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Collection de poche de la Martinière

Dernières nouvelles du sud, Luis Sepulveda, Daniel Morzdinski (2ème recension)

Ecrit par Adrien Battini , le Lundi, 10 Juin 2013. , dans Points, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Nouvelles, Récits

Dernières Nouvelles du Sud, trad. esp. (Chili) Bertille Hausberg avril 2013, 208 pages, 6,30 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda et Daniel Mordzinski Edition: Points

 

Immense succès littéraire de l’an passé, sa sortie en format poche aux éditions Points est l’occasion de revenir sur ce petit bijou qu’est Dernières Nouvelles du Sud, fruit de la collaboration entre l’écrivain chilien Luis Sepulveda et du photographe argentin Daniel Morzdinski.

Pour être plus exact, ce recueil est le résultat d’un voyage en Patagonie effectué par les deux artistes sud-américains en 1996. Une pérégrination sans but, sans direction précise, dictée par l’envie de sillonner la partie méridionale du continent, de se laisser bercer par les paysages et par les rencontres. Les textes de Sepulveda, entre la nouvelle et le carnet de route, sont autant d’impressions concises sur certaines étapes de ce voyage libre de toute contrainte, et le moyen de rendre compte de cette partie sauvage de l’Argentine et du Chili. Excédant rarement la dizaine de pages, les différents chapitres s’arrêtent tour à tour sur les hommes et femmes de la Patagonie, sur les gardiens de sa mémoire et de ses paysages. Citant Cortazar, Sepulveda écrit que « chercher des histoires est une absurdité, car ce sont elles qui, tapies, cachées, attendent patiemment l’écrivain qui aura la mission de les écrire ».

Claustria, Régis Jauffret

Ecrit par Olivier Bleuez , le Vendredi, 03 Mai 2013. , dans Points, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Claustria, janvier 2013, 545 pages, 8,30 € . Ecrivain(s): Régis Jauffret Edition: Points

 

L’autrichien Josef Fritz, père de famille autoritaire et violent, a enfermé sa fille âgée de 18 ans dans une cave pendant 24 ans. Il lui a fait sept enfants dont trois ont été remontés de la cave et confiés à sa femme. Un des enfants est mort quelque temps après sa naissance, les trois autres sont restés dans la cave de leur naissance à leur libération… Voilà les faits dont s’est inspiré Régis Jauffret pour écrire ce livre. Il s’en est plus qu’inspiré, il s’est laissé aspiré par cette horreur, allant sur place, rencontrant des protagonistes plus ou moins proches du cœur de cette monstruosité. Régis Jauffret mélange ses investigations objectives avec des créations purement romanesques, mixant, mélangeant – on ne sait pas très bien d’ailleurs – les choses avérées avec l’imagination pure. C’est ce qui rend paradoxalement ce livre lisible : Régis Jauffret a été bouleversé par cette affaire, et la réalité de celle-ci vient ébranler ce qu’il en pense, revient sans cesse troubler l’écriture purement imaginative.

« Le sauna est vide. Il a fait trente degrés toute la journée. Avec cette chaleur vous auriez préféré aller faire plutôt quelques brasses dans la piscine, mais je prends souvent des décisions absurdes.

Tais-toi je t'en prie, Raymond Carver

Ecrit par Benjamin Cerulli , le Mercredi, 01 Mai 2013. , dans Points, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Nouvelles

Tais-toi je t’en prie, traduit de l’anglais par François Lasquin, Points, février 2013, 317 p. . Ecrivain(s): Raymond Carver Edition: Points

 

Selon Schopenhauer, « l’existence est un pendule qui oscille entre la souffrance et l’ennui ». Une tournure que J.K. Huysmans reprend dans A vau-l’eau pour qualifier son monsieur Folantin, antihéros naturaliste par excellence, et qui s’appliquerait parfaitement à l’esthétique de Raymond Carver. Tais-toi, je t’en prie, ce sont des personnages qui tournent en rond, et qui pensent, et qui ruminent, et qui s’allument une cigarette, et qui ne s’arrêtent pas de tourner en rond, de penser, de ruminer, et qui fument encore. Tais-toi, je t’en prie c’est une boursoufflure de la vie. Tais-toi, je t’en prie, c’est un souffle rance dans l’oreille. C’est un rot dans une brasserie.

