Identification

Points

 

Collection de poche de la Martinière

La Vie volée de Jun Do, Adam Johnson

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 17 Décembre 2015. , dans Points, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

La Vie volée de Jun Do, septembre 2015, trad. de l’anglais (USA) par Antoine Cazé, 696 pages, 8,95 € . Ecrivain(s): Adam Johnson Edition: Points

 

S’il est, en 2015, un Etat qui éveille les phantasmes les plus divers, c’est bien la Corée du Nord. Ce pays est tellement secret et autarcique que, dans le roman World War Z par exemple, la question se pose de savoir si ses vingt-cinq millions d’habitants sont toujours humains ou tous zombifiés dans les tunnels traversant le pays, puisqu’il est impossible d’obtenir la moindre information en provenance de Pyongyang. Quant à James Bond, il y a effectué un séjour des plus déplaisants durant Meurs un Autre Jour. Et nul doute que les références à cet état-voyou, pour reprendre la terminologie états-unienne, doivent pulluler dans nombre de récits d’espionnage, télévisuels, cinématographiques ou romanesques. Mais ce qui intrigue le plus avec la Corée du Nord, c’est ce mélange entre le sérieux, voire l’inquiétant (surtout pour son voisin du Sud), et le grand-guignolesque (même si l’information fut démentie : tuer un ministre à coup de canon, vraiment ?). Kim Jong-Il lui-même a tout du monarque fou, un rien Robert Mugabe, un rien Staline, tout dans l’outrance, avec une capacité fabuleuse à (se) mentir. Bref, ce pays possède toutes les qualités requises pour faire l’objet d’un grand roman ; Adam Johnson (1967) l’a écrit, il s’intitule La Vie Volée de Jun Do et a même valu à son auteur le Prix Pulitzer pour la fiction.

Poèmes Épars, Rainer Maria Rilke

Ecrit par AK Afferez , le Mardi, 15 Décembre 2015. , dans Points, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Poésie

Poèmes Épars, septembre 2015, trad. Philippe Jaccottet, 220 pages, 7,90€ . Ecrivain(s): Rainer Maria Rilke Edition: Points

 

À la suite d’événements tragiques, on peut avoir tendance à se replonger dans la lecture de certains auteurs qui ont su prendre toute la mesure de notre humanité – et parmi eux, en premier plan, figure certainement Rilke, dont la justesse des mots et l’acuité de la vision ouvrent l’esprit à lui-même.

Ce nouveau recueil bilingue réunit des poèmes écrits dans les vingt dernières années de la vie de l’écrivain (1907-1926). Philippe Jaccottet en est le traducteur, et il n’y a décidément pas meilleure oreille pour nous offrir l’œuvre rilkienne dans toute sa nuance (même si, lorsqu’il s’agit de parler du poète et non plus de le traduire, la plume de Jaccottet se fait quelque peu verbeuse, comme dans la préface, court essai rédigé au départ pour un numéro du Magazine Littéraire consacré justement à Rilke en 1993). Nous est dévoilée ici une traduction organique, empreinte de l’imaginaire et du vocabulaire rilkiens, à tel point qu’on oublie – parfois, pas toujours – qu’il s’agit de poèmes traduits, que la langue de départ n’est pas le français.

Retour à Little Wing, Nickolas Butler

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 14 Décembre 2015. , dans Points, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Retour à Little Wing, août 2015, traduit de l’anglais (USA) par Mireille Vignol, 384 pages, 7,95 € . Ecrivain(s): Nickolas Butler Edition: Points

 

