dénoue sur un divan, qui est celui du Monde.

L’Homme Coquillage, Asli Erdogan

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 30 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Asie, Roman, Actes Sud

L’Homme Coquillage, mars 2018, trad. turc Julien Lapeyre de Cabanes, 208 p. 19,90 € . Ecrivain(s): Aslı Erdoğan Edition: Actes Sud

 

Premier ouvrage d’Asli Erdogan publié en 1993 en Turquie et enfin traduit en français, L’Homme Coquillage est un roman initiatique et psychologique d’inspiration autobiographique s’aventurant dans les mystérieux abysses intérieurs de « l’immense océan de la réalité », l’auteure tentant de « mettre en mots » leur « chanson infinie », d’en approcher la vérité. C’est l’histoire d’une « amitié miraculeuse » scellée sous les Tropiques « aux frontières de la vie et de la mort », d’un « amour profond, féroce et irréel », « aussi âpre que le terreau qui l’a vu naître ».

Brillante chercheuse en physique nucléaire, une jeune Turque de vingt-cinq ans – qui a aussi pratiqué la danse et, passionnée de littérature, écrit quelques nouvelles – a été invitée à une Université d’été aux Caraïbes. Cherchant à échapper dès qu’elle le peut au groupe de physiciens « pleins d’ambition et d’intelligence venus des quatre coins du monde », rassemblé dans un hôtel de luxe de l’île de Sainte-Croix, elle rencontre sur la plage un Noir au physique effrayant et au regard fascinant qui vend aux touristes ses coquillages rapportés du fond de l’océan. Une rencontre qui, dévoilant sa propre « part d’ombre et de sauvagerie », s’avérera fondatrice, la révélant à elle-même : « l’Homme Coquillage était mon oracle de Delphes, celui qui me poussait à me poser les bonnes questions et à trouver moi-même les réponses ».

Les sœurs de Fall River, Sarah Schmidt

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 29 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Océanie, Rivages

Les sœurs de Fall River (See What I Have Done), mars 2018, trad. anglais (Australie) Mathilde Bach, 445 pages, 23 € . Ecrivain(s): Sarah Schmidt Edition: Rivages

Voilà un premier roman maîtrisé de bout en bout, qui bâtit un univers glauque et étouffant, des personnages aussi improbables qu’exceptionnels, une narration fluide et forte superbement traduite par Mathilde Bach. Aucun lecteur n’échappera à l’emprise de ce roman tant la sobriété de l’écriture, la personnalité erratique et spectrale des sœurs Borden, rendent ce roman puissamment addictif. Oui, Sarah Schmidt signe un premier roman de haute volée.

Bien que prenant son point de départ dans un célèbre fait-divers*, cette œuvre n’est que peu une exofiction. Sarah Schmidt crée une fiction pure, éloignée de tout souci documentaire. Elle recrée un fait-divers en utilisant comme moteur narratif les pensées intérieures des protagonistes, donnant ainsi au récit une polyphonie macabre qui peu à peu nous mène à l’inexorable issue. Car s’il est un ingrédient qui constitue le fil directeur et la marque de ce roman, c’est une extrême tension, fondée sur la violence inouïe des rapports entre les personnages (TOUS les personnages, jamais il n’apparaît le moindre rapport d’affection ou de confiance !). Le meurtre des parents Borden pour ouvrir l’histoire, puis en alternant le jour d’avant/le jour d’après, la lente coulée de haine des parents entre eux, des parents et de leurs filles, des sœurs entre elles, de la domestique envers tous ses employeurs.

Lectures nouvelles du roman algérien, Charles Bonn

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Jeudi, 29 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Editions Classiques Garnier

Lectures nouvelles du roman algérien, 280 pages . Ecrivain(s): Charles Bonn Edition: Editions Classiques Garnier

 

Charles Bonn est pour tous ceux qui s’intéressent aux littératures maghrébines une des principales références. Après avoir enseigné en Algérie, il n’a cessé, durant quarante ans, de stimuler la recherche, d’encadrer des thèses, de publier sur ces littératures que l’on ne disait pas encore « émergentes ». Il a fondé et dirigé la revue Expressions maghrébines, créé et animé le site Limag.

Dans une vision encyclopédique, ce site rassemble les publications universitaires, les compte-rendu, les notices biographiques des auteurs, les multiples références de tout ce qui a trait à la région. Au terme de ce parcours, l’infatigable chercheur offre un volume qui se veut un récapitulatif de son itinéraire intellectuel à propos du roman algérien et, bien sûr, à travers lui, de son itinéraire personnel. La tonalité personnelle (qualifiée de « peut-être un peu narcissique », 10) inscrite au cœur de ses réflexions par ailleurs aussi fouillées que dans des ouvrages collectifs ordinaires fait toute l’originalité de ce livre. Charles Bonn se remet lui-même, avec lucidité et distance, dans les contextes qu’il a traversés et qui l’ont formé : 68 en France, la mémoire de la guerre d’Algérie, les années 70 en Algérie, la structure des champs littéraires dans chaque pays, le poids des idéologies, les attentes des étudiants et des lectorats, les grilles instaurées par les critiques français en vue, la rupture de l’islamisme.

Et mon luth constellé, Ariane Schréder

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mercredi, 28 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Héloïse D'Ormesson

Et mon luth constellé, janvier 2018, 253 pages, 18 € . Ecrivain(s): Ariane Schréder Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Iris est entrée dans la vie de Louise alors que celle-ci n’avait que dix ans. C’était dans son village des Pyrénées. Iris est arrivée un jour au volant d’une deux chevaux, s’est installée dans une mansarde au-dessus de la librairie du vieux Georges. Personnalité charismatique, attachante, affectivement accessible à la petite Louise qui vivait là entre ses parents, son frère et sa sœur, un chien et un chat. Une existence dans un endroit un peu morne, en vérité.

Une amitié vraie et forte, par-delà la différence d’âge, naît aussitôt entre elles.

« Nous deux bien au chaud dans la mansarde, assises sur le lit sous le plaid lavande que Luce m’avait forcée à lui apporter – je venais si souvent –, David Bowie royal entre nous, et le carré de ciel sombre de la fin de journée m’indiquant que bientôt j’allais devoir rentrer, à contrecœur. Et Iris, généreuse, courageuse, m’accompagnerait quand même, jusqu’au bout de la rue d’où elle pourrait me voir entrer dans la boutique, d’où je la quitterais à regret, d’un dernier signe de la main, et elle d’un baiser soufflé envoyé, alors moi aussi, baiser soufflé ».