Identification

Points

 

Collection de poche de la Martinière

La Route, Cormac McCarthy

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 07 Janvier 2014. , dans Points, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

La route, roman traduit de l’anglais (USA) par François Hirsch, 2009, 253 pages, 6,80 € . Ecrivain(s): Cormac McCarthy Edition: Points

 

C’est un livre comme on en voit peu, dans une vie


Morceaux choisis :

« Le petit était assis et vacillait. L’homme l’observait de peur qu’il ne bascule dans les flammes. Du pied il dégagea des emplacements dans le sable pour les hanches et les épaules du petit à l’endroit où il allait dormir et il s’assit en le tenant contre lui, ébouriffant ses cheveux pour les faire sécher près du feu. Tout cela comme une antique bénédiction. Ainsi soit-il. Évoque les formes. Quand tu n’as rien d’autre construis des cérémonies à partir de rien et anime-les de ton souffle ».

« Il retourna dans les bois et s’agenouilla à côté de son père. Il était enveloppé dans une couverture comme l’homme l’avait promis et le petit ne le découvrit pas mais il s’assit à côté de lui et se mit à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Il pleura longtemps. Je te parlerai tous les jours, chuchotait-il. Et je n’oublierai pas. Quoi qu’il arrive. Puis il se releva et fit demi-tour et retourna sur la route ».

Fragments, Marilyn Monroe

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 02 Décembre 2013. , dans Points, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Poésie, Nouvelles

Fragments, édité par Stanley Buchthal et Bernard Comment, traduit (USA) par Tiphaine Samoyault, postface de Antonio Tabucchi, 269 p. 12 € . Ecrivain(s): Marilyn Monroe Edition: Points

 

Fragments réunit les inédits de Marilyn Monroe, textes écrits entre 1943 et 1962. Le titre de l’ensemble est bien choisi, pour ce qui est de l’essentiel de l’ouvrage. Sont en effet photographiées et reproduites des notes écrites « çà et là », – puisqu’il s’agit tout aussi bien de feuillets arrachés, de billets, d’enveloppes ou encore de pages de répertoire. Et ces notes ont, la plupart du temps, une allure fragmentaire, semblant grignotées par le silence, le mépris de soi, la peur, grandissante, monstre de peur.

Car, si l’on peut se poser la question de l’intérêt qu’il y a à réunir ainsi des fragments et à leur donner la forme – fallacieuse eu égard à leur origine et à leur élan – du livre, cette question cesse aussitôt d’insuffler son rythme dans la conscience lorsque l’on prend en considération la façon qu’ont ces écrits, si lapidaires soient-ils, de jeter une lumière – forte, crue – sur la personnalité de Marilyn Monroe, ces fragments relevant « aussi bien de la confidence, de l’observation, de l’automotivation, de l’introspection que d’un volontarisme tantôt pratique et quotidien, tantôt disciplinaire ».

Dernières nouvelles du sud, Luis Sepulveda, Daniel Morzdinski (2ème recension)

Ecrit par Adrien Battini , le Lundi, 10 Juin 2013. , dans Points, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Nouvelles, Récits

Dernières Nouvelles du Sud, trad. esp. (Chili) Bertille Hausberg avril 2013, 208 pages, 6,30 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda et Daniel Mordzinski Edition: Points

 

Immense succès littéraire de l’an passé, sa sortie en format poche aux éditions Points est l’occasion de revenir sur ce petit bijou qu’est Dernières Nouvelles du Sud, fruit de la collaboration entre l’écrivain chilien Luis Sepulveda et du photographe argentin Daniel Morzdinski.