Il y a des romans sur la musique, des romans qui parlent de musique, il y a des romans dont certaines pages font penser à de la musique (je pense au formidable Human Punk de John King), puis il y a des romans, beaucoup plus rares, qui sont tout à fait en phase avec un certain type de musique. C’est le cas de Retour à Little Wing, le premier roman de Nickolas Butler (1979) : avec le personnage de Lee, c’est tout un pan de l’americana musicale, de Bruce Springsteen à Damien Jurado en passant par John Cougar Mellencamp, qui fait son entrée en littérature. Non seulement ses chansons traitent de sujets populaires au sens premier de l’adjectif : qui appartient au peuple, mais sa façon de voir les choses depuis son premier album, Shotgun Lovesongs (le titre original du roman, soit dit en passant), n’a changé en rien malgré le succès, et on l’imagine volontiers écoutant en boucle Nebraska ou The Ghost of Tom Joad, pris dans l’intemporalité de la vraie vie et y puisant son inspiration : « Ici, le temps s’écoule lentement, divisé en moments à savourer, comme de délicieuses parts de dessert : mariages, naissances, réussites aux examens, inaugurations, funérailles. Rien ne change beaucoup, en général ». Il y a le personnage de Lee, donc, mais il y a surtout ce que raconte ce roman.

Fonds Perdus, Thomas Pynchon

Ecrit par Didier Smal , le Samedi, 12 Décembre 2015. , dans Points, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Fonds Perdus, trad. de l’anglais (USA) par Nicolas Richard, août 2015, 624 pages, 8,8 € . Ecrivain(s): Thomas Pynchon Edition: Points

 

Thomas Pynchon (1937) est un auteur exigeant, du moins ses romans le sont-ils : on n’entre pas dans V. (1963) ou Vineland (1990) en dilettante, en voulant juste passer un bon moment de lecture. En effet, le lecteur distrait a tôt fait de se perdre dans la foule des personnages, dans les digressions post-modernes de l’auteur ou dans son art consommé de soulever les voiles de l’Amérique et faire contempler ses dessous, version complotiste et parfois compliquiste. Mais la maîtrise dont fait preuve Pynchon leur permet toujours, à l’auteur et au lecteur, de retomber sur leurs pattes narratives – d’autant que l’humour, le décalage incongru dans toute sa splendeur, est souvent au rendez-vous.

Ces caractéristiques sont présentes dans Fonds Perdus (2013), mais la complexité en moins. Peut-être est-ce dû au fait que ce roman est avant tout un roman d’enquête, placé sous le signe d’une citation éclairante de Donald E. Westlake (New York en tant que personnage dans une enquête policière ne serait pas le détective, ne serait pas l’assassin. Ce serait le suspect énigmatique qui sait ce qui s’est vraiment passé mais n’a pas l’intention de le raconter), mais ce roman est parmi les plus lisibles pour le néophyte parmi ceux de Pynchon.

Tsili, Aharon Appelfeld

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 06 Novembre 2015. , dans Points, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Moyen Orient

Tsili, août 2015, traduit de l’hébreu par Arlette Pierrot, 160 pages, 5,60 € . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: Points

 

Publié pour la première fois en 1982, Tsili, quatorzième livre de l’Israëlien Aharon Appelfeld (1932), connaît une nouvelle jeunesse en édition de poche due à une adaptation cinématographique signée Amos Gitai. Pour celui qui n’a jamais fréquenté l’œuvre d’Appelfeld, mais qui s’entend régulièrement dire qu’elle gagne à l’être, fréquentée, ce bref roman peut sembler une porte d’entrée idéale. Dont acte.

Tsili, c’est le nom de la jeune fille héroïne des quelque cent soixante pages de ce roman qui s’apparente à une longue nouvelle. Elle a douze ans en 1942, au moment où sa famille quitte son domicile, le laissant à sa garde, suite au durcissement de la répression anti-juive dans la partie de l’Europe centrale où vit Tsili. Celle-ci est donc abandonnée à son sort (ce qui paraît hautement improbable – mais c’est peut-être lié à l’aspect « conte » évoqué ci-après), et doit survivre dans la nature, comme le fit Appelfeld lui-même durant son adolescence et pour les mêmes raisons, à ceci près que la jeune femme se présente partout comme une « fille de Maria », appellation dont on a tôt fait de comprendre qu’elle désigne une prostituée, ce qui lui vaut des accueils mitigés.