Identification

Articles taggés avec: Chauché Philippe

Le désespoir avec modération, Paul Lambda / Lassitudes, Frédéric Schiffter (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 11 Mai 2022. , dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Le désespoir avec modération, Paul Lambda, Cactus Inébranlable éditions, octobre 2021, 74 pages, 10 €

Lassitudes, Frédéric Schiffter, Editions Louise Bottu, décembre 2021, 112 pages, 14 €

 

À quatre-vingt-quinze ans elle sortait tous les matins pour apprivoiser la mort. Elle rentrait deux heures plus tard, dépitée, et soupirait : « Il n’y a rien à faire, elle a encore peur de moi ».

« – Lui aussi est parti ?

– Oui, il est parti vivre sa vie.

– C’est une épidémie ! »

« – T’es où ?

– Je ne sais pas très bien… quelque part entre l’Iliade et l’Odyssée ».

Le désespoir avec modération

Et maintenant, voici venir un long hiver…, Thomas Morales (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 21 Avril 2022. , dans La Une Livres, Anthologie, Les Livres, Critiques

Et maintenant, voici venir un long hiver…, éditions Héliopoles, avril 2022, 192 pages, 15 € . Ecrivain(s): Thomas Morales

 

« Avec sa disparition à l’âge de 88 ans, c’est tout un art de vivre qui disparaît, l’action et le verbe, le zinc et le grand style, les caleçonnades et le cinéma d’auteur, le théâtre français et l’Avia Club » (Jean-Paul Belmondo).

« Marielle n’abîmait pas son talent dans les rôles de petits cons, d’insignifiants phraseurs, de chipoteurs du quotidien. Les siens étaient gratinés, majestueux, outranciers, exagérément libidineux, tous dépassant les limites de la moralité » (Jean-Pierre Marielle).

Imaginons un instant le retour de Sacha Guitry parmi nous, l’homme à la langue précise, précieuse sans jamais être ridicule, affutée, brillante, piquante souvent, mais aussi admirative. Une langue qui ne s’autorisait aucun débordement, aucune faute de goût, aucune vulgarité, qui s’inspirait des grands prosateurs français, une langue vivante et vibrante. Une langue admirative des grands Hommes qu’il croisa dans sa vie virevoltante, qu’il croisa, qu’il vit, écouta ou qu’il lut.

L’initié suivi de La Libre étendue et L’incandescence, Thibault Biscarrat (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 14 Avril 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

L’initié suivi de La Libre étendue et L’incandescence, éditions Ars Poetica, février 2022, 90 pages, 18 € . Ecrivain(s): Thibault Biscarrat 

 

« Viens et vois : je parle de plus loin que mon nom. Je parle d’une autre contrée, d’un nouveau domaine et la grâce indivise nous sera faveur du temps ».

« Voici : je suis présent au monde mais à distance. Viens et vois : ingurgite ces rouleaux qui me sont doux comme la manne, comme le miel ».

« Les livres sont plus vivants que les vivants. Ils deviennent leur propre destinée. Les livres se lisent eux-mêmes dans la gloire du dieu révélé ».

Thibault Biscarrat appartient à cette société secrète d’écrivains, de poètes, qui écrivent sous de belles influences, celle du Livre, des écrits gnostiques, des textes fondateurs traversés par une lumière divine, mais aussi celle du corps, et de la voix. Et il donne de la voix à chaque page. Écrire est chez lui une incantation, incarnation, une résurrection, une inspiration et une expiration. Savoir écrire, c’est savoir respirer.

Ligne de basse, Patrick Martinez (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 31 Mars 2022. , dans La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Alma Editeur, Roman

Ligne de basse, Patrick Martinez, mars 2022, 120 pages, 14 € Edition: Alma Editeur

 

« Il entendit, par avance, les quatre accords en boucle qui pourraient introduire la ballade qu’il allait jouer. Il se lança et procéda aussitôt sur ceux-ci à des renversements pour qu’ils sonnent au plus près de ce qu’il voulait faire passer. Dès l’instant où une note lui paraissait comme accroître la noirceur d’un passage, il insistait sur elle, brodait autour et l’épuisait jusqu’à subitement lui en préférer une autre ».

Ligne de basse est le roman d’une famille éparpillée, éclatée, distendue, une famille aux mémoires sombres, aux colères enfouies, aux amours cachés, habitée de doutes permanents, mais aussi d’éclats de tendresse. Le roman d’une mère, d’un frère et d’une sœur, tous les trois saisis par des renversements de vies et d’espoirs, ces mêmes renversements d’accords qui résonnent sous les doigts de Jean, le frère et le fils, musicien de bar de nuit. Patrick Martinez nous offre un roman où se mêlent ces trois destinées, ces trois vies suspendues à l’espoir perdu, à l’argent qui manque, aux amours invisibles. Ligne de basse est aussi le roman de l’enfance de Jean et Lili, où des souvenirs se brodent au fil d’argent sur le tissu de leur vie qui petit à petit prend forme et couleurs, naissance aussi d’un amour entre la sœur et le frère, qui ne dira jamais son nom, et que Lili portera comme une croix.

Graal, Philippe Sollers (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 23 Mars 2022. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Graal, mars 2022, 80 pages, 12 € . Ecrivain(s): Philippe Sollers

 

« L’éternité est sûrement retrouvée, puisque, comme toujours, la mer est mêlée au soleil ».

« La lumière du Graal est immortelle. Elle brille jusque dans les ténèbres, mais les ténèbres ne peuvent pas la saisir ».

Entre ces deux phrases, un roman s’est déployé. Un court roman inspiré par le Graal, l’apôtre Jean, Rimbaud (1), les Atlantes, et les heureuses expériences sexuelles du narrateur en état de jeunesse inspirée. Comme toujours chez Philippe Sollers, la parole est d’or, elle transforme le plomb, autrement dit la moraline dominante, en or fin, et elle ne doute pas un instant, comme chez l’apôtre Philippe (2), que la résurrection se déroule sous nos yeux, de notre vivant – « La vraie vie consiste à vivre sa propre mort. Pas LA mort, mais SA mort ». Comme toujours, Philippe Sollers mise sur la chance, la joie, le bonheur, la musique, la mémoire, l’attraction des corps inspirés, et sur son art romanesque qui trouble et enchante le roman depuis 1958.