Pour être plus exact, ce recueil est le résultat d’un voyage en Patagonie effectué par les deux artistes sud-américains en 1996. Une pérégrination sans but, sans direction précise, dictée par l’envie de sillonner la partie méridionale du continent, de se laisser bercer par les paysages et par les rencontres. Les textes de Sepulveda, entre la nouvelle et le carnet de route, sont autant d’impressions concises sur certaines étapes de ce voyage libre de toute contrainte, et le moyen de rendre compte de cette partie sauvage de l’Argentine et du Chili. Excédant rarement la dizaine de pages, les différents chapitres s’arrêtent tour à tour sur les hommes et femmes de la Patagonie, sur les gardiens de sa mémoire et de ses paysages. Citant Cortazar, Sepulveda écrit que « chercher des histoires est une absurdité, car ce sont elles qui, tapies, cachées, attendent patiemment l’écrivain qui aura la mission de les écrire ».

Claustria, Régis Jauffret

Ecrit par Olivier Bleuez , le Vendredi, 03 Mai 2013. , dans Points, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Claustria, janvier 2013, 545 pages, 8,30 € . Ecrivain(s): Régis Jauffret Edition: Points

 

L’autrichien Josef Fritz, père de famille autoritaire et violent, a enfermé sa fille âgée de 18 ans dans une cave pendant 24 ans. Il lui a fait sept enfants dont trois ont été remontés de la cave et confiés à sa femme. Un des enfants est mort quelque temps après sa naissance, les trois autres sont restés dans la cave de leur naissance à leur libération… Voilà les faits dont s’est inspiré Régis Jauffret pour écrire ce livre. Il s’en est plus qu’inspiré, il s’est laissé aspiré par cette horreur, allant sur place, rencontrant des protagonistes plus ou moins proches du cœur de cette monstruosité. Régis Jauffret mélange ses investigations objectives avec des créations purement romanesques, mixant, mélangeant – on ne sait pas très bien d’ailleurs – les choses avérées avec l’imagination pure. C’est ce qui rend paradoxalement ce livre lisible : Régis Jauffret a été bouleversé par cette affaire, et la réalité de celle-ci vient ébranler ce qu’il en pense, revient sans cesse troubler l’écriture purement imaginative.

« Le sauna est vide. Il a fait trente degrés toute la journée. Avec cette chaleur vous auriez préféré aller faire plutôt quelques brasses dans la piscine, mais je prends souvent des décisions absurdes.

Tais-toi je t'en prie, Raymond Carver

Ecrit par Benjamin Cerulli , le Mercredi, 01 Mai 2013. , dans Points, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Nouvelles

Tais-toi je t’en prie, traduit de l’anglais par François Lasquin, Points, février 2013, 317 p. . Ecrivain(s): Raymond Carver Edition: Points

 

Selon Schopenhauer, « l’existence est un pendule qui oscille entre la souffrance et l’ennui ». Une tournure que J.K. Huysmans reprend dans A vau-l’eau pour qualifier son monsieur Folantin, antihéros naturaliste par excellence, et qui s’appliquerait parfaitement à l’esthétique de Raymond Carver. Tais-toi, je t’en prie, ce sont des personnages qui tournent en rond, et qui pensent, et qui ruminent, et qui s’allument une cigarette, et qui ne s’arrêtent pas de tourner en rond, de penser, de ruminer, et qui fument encore. Tais-toi, je t’en prie c’est une boursoufflure de la vie. Tais-toi, je t’en prie, c’est un souffle rance dans l’oreille. C’est un rot dans une brasserie.

Raymond Carver s’inscrit dans une grande tradition de la littérature américaine du vingtième siècle. Entre Fante et Bukowski, il nous jette dans le flot de ces existences perdues, celles de ces laissés pour compte de l’Oregon, ou d’ailleurs. C’est la vie sans artifice qu’il dépeint à travers ces vingt-et-une nouvelles, par le biais d’une écriture sobre, humble, sans épanchement, ni ornement. Une prose qui semble écrasée par le poids de la vie et l’usure du temps. Une plume sans la prétention de l’écrivain, qui nous fait ressentir plus que jamais que c’est un homme qui parle, qui pense, qui rumine, et qui s’allume une cigarette, et qui écrit ce qu’il se passe sous ses yeux.