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Sérotonine, Michel Houellebecq (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 09 Janvier 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Flammarion, Cette semaine

Sérotonine – 352 p. janvier 2019 – 22 € . Ecrivain(s): Michel Houellebecq Edition: Flammarion

 

On savait Houellebecq sombre et déprimé. Mais avec ce livre, il se situe au-delà de toute forme d’espérance. Il nous offre une traversée amère et terrible de notre monde, une sorte de symphonie funèbre à une humanité défunte. Houellebecq a toujours eu des échos romantiques, ici c’est le Winterreise de Schubert qui résonne, le Voyage d’Hiver. Des vers me viennent en mémoire, ceux d’un chant des gardes suisses de 1793 :

 

« Notre vie est un voyage

Dans l’hiver et dans la nuit

Nous cherchons notre passage

Dans ce ciel où rien ne luit ».

10 bonnes raisons de ne pas se faire sauter, Plantu (par Fanny Guyomard)

Ecrit par Fanny Guyomard , le Mercredi, 09 Janvier 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Seuil, Albums

10 bonnes raisons de ne pas se faire sauter, novembre 2018, 192 pages, 18 € . Ecrivain(s): Plantu Edition: Seuil

 

Plantu, connu pour ses dessins qui paraissent dans le quotidien Le Monde, revient en images sur l’actualité de l’année. Mais, prévient-il, « il s’agit d’un livre un peu différent des autres ». En effet, la première partie est dédiée à la question de l’islam en France, « démocratie fragilisée » et perturbée par des « malentendus » depuis les attentats de Charlie Hebdo en 2015. Difficile de parler religion ! Il offre alors un entretien avec un interlocuteur actif dans la lutte pour la tolérance et la réconciliation des religions : le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Sur une cinquantaine de pages, on aborde de nombreux thèmes comme le salafisme en France, le rôle du dessin de presse, la laïcité, le port des signes religieux ou encore le ramadan, le tout rythmé par les dessins de Plantu parus dans depuis 1977, preuve de la permanence du débat.

Plutôt qu’une interview, où le journaliste poserait des questions « neutres », Plantu fait le choix d’une conversation où il fait part de son expérience de dessinateur et donne son avis.

Lieux exemplaires, Flora Bonfanti (par Frédéric Aribit)

Ecrit par Frédéric Aribit , le Mercredi, 09 Janvier 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Lieux exemplaires, Editions Unes, septembre 2018, 75 pages, 16 € . Ecrivain(s): Flora Bonfanti

 

« Formuler une phrase, c’est allumer des torches, distribuer le feu en torches ».

Flora Bonfanti sait bien le feu qui n’en finit pas de couver dans les phrases. À mi-chemin entre l’étincelle de l’articulation originelle, et l’incendie qui embraserait tout le langage, il y a le rougeoiement des braises où naissent les premières flammes. Braises : celles de son Brésil d’origine sans doute, et de toutes ces langues qui parlent en elle comme autant de torches vives.

Les Lieux exemplaires qu’elle vient de publier se partagent en deux espaces distincts, deux textes exigeants qui interrogent pareillement poésie et philosophie ab initio, depuis ce moment où nommer le monde, c’est le faire advenir, et faire advenir en même temps un autre jeu d’équivalences qui renouvelle notre regard. Ceci est ou n’est pas cela : être, c’est toujours attribuer. D’où cette dimension fortement attributive de l’écriture de Flora Bonfanti, où s’ouvre la grammaire des possibles.

La vérité sur « Dix petits nègres », Pierre Bayard (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 09 Janvier 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Les éditions de Minuit

La vérité sur « Dix petits nègres », janvier 2019, 176 pages, 16 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

 

Un héros sans peur mais non sans reproche

Transformant la perspective qui accorde au seul auteur, lecteur ou critique le droit de parler des personnages, ici celui qui a commis le crime des Dix petits nègres d’Agathe Christie prend la parole.

Et ce pour une raison majeure : la romancière s’est trompée. Or, le personnage n’est pas de ceux qui veulent rester impunis. Il propose donc une enquête de l’enquête bâclée. Le criminel donne son avis « insoupçonnable » sur le texte dont il est objet. Tandis que tant le suspect se défile, à l’inverse celui-ci (ou celle-là) s’assume.

Ce livre de critique aussi ironique et surprenant se transforme comme le dit l’auteur en « roman policier ». Il se déroule en quatre temps : EnquêteContre-enquêteAveuglement, et Désaveuglement. Et le narrateur avant de quitter le livre donne son juste avis sur la victime, le meurtre et l’assassin (à savoir lui-même) en découvrant les nombreuses erreurs d’Agatha Christie, ses biais cognitifs et ses illusions d’optique.

Bacchantes, Céline Minard (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 08 Janvier 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Rivages, Cette semaine

Bacchantes, janvier 2019, 106 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Rivages

 

On peut, on doit, commencer en disant que ce court roman – plutôt une novella – est parfait. Parfait comme l’est le stupéfiant braquage qu’il raconte. Minard nous déploie une mécanique narrative dont l’économie et la maîtrise touchent à l’accomplissement absolu.

Un braquage donc, mais comme jamais vous n’en avez lu ni entendu. Trois femmes, tout droit sorties d’un film de Tarantino, ont réussi à pénétrer dans un bunker imprenable, une sorte de Fort Knox plein d’un or rouge et blanc : des centaines de milliers de bouteilles de vin, de flacons de légende, confiées pour longue garde à Coetzer qui a eu l’idée géniale de créer cette caverne hyper technologique à Hong Kong. Cette forteresse contient 350 millions de dollars de vin.

Et dans leur bunker, elles ont pris le pouvoir sur ceux de l’extérieur, policiers et propriétaires du lieu ! Elles tiennent en otages cent mille bouteilles mythiques et tous les « blaireaux » qui tremblent au-dehors. Elles « exécutent », en forme d’avertissement, quelques-unes de leurs « otages » millésimées, les explosent devant les caméras intérieures de surveillance pour mieux boucler encore leur emprise sur la situation.