Raymond Carver s’inscrit dans une grande tradition de la littérature américaine du vingtième siècle. Entre Fante et Bukowski, il nous jette dans le flot de ces existences perdues, celles de ces laissés pour compte de l’Oregon, ou d’ailleurs. C’est la vie sans artifice qu’il dépeint à travers ces vingt-et-une nouvelles, par le biais d’une écriture sobre, humble, sans épanchement, ni ornement. Une prose qui semble écrasée par le poids de la vie et l’usure du temps. Une plume sans la prétention de l’écrivain, qui nous fait ressentir plus que jamais que c’est un homme qui parle, qui pense, qui rumine, et qui s’allume une cigarette, et qui écrit ce qu’il se passe sous ses yeux.

L'éternité n'est pas si longue, Fanny Chiarello

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 26 Avril 2013. , dans Points, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

L'éternité n'est pas si longue, réédition points 2013, 295 p. . Ecrivain(s): Fanny Chiarello Edition: Points

 

L'éternité est plus rapide qu'elle ne l'exprime. Fanny Chiarello en a commis une démonstration. Si l'on court vers la fin, on peut trouver un sens à la vie. « C'est peut-être ça, le sens de la vie, retrouver le silence, ou peut-être pas, de toute façon ce ne sera bientôt plus mon problème. Ce ne sera plus un problème pour personne. » A quoi bon mourir ? Est la question qui traverse ce récit. Nihiliste ? La tentation est grande.

Tout entière tendue vers un présent-futur, cette courte éternité raisonne et fait résonner l'actualité. Acutalité pas très gaie. Pas triste pour autant. Une planète étouffe. Une pandémie virale sévit. Les individus portent des masques. Une jeune femme miraculée se pose des questions existentielles. Se cloitre avec des amis devant un écran qui émet de la neige électronique. Elle subit et nous subissons avec elle. A quoi bon le passé ? A quoi bon l'histoire ? A quoi bon le roman ? Prouesse quasi oulipienne de l'auteur : éliminer de l'écriture tout passé simple. Cela donne une présence, des états en désordre, des réflexions philosophiques directes et crues, des immédiatetés.

Paris à vue d'oeil, Henri-Cartier Bresson

Ecrit par Romain Vénier , le Jeudi, 14 Février 2013. , dans Points, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Arts

Paris à vue d’œil, 255 pages, 8 € . Ecrivain(s): Henri Cartier-Bresson Edition: Points

 

« Auteur : Henri Cartier-Bresson ». Oui : auteur des photos. Hormis une courte introduction du photographe, un petit texte d’analyse de Vera Feyder, trois pages de l’ami André Pieyre de Mandiargues et un paragraphe en guise de remerciements du photographe à nouveau, pas de littérature ici. Le noir et blanc seul avec ses légendes (lieu lorsqu’il est connu et date de chaque cliché), et il ne reste plus au lecteur qu’à goûter les images les yeux écarquillés.

A l’origine, les photos ont été montrées lors d’une exposition au musée Carnavalet (musée d’histoire de la ville de Paris) en 1984. Toutes ? non, la sélection du catalogue initial de l’exposition a été augmentée d’inédits. Oh, on retrouvera bien les photographies incontournables qui ont contribué à la célébrité de Cartier-Bresson, et qui font presque partie de l’imaginaire collectif (comme ce gamin avec ses deux bouteilles de rouge sous le bras, un grand sourire éclairant son visage). On en verra bien d’autres tout aussi évocatrices.