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Dictionnaire amoureux des Ecrivains et de la Littérature, Pierre Assouline

Ecrit par Philippe Leuckx , le Samedi, 11 Mars 2017. , dans La Une Livres, Anthologie, Les Livres, Critiques, Plon

Dictionnaire amoureux des Ecrivains et de la Littérature, août 2016, 896 pages, 25 € . Ecrivain(s): Pierre Assouline Edition: Plon

Les dictionnaires amoureux sont parfaitement subjectifs – c’est leur cachet – et celui du membre de l’Académie Goncourt ne déroge pas à l’office qu’il se donne : faire résonner le plaisir de lecture, quel que soit le nom choisi. Et, en fait de noms, les plus grands s’y trouvent et quelques incongrus aussi (fallait-il y loger des Rebatet, Robbe-Grillet ou Nothomb ?). Mais tel livre comporte, au-delà des noms, des chapitres brefs consacrés aux ateliers d’écriture, à la critique, à la machine à écrire, aux tombes, aux titres… que sais-je encore.

Certaines notices un peu lapidaires montrent qu’on ne peut pas aimer tout le monde (Sagan, Diderot…) ; d’autres réjouissantes parce qu’elles offrent un autre regard sur des écrivains véritablement doués (Quignard, Drieu, Proust, Green). La quête d’Assouline fouine un peu partout et ses trésors sont multiples pour qui veut prendre la peine de lire des notes copieuses (Thomas Bernhard, entre autres), apprendre des secrets de fabrication, des propos de boudoir, assumer certains choix (Céline), éveiller à la conscience littéraire, se convaincre du génie de certains (Gracq, etc.). Mais Zola, Morante, Pasolini, me direz-vous ? L’épée de l’électeur a tranché sa matière et le lecteur chagrin n’aura qu’à se plaindre sans légitimité. Certaines œuvres, en revanche, sont choisies et donnent lieu à des notices : Brèves de comptoir, Contre Sainte-Beuve, Le deuxième sexe, Journal de Kafka, Stendhal, Le livre de l’intranquillitéLa route, etc.

Ni vivants ni morts, Federico Mastrogiovanni (2ème critique)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 03 Mars 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Amérique Latine, Roman, Métailié

Ni vivants ni morts, février 2017, trad. espagnol François Gaudry, 240 pages, 18 € . Ecrivain(s): Federico Mastrogiovanni Edition: Métailié

 

Un époustouflant travail de journaliste sur un sujet qui fait frémir, donne des frissons dans le dos : la disparition forcée au Mexique.

Fruit d’une longue enquête d’investigation, semée d’aléas – on est dans un pays qui occupe militairement le territoire, sans oublier les nervis et autres surveillances –, le livre relate, par entretiens interposés, l’histoire réelle de nombreuses disparitions dans un pays troublé, victime d’actions violentes de groupes paramilitaires et d’autorités policières qui n’ont rien du travail de protection des populations civiles.

L’essai montre à suffisance le rôle négatif des gouvernements mexicains et leurs liens avec les groupes les plus violents (les Zetas, par ex.).

Rencontrant les victimes, familles des victimes – qui luttent pour une reconnaissance des disparitions forcées –, l’auteur a parcouru le Mexique de long en large pour attester de la terreur imposée à la population et s’interroger sur les causes du phénomène.

Jours obscurs, Jean-Claude Pirotte

Ecrit par Philippe Leuckx , le Samedi, 04 Février 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Le Cherche-Midi

Jours obscurs, janvier 2017, 192 pages, 18 € . Ecrivain(s): Jean-Claude Pirotte Edition: Le Cherche-Midi

 

 

Le dernier volume de poésies de Pirotte est un livre copieux, rassemblant près de cent quatre-vingts poèmes, versifiés, souvent rimés, classiques par certains côtés, très libres d’inspiration. Huitains, dizains, douzains, dans une belle alternance, souvent en hommage ou en écho de poètes aimés (Perros, Follain, Supervielle, Venaille, Lubin…).

Écrits pour la plupart en 2011, à la période des déménagements (La Panne, Beurnevésin), ces poèmes s’immiscent dans les terroirs chers au poète : l’enfance, le village, la mère, les rues de bleds paumés, coupés du monde, les rites du soir, les livres chéris.

Certains, ouvertement, se rattachent à l’école de Follain et aux descriptions insolites de la quotidienneté :

Traverses, Carnets 2010-2011, Jean-Claude Pirotte

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 26 Janvier 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Poésie, Le Cherche-Midi

Traverses, Carnets 2010-2011, janvier 2017, 96 pages, 14 € . Ecrivain(s): Jean-Claude Pirotte Edition: Le Cherche-Midi

 

Traces d’une « dépressive période », ces Carnets, tenus entre le mois de juin 2010 et celui de 2011, montrent à l’envi l’intérêt de l’écrivain belge, disparu trois ans plus tard, pour tout ce qui touche la France, ses régions, ses gouvernants. À l’ombre de ses lectures favorites du moment, et au plus haut point celle de Déposition de Léon Werth, journal de guerre, Pirotte se met à réfléchir en termes politiques au destin de la France qui l’a accueilli : la critique acerbe et justifiée des comportements d’un Sarkozy le renvoie à celle des pires déviances de la politique française depuis Vichy. Il n’y a pas de mots assez durs pour conspuer un « homme politique » vil, corrompu, prêt à toutes les bassesses, qui massacre la langue française et joue à l’enfant gâté. Ce sont des pages virulentes d’un petit livre qui fait aussi le point sur ses déménagements entre la Suisse et La Panne (sur la côte belge), qui révèle ses périodes de tarissement en écriture, sa fatigue existentielle, ses difficultés déambulatoires. À cette période triste et dépressive répondront quelques années de fertile activité (une dizaine de livres, sans compter les posthumes).

Trois ex, Régine Detambel

Ecrit par Philippe Leuckx , le Samedi, 21 Janvier 2017. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Roman

Trois ex, janvier 2017, 144 pages, 15,80 € . Ecrivain(s): Régine Detambel Edition: Actes Sud

 

L’auteur de Opéra sérieux et de La Splendeur aime assez nous plonger dans un romanesque documenté, où l’histoire nourrit le portrait des personnages. On retrouve ici dans Trois ex ce goût pour des personnages réels, hauts en couleurs. La figure d’August Strindberg sert de fil conducteur à ce récit des trois mariages du dramaturge. L’écriture suit de 1877 à 1912 les soubresauts intimes, familiers, conjugaux de l’écrivain suédois (1849-1912). Trois femmes – Siri, Frida, Harriett – composent ce livre qui passe au scalpel fin les déroutes sentimentales d’un homme, trop conscient de ses mérites, bousculant la tradition, heurtant les bonnes conventions, s’imposant avec brutalité et égoïsme à ses proches.

Qu’il est ardu, pour ces femmes qui l’aiment, de devoir supporter ce caractère infernal (n’a-t-il pas écrit Inferno ?), de subir les emprunts pour ses livres à leur vie personnelle. Ce qu’il fait pour toutes ses connaissances, avec un plaisir semblable : puiser dans les défauts de tout un chacun pour mieux les exhiber dans ses pièces et romans.