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Articles taggés avec: Chauché Philippe

Station terminale, Roland Jaccard

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 26 Avril 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Serge Safran éditeur

Station terminale, mars 2017, 160 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Roland Jaccard Edition: Serge Safran éditeur

 

« Fieffé égoïste, je me soucie peu des autres, surtout quand je ressens de leur part une sollicitude excessive. Je revendique ma solitude avec obstination. C’est d’ailleurs la seule rébellion qui vaille ».

« La morgue avec laquelle mon frère revendique son indépendance et justifie sa muflerie m’a toujours laissé pantois. Il se réclamait de Stirner, de Nietzsche et de Cioran. Poussé dans ses derniers retranchements, il s’en tirait avec une pirouette, quand il ne vous jetait pas au visage un aphorisme d’un nihiliste viennois ».

Station terminale est le dernier voyage romanesque, du plus amusant des nihilistes suisses. Roland Jaccard qui a longtemps et avec talent dirigé la collection Perspectives Critiques du PUF, édité Georges Sanders (1) et Rüdiger Safranski (2), fréquenté Emil Cioran, lu Schopenhauer, publié des chroniques dans un quotidien du soir, écrit quelques livres – Les chemins de la désillusion, La tentation nihiliste, Une fille pour l’été – où il dévoile ses passions amoureuses, philosophiques, littéraires et cinématographiques.

Rhapsodie curieuse (diospyros kaki), Alexander Dickow

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 12 Avril 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Editions Louise Bottu

Rhapsodie curieuse (diospyros kaki), janvier 2017, 64 page, 8 € . Ecrivain(s): Alexander Dickow Edition: Editions Louise Bottu

 

« Vers la fin novembre apparaît sur les étals un genre de tomate d’un orangé irritant et maladif, un orangé aux splendeurs fictives, aux fièvres acides. Le présentoir de ces fruits moulé comme un carton d’œufs empêche que des chairs ne s’entrechoquent ou s’éclatent ».

Rhapsodie curieuse est un livre de chants, de contes d’éclats, d’envolées, et de pirouettes dans et avec la langue. Au tout début était le kaki – un mot grec (diospyros), japonais (kaki), algonquin (piakimina) –, ce fruit rare qui se livre à nos yeux et à nos papilles vers la fin novembre, un fruit qui, comme l’auteur, en sait plus qu’il ne veut bien en montrer, et qui s’épanouit dans cette rhapsodie. Comme le petit livre d’Alexander Dickow, il faut ouvrir un kaki pour le voir, comme pour le croire d’ailleurs. L’écrivain, tel un rhapsode, porte sur la place littéraire ses contes – Vivaient en Chine un père avec un fils, Yang Wu et Yang Mo, apiculteurs l’un et l’autre… Dans un lointain tout au fond d’ici vivait un grand roi nommé Lev, généreux, sensible et tyrannique… – et notations, ses aventures où les phrases et les mots se décousent, se retournent, s’aiguisent, dans un livre singulier, qui comme le fruit dont il porte le nom, aiguise lui aussi l’appétit, avec une vive envie de langue et de langues.

Hemingway, Hammett, dernière, mélodrame, Gérard Guégan

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 08 Avril 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

Hemingway, Hammett, dernière, mélodrame, mars 2017, 240 pages, 18 € . Ecrivain(s): Gérard Guégan Edition: Gallimard

 

« Avec le temps, c’est devenu un réflexe : lorsque Hemingway se prépare à affronter l’inconnu, il ne se libère de ses angoisses qu’en bâtissant une fiction dans laquelle les dès roulent en sa faveur. Il appelle ces moments-là des Ballades avec un autre soi-même ».

Deux écrivains, deux anciens compagnons de route du Parti Communiste, l’un sur tous les fronts où se vérifie l’art de la vie et du roman – l’Espagne en guerre sociale, l’Italie, les armes, les taureaux et les femmes, l’Afrique, Paris et les peintres, autant de théâtres des opérations –, l’autre signe le plus beau braquage de l’histoire du roman noir, flirte avec la nuit, l’alcool, un Faucon Maltais et Hollywood. Deux compagnons écrivains, détestés par McCarthy et sa clique, suivis de près par le FBI, deux frères d’armes qui se sont perdus de vue, fâchés, séparés par des mots, et un océan. Et puis Hemingway décide un jour de quitter son repaire dans les Rocheuses pour tenter de retrouver son vieil ami, le temps presse se dit-il, alors le vieil homme se lance dans une nouvelle aventure.

Rencontre avec l’écrivain Thomas Vinau, par Philippe Chauché

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 30 Mars 2017. , dans La Une CED, Entretiens, Les Dossiers

 

Thomas Vinau publie Collection de sombreros et Il y a des monstres qui sont très bons

 

Ouvrir un livre de Thomas Vinau, c’est mettre à jour des pépites, des éclats romanesques, c’est vif, précis, lumineux, souvent soyeux. Thomas Vinau a l’art de saisir un mouvement, une couleur « Il y a ce bleu immense au-dessus de sa tête, un bleu sans limite, uppercut, percutant, un bleu ouvre-boîte et son crâne est une conserve tempérée que ce bleu vient décortiquer », un geste. La nature s’y glisse, le doute s’y perd parfois, les mots s’échappent et vibrent d’étranges passions. L’écrivain est un romancier du geste, du corps à corps. Si c’était un animal ce serait une belette, sautant de ligne en ligne, de page en page, curieux, savoureux, savant des saveurs du monde, au coin de sa maison, dans son jardin, il marche, sous le soleil ou la pluie, il déploie ses mondes, et l’on ne s’en lasse jamais. « On dirait / le ventre d’une baleine / un rapace / aux ailes de neige / une géante de craie / qui se déplie et de déploie ».

2 livres à la Boucherie Littéraire, par Philippe Chauché

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 24 Mars 2017. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Poésie

 

13 poèmes taillés dans la pierre, Patrick Dubost, La Boucherie Littéraire, 2016, 38 pages

paysages intermittents, Brigitte Baumié, La Boucherie Littéraire, 2016, 116 pages

 

« On dit “on” comme on écrit / sur le dos rond d’un moine / on se dit que le silence est rond aussi / on taille un arbre / on taille un arbre à la mesure du silence / on admet quelques oiseaux / on attribue un bruit pour chaque oiseau / chaque seconde / mais sans toucher au silence / on ajoute un graffiti parmi ceux de toujours / on affirme que “tout fait poème” / on prend  ses désirs pour des réalités / on existe bien sûr encore un peu / mais très peu / très très peu / on est presque plus rien / comme un bruit / un souffle suspendu dans un parfait silence », 13 poèmes taillés dans la pierre, Patrick Dubost