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Collection de poche de la Martinière

Tais-toi je t'en prie, Raymond Carver

Ecrit par Benjamin Cerulli , le Mercredi, 01 Mai 2013. , dans Points, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Nouvelles

Tais-toi je t’en prie, traduit de l’anglais par François Lasquin, Points, février 2013, 317 p. . Ecrivain(s): Raymond Carver Edition: Points

 

Selon Schopenhauer, « l’existence est un pendule qui oscille entre la souffrance et l’ennui ». Une tournure que J.K. Huysmans reprend dans A vau-l’eau pour qualifier son monsieur Folantin, antihéros naturaliste par excellence, et qui s’appliquerait parfaitement à l’esthétique de Raymond Carver. Tais-toi, je t’en prie, ce sont des personnages qui tournent en rond, et qui pensent, et qui ruminent, et qui s’allument une cigarette, et qui ne s’arrêtent pas de tourner en rond, de penser, de ruminer, et qui fument encore. Tais-toi, je t’en prie c’est une boursoufflure de la vie. Tais-toi, je t’en prie, c’est un souffle rance dans l’oreille. C’est un rot dans une brasserie.

Raymond Carver s’inscrit dans une grande tradition de la littérature américaine du vingtième siècle. Entre Fante et Bukowski, il nous jette dans le flot de ces existences perdues, celles de ces laissés pour compte de l’Oregon, ou d’ailleurs. C’est la vie sans artifice qu’il dépeint à travers ces vingt-et-une nouvelles, par le biais d’une écriture sobre, humble, sans épanchement, ni ornement. Une prose qui semble écrasée par le poids de la vie et l’usure du temps. Une plume sans la prétention de l’écrivain, qui nous fait ressentir plus que jamais que c’est un homme qui parle, qui pense, qui rumine, et qui s’allume une cigarette, et qui écrit ce qu’il se passe sous ses yeux.

L'éternité n'est pas si longue, Fanny Chiarello

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 26 Avril 2013. , dans Points, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

L'éternité n'est pas si longue, réédition points 2013, 295 p. . Ecrivain(s): Fanny Chiarello Edition: Points

 

L'éternité est plus rapide qu'elle ne l'exprime. Fanny Chiarello en a commis une démonstration. Si l'on court vers la fin, on peut trouver un sens à la vie. « C'est peut-être ça, le sens de la vie, retrouver le silence, ou peut-être pas, de toute façon ce ne sera bientôt plus mon problème. Ce ne sera plus un problème pour personne. » A quoi bon mourir ? Est la question qui traverse ce récit. Nihiliste ? La tentation est grande.

Tout entière tendue vers un présent-futur, cette courte éternité raisonne et fait résonner l'actualité. Acutalité pas très gaie. Pas triste pour autant. Une planète étouffe. Une pandémie virale sévit. Les individus portent des masques. Une jeune femme miraculée se pose des questions existentielles. Se cloitre avec des amis devant un écran qui émet de la neige électronique. Elle subit et nous subissons avec elle. A quoi bon le passé ? A quoi bon l'histoire ? A quoi bon le roman ? Prouesse quasi oulipienne de l'auteur : éliminer de l'écriture tout passé simple. Cela donne une présence, des états en désordre, des réflexions philosophiques directes et crues, des immédiatetés.

Paris à vue d'oeil, Henri-Cartier Bresson

Ecrit par Romain Vénier , le Jeudi, 14 Février 2013. , dans Points, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Arts

Paris à vue d’œil, 255 pages, 8 € . Ecrivain(s): Henri Cartier-Bresson Edition: Points

 

« Auteur : Henri Cartier-Bresson ». Oui : auteur des photos. Hormis une courte introduction du photographe, un petit texte d’analyse de Vera Feyder, trois pages de l’ami André Pieyre de Mandiargues et un paragraphe en guise de remerciements du photographe à nouveau, pas de littérature ici. Le noir et blanc seul avec ses légendes (lieu lorsqu’il est connu et date de chaque cliché), et il ne reste plus au lecteur qu’à goûter les images les yeux écarquillés.

A l’origine, les photos ont été montrées lors d’une exposition au musée Carnavalet (musée d’histoire de la ville de Paris) en 1984. Toutes ? non, la sélection du catalogue initial de l’exposition a été augmentée d’inédits. Oh, on retrouvera bien les photographies incontournables qui ont contribué à la célébrité de Cartier-Bresson, et qui font presque partie de l’imaginaire collectif (comme ce gamin avec ses deux bouteilles de rouge sous le bras, un grand sourire éclairant son visage). On en verra bien d’autres tout aussi évocatrices.

Du sang sur l'autel, Thomas H. Cook

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 22 Septembre 2012. , dans Points, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA

Du sang sur l’autel (Tabernacle, 1983), trad. (USA) Madeleine Charvet, Seuil, Points Policier, septembre 2012, 467 p. 7,90 € . Ecrivain(s): Thomas H. Cook Edition: Points

 

C’est la réédition (avec une traduction revue) d’un roman de 1983 et paru en France en 1985, à la Série Noire, que nous proposent aujourd’hui les éditions du Seuil, en format poche. C’est que Thomas H. Cook, malgré des romans assez marquants édités en France entre les années 1980 et le début des années 2000 (Les rues de feu ou encore Interrogatoire), n’a commencé à connaître un véritable succès critique et public chez nous que depuis quelques années.

Pourtant, Du sang sur l’autel, troisième roman de l’auteur, vient nous montrer que le talent n’attend pas forcément le nombre des années et que Cook, au début des années 1980, se révélait déjà être un auteur singulier de romans noirs.

C’est à Salt Lake City que Thomas H. Cook ancre l’action de son roman. Là, un homme perpètre une série de meurtres qui mettent la ville en émoi. Si la première victime, une prostituée noire, ne semble pas intéresser plus que ça la police à l’exception de Tom Jackson, un enquêteur originaire de New York, les suivantes, un journaliste et deux membres éminents de l’Église mormone, mettent la communauté sens dessus dessous.

Nos ancêtres les Gaulois, Jean-Louis Brunaux

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 30 Juillet 2012. , dans Points, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

Nos ancêtres les Gaulois. 327 p. 9 €. Points Histoire. Juin 2012. . Ecrivain(s): Jean-Louis Brunaux Edition: Points

 

« Nos ancêtres les Gaulois… ». Que voilà une phrase que tous les Français, jeunes et moins jeunes ont entendu. La plupart, d’ailleurs l’ont entendu en dehors de l’école même si, de fait, c’est bel et bien à un cours d’histoire que l’on serait tenté de la rattacher. Mais les leçons d’histoire de la Troisième République ont laissé des traces. Tout comme Astérix, d’ailleurs. Faisant des Gaulois un élément de notre imaginaire collectif, un lieu de mémoire tel que pensé par Pierre Nora, plus qu’un véritable objet  d’Histoire pour le Français moyen. De là un certain nombre de stéréotypes entrés avec forces dans notre mémoire collective : des grands blonds vêtus de braies, combattants rugueux, vivant dans des huttes au milieu des forêts où ils chassent le sanglier entre l’érection de deux menhirs et ne craignant qu’une chose : que le ciel leur tombe sur la tête.

 

Ce sont ces idées reçues que Jean-Louis Brunaux propose de revisiter à la lumière des textes antiques et des sources archéologiques les plus récentes, nous permettant de découvrir une Gaule parfois proche, parfois éloignée, de ces stéréotypes.