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L'amour sans le faire, Serge Joncour

12.09.12 dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Roman, Flammarion

L’Amour sans le faire, 22 août 2012, 320 p. 19 €

Ecrivain(s): Serge Joncour Edition: Flammarion

L'amour sans le faire, Serge Joncour

 

« Ne pas avoir d’enfant, c’était se condamner à rester l’enfant de ses parents ».

Franck, fils d’agriculteurs, n’est pas revenu chez ses parents depuis dix ans. Lorsqu’il téléphone pour annoncer son arrivée, c’est un petit garçon qui décroche, et qui dit s’appeler Alexandre, comme le frère de Franck décédé accidentellement. De Paris, Franck prend le train sans bien savoir ce qu’il va trouver à la ferme.

En parallèle, Louise, mère célibataire, s’apprête à retrouver son fils pour une semaine de vacances. En fin d’après-midi, elle prend la route.

« A la campagne on le sait, celui qui a goûté à la ville, il est foutu, celui qui a goûté à la ville, il ne reviendra pas » (page 29).

« A Paris on est apprécié à la mesure de l’intérêt qu’on représente, d’où l’urgence de s’en donner » (page 30).

Dans la première partie de L’Amour sans le faire, les préparatifs et les départs de Franck et Louise sont deux fils qui s’entrecroisent, et que Serge Joncour tire doucement. Dans la seconde partie, les deux fils se mêlent, s’emmêlent, les trajectoires individuelles s’entrechoquent et, dans une ferme désertée par les parents de Franck, où plane comme un spectre l’absence du frère disparu, commence une curieuse vie à trois pour Franck, Louise et le jeune Alexandre.

« On croit avoir des préoccupations très différentes de celles de ses parents, et finalement c’est bien plus profond que ça » (page 218).

« Dans l’amour il y a bien plus que la personne qu’on aime, il y a cette part de soi-même qu’elle nous renvoie, cette haute idée que l’autre se fait de nous et qui nous porte » (page 49).

La prose de Serge Joncour, qui est doublement sous les feux de la rampe en cette rentrée littéraire (son roman L’idole est devenu le film Superstar sorti fin août), est longue et lente. Sa plume hésite parfois, comme pour mieux révéler l’incertitude des rapports humains et la difficulté à les dépeindre. Un art dans lequel, malgré tout, il excelle, livrant un tableau touchant de vérité de deux êtres avançant sur la pointe des pieds sur le chemin d’un amour qui oscille entre tendresse et attachement.

« Ne pas pouvoir s’aimer, c’est peut-être encore plus fort que de s’aimer vraiment, peut-être vaut-il mieux s’en tenir à ça, à cette très haute idée qu’on se fait de l’autre sans tout en connaître » (page 221).

« S’ils faisaient l’amour il savait qu’ils ne pourraient plus jamais se revoir, en revanche, pour se voir pour toujours, il leur suffirait de ne jamais s’aimer » (page 279).

Sensible et lumineux, L’Amour sans le faire est un très bel hommage rendu au milieu agricole, à ses habitudes tenaces, et sa philosophie discutable, à sa vie au rythme de la nature, ainsi qu’une ode à la simplicité, à l’émerveillement et à cette possibilité, offerte mais trop souvent oubliée, pour tisser des liens qui soient solides : prendre son temps.

 

Sophie Adriansen


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A propos de l'écrivain

Serge Joncour

 

Serge Joncour est l’auteur de dix livres parmi lesquels UV, L’idole, Combien de fois je t’aime, L’Homme qui ne savait pas dire non, et L’Amour sans le faire. Tous ses romans sont traduits en quinze langues.