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Collection de poche de la Martinière

Le pressentiment, Emmanuel Bove (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 30 Avril 2019. , dans Points, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le pressentiment, 160 pages, 7,30 € . Ecrivain(s): Emmanuel Bove Edition: Points

 

Vient un âge où l’on ne se fait plus guère d’illusions sur le monde, où les promesses d’avenir s’érigent en regrets amers, où l’on supporte péniblement l’existence, a fortiori les gens qui la traversent et la peuplent. Les miasmes délétères des contacts quotidiens laminent l’esprit, esquintent le cœur, altèrent la volonté. Est-ce cette langueur qui, à l’orée de la cinquantaine, frappe de plein fouet Charles Benesteau ? « Sans rancune ni amour violents », il quitte femme et enfants, abandonne son confort et son métier d’avocat, déménage dans un quartier miséreux de Paris. Ses proches n’en reviennent pas, ne comprennent pas sa décision, exigent une explication. Quelle est la raison de cette lubie, de ce décrochage, de cette fuite ?! Comment un homme si discret, si réservé, si convenable peut-il commettre une telle volte ? Souhaite-t-il couper des ponts, en finir avec ce cirque ? Souhaite-t-il tomber le masque, retrouver un peu d’authenticité, rompre avec la mesquinerie, la médiocrité, la tartufferie présidant au commerce humain ? : « Il trouvait le monde méchant. Personne n’était capable d’un mouvement de générosité. Il ne voyait autour de lui que des gens agissant comme s’ils devaient vivre éternellement, injustes, avares, flattant ceux qui pouvaient les servir, ignorant les autres ».

Pas pleurer, Lydie Salvayre (par Marianne Braux)

Ecrit par Marianne Braux , le Mercredi, 16 Janvier 2019. , dans Points, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Pas pleurer, 288 pages, 7,30 € . Ecrivain(s): Lydie Salvayre Edition: Points

 

Prix Goncourt 2014, Pas pleurerrevient après près de 80 ans sur la guerre civile espagnole, au travers de deux témoignages antithétiques offrant au lecteur une vue aussi nuancée qu’engagée d’un épisode important de l’Histoire européenne et de l’histoire familiale de Lydie Salvayre : d’un côté, le récit de Montse, la mère de la narratrice née en France de parents républicains ayant fui la guerre, qui en 36, lors du soulèvement libertaire mené par son frère à Lérima en Catalogne, connut le « plus bel été de sa vie » ; de l’autre, le témoignage déchiré de George Bernanos dans un ouvrage malheureusement trop peu lu, intitulé Les grands cimetières sous la lune, dans lequel l’écrivain catholique monarchiste résidant alors à Majorque dénonçait les exactions du camp nationaliste et la complicité de l’Eglise.

L’été radieux de ma mère, l’année lugubre de Bernanos dont le souvenir est resté planté dans sa mémoire comme un couteau à ouvrir les yeux. Deux scènes d’une même histoire, deux expériences, deux visions qui depuis quelques mois sont entrées dans mes nuits et mes jours, où, lentement, elles infusent.

Enfants des morts, Elfriede Jelinek (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 28 Novembre 2018. , dans Points, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman, Cette semaine

Enfants des morts, trad. Olivier Le Lay, 704 pages, 8,60 € . Ecrivain(s): Elfriede Jelinek Edition: Points


Massacre à la plume

Calmez-vous, miss Jelinek, étouffez un peu votre fiel sans quoi vous ne décrocherez jamais le Nobel. Comment ?! Vous l’avez déjà obtenu ?! En 2004 ! Comme quoi on peut ouvertement désespérer sans que le jury s’exaspère. Monsieur Houellebecq peut garder espoir, faudrait juste qu’il clope un peu moins, le lascar. En attendant, Shadok Jelinek décape, décape toujours, de sa dystopie sémantique jamais ne désempare.

Nul ne l’ignore, l’écrivaine autrichienne née en 1946 et perpétratrice éhontée de romans corrosifs ne fait pas dans la dentelle. Une criminelle plumitive d’envergure internationale. Réfractaire aux minauderies, elle a coutume d’inciser la plaie à vif. Avec Enfants des morts (1995), elle ne déroge pas à son savoir-faire, elle respecte à la lettre sa mélanographie enclenchée dans les années 70. Dans le cadre enchanteur des Alpes autrichiennes, au gré d’un gracieux phrasé, Jelinek dézingue à toute berzingue.

Nos richesses, Kaouther Adimi (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 20 Novembre 2018. , dans Points, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb

Nos richesses, septembre 2018, 192 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Points

Faire d’une vie d’éditeur un roman, c’est le projet que s’est donné cette jeune écrivaine de trente-deux printemps, née à Alger, vivant aujourd’hui à Paris. Alger n’est pas pour rien dans cette histoire puisque la capitale algérienne joue un grand rôle, elle est l’un des décors importants de cette aventure.

Edmond Charlot, né en 1915, décédé en 2004, fut dans les années trente et quarante une figure héroïque de l’édition à Alger. La librairie qu’il ouvrit devint un vivier de littérature et d’écrivains d’artistes, accueillis dans un mouchoir de poche, un local de quatre mètres sur sept, 2 bis, rue Charras. Camus, Armand Guibert, Jean Amrouche, entre autres, sont passés par cet étonnant lieu de culture, tenu à bout de bras par Charlot et une petite équipe.

Le roman recrée des épisodes de la vie de cet intellectuel rassembleur et passeur grâce aux « Carnets », en alternance ici avec l’aventure d’un jeune étudiant, Ryad, chargé en 2017 de déblayer la Librairie Charlot Les Vraies Richesses, de jeter les livres restants. Au grand dam d’Abdallah, « le dernier gardien des lieux ». La librairie a fermé depuis longtemps, nullement débarrassée. Elle est restée telle après les avanies du temps, quelques parcours agités. La figure de cet ancien, drapé de blanc, rappelle combien le livre était pour lui un trésor à conserver dans les meilleures conditions. Le temps va en décider autrement.

La Femme qui attendait, Andreï Makine

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 16 Mars 2018. , dans Points, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La Femme qui attendait, 214 pages, 6,50 € . Ecrivain(s): Andreï Makine Edition: Points

 

Sur le bord de la mer Blanche, à Mirnoïé, un village fantôme sibérien où ne vivent que des enfants, des femmes et des vieillards, perdu entre un lac et une forêt, sous le brouillard et la neige, une femme, Véra, attend, depuis trente ans, le retour de l’homme qu’elle aime, parti au front dans les derniers jours de la deuxième guerre mondiale.

Le narrateur, journaliste écrivain chasseur collecteur de traditions folkloriques en voie de disparition, désabusé du régime soviétique et fatigué de jouer, dans le cercle d’artistes qu’il fréquente, « l’occidental de paille », arrive, avec l’idée d’y passer quelques jours, dans ce lieu désolé, isolé, et, comme pris par les glaces, y séjourne, plus longtemps qu’il ne l’avait prévu, fasciné par l’étrangeté de l’endroit « gelé » dans l’espace et le temps, et par la beauté et le mystère de cette femme hors du commun dont, par déformation professionnelle, il cherche à connaître l’histoire et à mettre à nu la psychologie.