Identification

Ah, Emma Reel (entrevue virtuelle avec Emma Reel)

Ecrit par Didier Bazy 21.03.12 dans Entretiens, seuil.com, La Une Livres

(version e-pub iBooks), date de parution 05/01/2012, Romans français (H.C.), (4 pages qui se déploient en N-1 pages…), seuil.com, 7.99 €

Ecrivain(s): Emma Reel Edition: seuil.com

Ah, Emma Reel (entrevue virtuelle avec Emma Reel)

Vidéo de l’éditeur :

http://www.dailymotion.com/video/xnqc2a_ah-emma-reel_creation


Entrevue virtuelle avec Emma Réel


1. Le Seuil vous présente : « le net est votre terrain de jeu ». La toile, c’est tout et n’importe quoi. Votre blog est vide. Seriez-vous la « Fernanda Pessoa » de l’édition numérique ?


Je ne comprends pas du tout votre question ?! J’ai plusieurs blogs, avec du contenu, mais certains sont sous mot de passe. Cela raconte assez bien comment j’ai composé mon livre, né véritablement d’un jeu de pistes virtuel, où certaines pages n’étaient accessibles qu’en en connaissant (ou en devinant) les mots de passe, et en suivant des fils de liens avec patience : il y avait environ une douzaine de sites reliés entre eux.

2. Qu’est-ce que « lire » aujourd’hui ? Surfer, naviguer, hasarder ses yeux, prendre le temps ? mille lectures possibles pour ah. Ah point. Pourquoi ce titre ? Un titre, ça ah son importance. Est-ce une « œuvre ouverte » qui renvoie à Foucault, Eco, Deleuze and co ? Ne craignez-vous pas que des critiques chagrins imaginent que cet « ovni littéraire » (terme ridicule) ait pour but de « faire un coup » ?


Plusieurs questions en une seule, qui ne me semblent pas coexister au même niveau, donc je les sépare.

Disons, il me semble qu’aujourd’hui plusieurs modes de lecture coexistent, que je qualifierais, pour ne prendre que deux d’entre eux, de lecture linéaire et de lecture hypertexte. Le format de Ah. a complètement évacué le format de lecture linéaire, ce qui n’était pas une obligation (un sommaire existe normalement pour tous les ePubs).

Ensuite, la lecture hypertexte peut se penser en format fermé, ce qui est le cas de mon œuvre (chaque lien renvoie à une page de l’œuvre) – mais elle peut aussi se penser en format ouvert sur le Web avec un appel à des références externes, qui peuvent permettre par exemple de contextualiser une intertextualité, ce qui n’a pas été mon choix même lorsque je développais mon projet dans sa première version, sur Internet. Alors, évidemment, le pacte de lecture s’en trouve modifié.

Il y a plusieurs lectures possibles à Ah. Ce titre, je l’ai choisi pour plusieurs raisons, dont pourquoi pas la référence à Lacan, mais une me semble prédominer. Il reflète aussi bien l’expressivité de la narratrice (assez volontairement limitée) que le sentiment que j’ai voulu créer chez le lecteur. C’est un titre ambigu par sa ponctuation, qui illustre ce que j’ai voulu faire de mon œuvre, dont l’érotisme est certainement peu consensuel, et a d’ailleurs été diversement apprécié. Mais, on n’écrit pas pour plaire, on écrit pour surprendre.

Et on écrit, aussi, avec « les autres », les œuvres du passé comme de l’époque du manuscrit. Foucault est cité dans mon texte, non pas au titre de son travail sur le panoptisme, mais de son jeu sur les identités – le droit à pseudonyme, finalement, comme une manière de déplacer en permanence la question de savoir qui écrirait et pourquoi.

En revanche, je n’ai invité ni Deleuze, ni Eco, ni même n’ai pensé à eux. En revanche, j’ai emprunté des prénoms à d’autres créateurs, comme le musicien Alban Berg, qui lui-même avait composé sa Suite lyrique en intégrant à la partition un motif composé des lettres formant le prénom de son amante.

Quant à la question de « faire un coup », je dirais que c’est une chance quand on est une jeune auteure d’être soutenue par sa maison d’édition, et aussi, de trouver une réception à son travail. Je ne sais pas s’il faut parler d’« ovni », en revanche il a fallu beaucoup d’énergie pour porter le projet, alors je suis heureuse qu’il ait de la visibilité. Ensuite, c’est à moi de travailler si je veux dépasser ce premier ouvrage.


3. Quelle est la « nécessité intérieure » de cette œuvre ? Et ce type de critère est-il toujours valide ou pertinent pour Ah. en particulier ?


Je n’ai pas écrit Ah. parce que je m’y serais sentie appelée à un titre ou un autre, de même que je ne parlerais pas forcément d’une « nécessité » de l’écriture, mais d’abord d’un plaisir accompagné d’un travail constant.


4. Une image insérée renvoie via l’hypertexte à une insupportable ablation de sein. Peut-on commenter ? De mon côté, j’abdique, si on me permet cette intrusion.


La manière abrupte dont vous posez la question m’incite à considérer combien il était intéressant d’insérer cette image, qui est une intrusion de l’intime qui éclaire, si on regarde bien, plusieurs passages du texte. Et, je ne crois pas qu’une ablation soit insupportable. La rareté de représentations positives de corps différents l’est bien davantage ; et c’est aussi pour ça que j’ai choisi d’intégrer cette image parmi trois autres, qui ont chacune à voir avec une représentation de la poitrine féminine dans la peinture classique, qu’il s’agisse de la Femme à barbe de Ribera ou de la célébrissime Vénus au miroir.


5. Ah. est une œuvre ouverte et inachevée. Pensez-vous la poursuivre ? Autrement dit, y aura-t-il une suite, une reprise ? Merci de pardonner ces 5 petites questions. Ne vous sentez pas obligée.


Ouverte, oui. Inachevée, je ne crois pas. Il n’y aura ni suite ni reprise. Je travaille actuellement à d’autres projets dont j’espère, s’ils aboutissent, qu’ils seront très différents.


Propos recueillis par Didier Bazy


  • Vu : 2187

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Emma Reel

Emma Reel (E. Marchadour)

Née sous Pompidou, Emma Reel est écrivain et journaliste sous différents pseudonymes. C’est une geek, pour ne pas dire une « peace hacker ». Le Net est son terrain de jeu littéraire.


A propos du rédacteur

Didier Bazy

 

Lire tous les articles de Didier Bazy

 

Co-fondateur de La Soeur de l’Ange (Ed. Hermann)

Co-fondateur de la Cause Littéraire

Editeur du 1er texte de HD Thoreau en Français

– Préfacier chez Pocket (Molière, Corneille)

– Deleuze et de Cuse (Collectif) Aux sources de la pensée de Deleuze. Vrin, 2005) dir : Stéfan Leclercq

– Après nous vivez (G S Editions, 2007)

– Brûle-gueule (Ed Atlantique, 2010) préface de Michel Host

– Thoreau, Ecrits de jeunesse (bilingue. Ed de Londres, 2012) préface de Michel Granger

L’ami de Magellan (Belin Jeunesse, 2013) sélectionné 2014 prix roman historique jeunesse

– Cendres    (Publie.net, 2015)

– Traitements de textes ( Ed. de Londres 2015 )
– Explorateurs, qui êtes vous ? (Ed. Bulles de savon 2016)

Sélection 2018 prix Michel Tournier Jeunesse

– Savants, qui êtes-vous ? ( Ed. Bulles de savon, diff-distr Flammarion )2017

à paraître 2018

– Péguy internel